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Agadir : les enjeux réels de la fermeture du Lycée Paul Gauguin


De Union des Conseils de Parents d’Elèves du Maroc – Conseil des Parents d’Elèves Agadir - Publié le vendredi 24 janvier 2014 à 11:28
Mis à jour le vendredi 24 janvier 2014 à 14:44
 
Les parents d'élèves du Lycée Français Paul Gauguin ne renoncent pas. L'établissement doit définitivement fermer ses portes en août prochain. Ils dénoncent une concertation bafouée et une gestion douteuse des budgets.
 

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Cet Établissement en Gestion Directe (EGD) géré par l’Agence de l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE), sera définitivement fermé le 31 août 2014. Une décision de "mutualisation", annoncée en janvier 2013, euphémisme d’une fusion avec le Lycée Français d’Agadir (LFA), établissement en gestion privée de la Mission Laïque Française (MLF).

 

 

Dans un bel élan littéraire, "l’étroite concertation" qui se voulait représentative des valeurs "d’humanisme et de fraternité, qui sont l’âme de notre pays" (selon la ministre Hélène Conway-Mouret), a conduit à la fermeture annoncée du groupe scolaire Paul Gauguin d’Agadir au Maroc.

 

En 4 mois, un trait est tiré sur 570 enfants, en démantelant un établissement vieillissant avec l’ensemble de ses actifs, pour l’offrir au LFA en déficit structurel. Concertation bafouée, alors que le Conseil des parents d’élèves élabore une feuille de route, remise lors d’un Conseil d’établissement et soumise pour appréciation directement à la ministre Hélène Conway-Mouret, dont le contenu définissait enfin le projet d’une réelle gouvernance quant à la situation gadirie.

 

Pourquoi cette précipitation à vouloir à tout prix clôturer cette fausse concertation ? Cette opération de fusion a pris un caractère pour le moins opaque, menée tambour battant, précipitée, et dont les enfants sont les premières victimes. L’accord-cadre de fermeture offre une entité publique à une structure en gestion privée, déficitaire de 385 000 €.

 

Cadeau incomplet, puisque l’AEFE versera cash, dès la première année de fusion, non seulement 1,3 M€ destinés à l’extension du LFA mais en sus, la totalité de la compensation financière (2,5 M€) pour absorber la différence des écolages. Accord-cadre qui omet que les fonds de roulement de chaque établissement représentent ses économies propres et qu’il n’y a pas de caractère d’unicité de ces fonds.

 

Que sont devenus ces fonds qui ont été alimentés par les parents d’élèves ?

 

Est-ce un effet d’optique particulier de la vision de la mutualisation ? Depuis 10 ans, on prend à Gauguin pour donner ailleurs, sans retour. L’exercice 2012 de l’école révèle un résultat financier positif de 102 490 €. Les fonds de roulement pour la même période sont de 776 000 € !

 

Bertrand Schneiter, Inspecteur Général des Finances, lors d’une audition du 18 mars 2010 à l’assemblée Nationale précisait à ce propos : "Dans les documents budgétaires, retracer tout ce qui concerne l’opérateur AEFE est quasiment impossible".

 

Un peu plus loin, il ajoute : "Des progrès sont encore à réaliser à propos de la tenue des comptes par établissement. Nous demandons qu’ils soient plus lisibles, avec le risque que les parents d’élèves veuillent se saisir des fonds de roulement ainsi clairement dégagés alors que l’on cherche, par ailleurs, à les mutualiser".

 

Renflouer la Mission Laïque Française

 

Ces propos démontrent la genèse de l’opération Paul Gauguin : non seulement on a "mutualisé" les fonds de roulement appartenant à la communauté scolaire de Gauguin, en les diluant dans des pôles comptables régionaux, puis nationaux (nouvelle virginité des fonds), mais en plus on les offre à un opérateur privé, la MLF, pour renflouer son lycée en difficulté financière. Laissons aux lecteurs le soin de qualifier cette belle opération de sauvetage qui sacrifie au principe de "rationalité budgétaire", 570 élèves ainsi que les économies réalisées par leurs parents, en vue de l’hypothétique reconstruction de leur établissement.

 

Le syndicat enseignant SNUIpp, membre du Conseil d’Administration de l’AEFE relate au sujet de Gauguin, "une bonne affaire pour la MLF qui va bénéficier d’un afflux d’élèves supplémentaires pour rééquilibrer les comptes de son établissement et d’une aide publique… la clause de renégociation de cet accord-cadre (de fermeture), notamment en cas de difficulté financière, sera susceptible de remettre en question les engagements des deux opérateurs". En clair, pas de réelles garanties !

 

Ainsi, depuis 2009, l’AEFE a diffusé un message qui se voulait clair : les "remontées" des établissements (doux euphémisme pour masquer les ponctions opérées) doivent alimenter notamment des fonds en vue de faire face aux charges d’entretien du patrimoine immobilier des EGD, particulièrement vétustes. Pourtant, à ce jour, la circulaire fixant les conditions de passation des conventions d’utilisation entre l’État propriétaire (France Domaines) et l’AEFE utilisateur, n’est toujours pas parue.

 

Légitimement, nous sommes en droit de nous poser la question du montant cumulé de ces "remontées" de 2009 à aujourd’hui, largement abondées par les parents d’élèves et qui jusqu’à preuve du contraire leur appartiennent … Qui plus est, la communauté des parents d’élèves qui est devenue au fil des augmentations exponentielles des frais de scolarité, le principal bailleur de fonds du réseau AEFE, est totalement exclue du processus de décision visant à définir les clés de répartition de ces fonds dans les tableaux de financement régionaux et internationaux. Depuis quand un bailleur de fonds n’a plus la maitrise de sa politique budgétaire ?

 

Absence d’outils de gouvernance du réseau

 

Dans les actes du 24ème Congrès de l’UCPE tenu le 02 juillet 11 (Union des Conseils de Parents d’Elèves du Maroc), le Conseiller culturel adjoint, chargé de l’enseignement s’exprimait au sujet de la gouvernance en soulignant le "… risque majeur de voir se développer et radicaliser les deux gros réseaux du Maroc : le réseau public AEFE (élèves français) et le réseau associatif OSUI/MLF (élèves marocains), une situation politiquement inacceptable à tous les niveaux de décision".

 

Pourtant, les chiffres montrent que le réseau AEFE au Maroc comporte 48% de français et 47% de marocains, affirmant ainsi la mixité culturelle. Par contre le réseau MLF est constitué de 90% de marocains. Et malgré "une situation politiquement inacceptable à tous les niveaux de décision", le groupe scolaire Paul Gauguin a été sacrifié sur le principe d’une prétendue efficience financière, on se demande bien pour qui ?

 

Dans ce contexte, le Président de la MLF, Yves Aubin de la Messuzière, lors d’une audition à l’Assemblée Nationale du 18 février 2010, annonçait ses ambitions : "Au Maroc, notre réseau compte seulement 10 % de professeurs titulaires, avec un taux de réussite aux examens égal voire supérieur à celui de l’AEFE". Et des écolages à 600€ par mois…

 

Nous avons donc affaire à deux business model, celui de l’AEFE et celui de la MLF. Pour l’AEFE, le lobby enseignant impose un taux de participation des titulaires de 50%, qui serait nécessaire à la bonne qualité de l’enseignement. Bertrand Schneiter précisait à ce propos : "Le drame est que ce critère ne se vérifie nulle part. Le nombre d’enseignants titulaires varie considérablement selon les zones géographiques. Or, personne n’observe de grandes différences de qualité d’un endroit à l’autre".

 

Comment ne pas s’étonner de l’absurdité du système AEFE, lorsque certains salaires bruts d’enseignants frôlent les 100 000€/an, en moyenne à 50 000€, soit environ 13 fois supérieur au SMIG local marocain. C’est comme si en France, nous avions une école publique avec des enseignants payés à 13 fois le SMIC, soit plus de 18 000€/mois ! Une telle école serait elle viable ??

 

Le dernier référé de la Cour des Comptes du 3 juillet 2013, sur l’AEFE, épinglait durement sa gestion, en termes très… diplomatiques eu égard à la proximité partisane de l’institution avec le gouvernement. Il faut, selon les magistrats, "engager une réflexion de fond sur l’avenir du réseau », sauf à ce que l’État « s’expose aux risques d’une impossible soutenabilité budgétaire et d’une mauvaise allocation de ses ressources… L’évolution des frais de fonctionnement des établissements ne fait l’objet d’aucun suivi de terrain (...), ni d’une démarche collective de recherche d’économies".

 

Les rémunérations des enseignants représentent plus de la moitié des charges de l’agence. "Ces dépenses appellent un effort de maîtrise", affirme la haute juridiction. Or, "en l’état, l’avancement automatique, de fait, sans fondement juridique spécifique, de l’ensemble des enseignants à l’étranger à la cadence la plus accélérée, constitue une rupture d’égalité par rapport à la situation des enseignants exerçant sur le territoire français… L’AEFE ne dispose en l’état d’aucun système organisé de contrôle de gestion, de contrôle interne ou d’audit interne".

 

La technostructure de l’AEFE et du MAEE n’a pas trouvé jusqu’à maintenant d’autres solutions que d’alimenter financièrement un système devenu à minima prédateur, ou la seule variable d’ajustement est constituée par les frais de scolarité.

 

Que devons nous faire ? Continuer à nous taire ? Ou redéfinir une vraie gouvernance du réseau et engager des coopérations culturelles gagnantes pour nos enfants. Seul un projet d’Union internationale des parents d’élèves pourra peser sur le devenir du réseau, sans quoi nos enfants resteront la monnaie d’échange d’un deal de dupes.

 

UCPE – CPE Agadir (mail : ucpeagadir [@] gmail [.] com )

 

VOS COMMENTAIRES

 

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Fatiha SAFIEDDINE - 01/02/2014 22:31:11  
Gauguin a été sacrifié pour servir les intérêts du privé;ça me révolte que dans un secteur tel que l'enseignement, le volet lucratif l'emporte sur les autres aspects éducatif, social... toutes ces familles que je connais, qui depuis l'annonce de la fermeture de Gauguin se sont organisées autrement : une partie est rentrée en France malgré un attachement de leurs enfants au Maroc, d'autres ont injecté leurs gamins dans des établissements marocains où ils sont complètement perdus face à la partie apprentissage dispensée en arabe à cause de leur niveau faible dans cette langue, des familles se sont dissociées pour qu'un parent rentre avec les enfants dans le pays d'origine et que l'autre reste au Maroc pour préserver son travail et ses revenus... Ce n'est pas certain que le Lycée Français d’Agadir récupère les effectifs de Gauguin, principale raison de la fermeture de Gauguin : on aura sacrifié l'équilibre, l'intégration de plusieurs élèves et familles pour rien!!!



Sandrine LEFEBVRE-REGHAY - 28/01/2014 01:48:39  
Frapper fort
Le seul moyen de mettre à jour une duperie de Tartuffe est bien de la dénoncer devant les tribunaux notamment par la demande de remboursements des frais engagés pour des travaux non réalisés, trait commun à tous les établissements français au Maroc. Donc si la mobilisation touche tout le territoire marocain, frapper au portefeuille peut être une solution. La seconde solution courageuse à prendre est de refuser de laisser nos enfants à la merci de calculs financiers conçus par des bureaucrates sans états d'âme, sans parole. Comment ? Pour les Français - car je comprends que cela soit plus délicat pour les autres nationalités du fait de leur désir légitime de privilégier les études supérieures en France à toute autre considération - pour les Français donc, il me semble que la désinscription à l'enseignement français à Agadir est la meilleure voie et ce, pour plusieurs raisons:



Sandrine LEFEBVRE-REGHAY - 28/01/2014 01:47:21  
Frapper fort Suite 1
- en cas d'augmentation des frais de scolarité, même avec toutes les promesses de bourse du monde et l'allègement des frais de scolarité à l'OSUI, nul ne peut savoir réellement si ces engagements seront tenus (d'ailleurs, au vu des agissements récents, il est à craindre que toutes les promesses ne soient encore une fois que de la poudre de Polichinelle); - en cas de départ dans une autre ville, les enfants retrouveront le système AEFE et non l'OSUI avec ses frais de scolarité exorbitant tant à Rabat qu'à Casa, pour ne citer que ces villes;



Sandrine LEFEBVRE-REGHAY - 28/01/2014 01:44:55  
Frapper fort Suite 2
- le lycée français d'Agadir n'est pas armé pour donner une bonne éducation à nos enfants. L'an prochain les classes seront surchargées, ce qui ajoutera au mauvais enseignement de cet établissement où les enseignants sont capables de faire des fautes d'orthographe au tableau - dixit les propos d'une prof remplaçante l'an passé dans cet établissement; - l'étude du Français dans les écoles privées marocaines semblent être de meilleure qualité qu'au lycée français. Résultat des courses, vous risquez de payer plus cher un enseignement au rabais pour des enfants qui risquent d'avoir le niveau ZEP en Français. Pour ma part, le choix est fait. Mes enfants seront désinscris de la mission. Ils ne la retrouveront qu'en cas de déménagement et auront eu la grande chance de devenir quasiment bilingue, ce qui dans notre monde n'est pas inintéressant.



Sandrine LEFEBVRE-REGHAY - 28/01/2014 01:42:16  
Frapper fort
Le seul moyen de mettre à jour une duperie de Tartuffe est bien de la dénoncer devant les tribunaux notamment par la demande de remboursements des frais engagés pour des travaux non réalisés, trait commun à tous les établissements français au Maroc. Donc si la mobilisation touche tout le territoire marocain, frapper au portefeuille peut être une solution. La seconde solution courageuse à prendre est de refuser de laisser nos enfants à la merci de calculs financiers conçus par des bureaucrates sans états d'âme, sans parole. Comment ? Pour les Français - car je comprends que cela soit plus délicat pour les autres nationalités du fait de leur désir légitime de privilégier les études supérieures en France à toute autre considération - pour les Français donc, il me semble que la désinscription à l'enseignement français à Agadir est la meilleure voie et ce, pour plusieurs raisons:



Philippe Alleau - 27/01/2014 16:06:49  
Mme H. Conway-Mouret précisait dans une interview ici même qu'il fallait fermer Gauguin à cause des "préfabriqués qui allaient tomber en ruine" ... La réalité est que ces préfabriqués vont être démontés pour être remontés dans un établissement de l'AEFE, à Marrakech à 200 kms d'Agadir. Petite précision utile, qui dénote la duplicité de nos politique lorsqu'ils veulent justifier l'injustifiable.



kamal jamal - 27/01/2014 15:40:13  
kamal B
c'est une vente directe c'est tout. l'Etat vient au secours du privé au détriment des élèves et leurs parents auxquels on a pas donné de choix !! honteux de parler de mutualisation pour masquer un acte suspect !!!!!!!



Mehdi Tahiri - 27/01/2014 14:04:39  
L'établissement Paul Gauguin a été sacrifié parce qu'un deal entre la MLF et l'AEFE a reçu l'appui du gouvernement français actuel. Une grande injustice que les élèves de Gauguin et leurs parents doivent avaler! Mais la vérité finit toujours par éclater, et les responsables devront un jour ou l'autre répondre de leurs actes.



Serge Collin - 24/01/2014 14:00:30  
L'école de la République Française est a vendre !
J’ai encore du mal à croire que Madame la Ministre qui disait « Gauguin ou la oualou » est signée l’arrêt de mort de cette école et pire encore, on peut ce demander comment notre cher système républicain à l’étranger va déraper ! Même si nous vivons à ici et là, on ne renonce pas à un droit, à un esprit et a une conception de l’éducation. Nos politiques n’ont plus de principes et de fois dans des valeurs. LIBERTE EGALITE FRATERNITE Où est l’engagement de la France avec les Marocains qui placés leurs enfants dans un système éducatif public. Pourquoi fermer un établissement qui est équilibré ? pour mettre de l’argent PUBLIC dans le privé ? Les écoles privées ne manquent pas, elles ne déméritent pas et pourtant elles sont bien moins cher que l’AEFE et sans aucune mesure avec la MLF (chercher l’erreur !). AEFE, ce n’est pas la MLF ! Le public c’est mon choix.



Serge Collin - 24/01/2014 14:00:12  
L'école de la République Française est a vendre !
J’ai encore du mal à croire que Madame la Ministre qui disait « Gauguin ou la oualou » est signée l’arrêt de mort de cette école et pire encore, on peut ce demander comment notre cher système républicain à l’étranger va déraper ! Même si nous vivons à ici et là, on ne renonce pas à un droit, à un esprit et a une conception de l’éducation. Nos politiques n’ont plus de principes et de fois dans des valeurs. LIBERTE EGALITE FRATERNITE Où est l’engagement de la France avec les Marocains qui placés leurs enfants dans un système éducatif public. Pourquoi fermer un établissement qui est équilibré ? pour mettre de l’argent PUBLIC dans le privé ? Les écoles privées ne manquent pas, elles ne déméritent pas et pourtant elles sont bien moins cher que l’AEFE et sans aucune mesure avec la MLF (chercher l’erreur !). AEFE, ce n’est pas la MLF ! Le public c’est mon choix.