Entre le 17 juin et le 2 juillet, 1 554 personnes sont mortes dans les Pays de la Loire. Parmi elles, 553 de plus que ce qu’on aurait dû compter sans la canicule. Une surmortalité de 55 %, qui place notre région au troisième rang national derrière la Bourgogne-Franche-Comté et l’Île-de-France. Ce mercredi 22 juillet, Santé publique France a publié les premières données consolidées de cet épisode de chaleur extrême qui a frappé 92 départements français. Les chiffres sont bruts, encore provisoires, mais ils dessinent déjà une réalité : cette vague de chaleur a tué, et elle a tué ici.
C’est la première fois depuis la canicule de 2003 qu’on observe un tel excès de mortalité sur une durée aussi courte. Mais contrairement à 2003, où les victimes étaient avant tout des personnes âgées isolées, cette fois toutes les tranches d’âge à partir de 15 ans ont été touchées. L’intensité de la chaleur, sa durée, et surtout le fait qu’elle soit arrivée dès juin, alors que les corps n’étaient pas acclimatés, expliquent cette différence.
À l’échelle nationale, ce sont 5 764 décès en excès qui ont été comptabilisés sur les 92 départements concernés, soit une surmortalité de 36 %. Les Pays de la Loire font donc bien pire que la moyenne française. Les décès à domicile ont explosé : +91 % dans les régions les plus frappées. Les Ehpad ont enregistré +37 %, les hôpitaux et cliniques +19,7 %.
Des données encore partielles, un bilan qui va s’alourdir
Santé publique France le précise d’entrée[4] : ces chiffres ne sont pas définitifs. Ils reposent sur un échantillon de 5 000 communes, couvrant 84 % de la mortalité nationale, transmis par l’Insee via les bureaux d’état civil. Ces données administratives ne renseignent pas sur les causes médicales des décès. Elles sont extrapolées pour estimer l’impact à l’échelle du pays.
Et surtout, les décès liés à la chaleur se prolongent souvent plusieurs jours, voire plusieurs semaines après la fin de l’épisode. Les personnes fragilisées par la déshydratation, l’épuisement cardiaque ou respiratoire ne meurent pas toutes pendant le pic de température. Une estimation de l’Agence France-Presse, publiée à la mi-juillet[1]avançait déjà le chiffre de 10 000 décès excédentaires dans sept pays européens entre le 22 et le 28 juin. La France en représenterait environ un cinquième.
Le bilan estival complet, avec les données consolidées sur l’ensemble de l’été et détaillées par vague de chaleur, sera publié après la période de surveillance, annonce Santé publique France. Autrement dit : pas avant septembre.
Des records absolus battus chez nous
Le 22 juin, Nantes, Rennes, Laval, Poitiers ont battu leurs records absolus de température[3]. La Loire-Atlantique a tutoyé les 42 °C. Le lendemain, la France enregistrait la journée la plus chaude de son histoire moderne, dépassant le seuil du 5 août 2003. Dans les fermes de Bretagne et des Pays de la Loire, des centaines de milliers de volailles sont mortes, incapables de réguler leur température par sudation. Les services d’équarrissage, saturés, ont dû obtenir une dérogation pour l’enfouissement des cadavres[1].
La canicule a duré seize jours. Seize jours où l’on a fermé des écoles, annulé des épreuves du bac, interdit certaines activités en plein air. Seize jours où 98,5 % de la population française a vécu sous vigilance canicule, dont 26 millions de personnes en vigilance rouge le dimanche 21 juin.
Aujourd’hui, 23 juillet, la chaleur est retombée. Mais près de 70 départements français ont déjà appliqué des restrictions d’eau. Les rendements agricoles sont attendus en baisse dans l’élevage, le lait, les œufs, le maraîchage, les baies, les oléagineux. Les orages annoncés en fin de semaine n’ont pas concerné toute la France. L’été n’est pas fini.
Le bilan humain, lui, ne sera jamais complet. Parce qu’une partie des morts de la canicule ne figurera jamais dans les statistiques : ceux qui, affaiblis par la chaleur, mourront en septembre d’une pneumonie, d’un AVC, d’une insuffisance rénale. Ceux dont le corps n’aura jamais récupéré de ces seize jours de juin.
Sources
3 sources · 4 faits vérifiés

