Le chiffre interpelle : 152 400 personnes inscrites à France Travail à La Réunion au deuxième trimestre 2026, catégories A, B et C confondues. C’est 2 390 de plus qu’au trimestre précédent. Après des mois de repli, le chômage repart à la hausse sur l’île, avec une progression de 1,6 % en trois mois. Les demandeurs d’emploi sans activité, classés en catégorie A, sont 112 020, soit 1,4 % de plus que sur les trois mois précédents.
Ce rebond intervient dans un contexte national similaire. En France hors Mayotte, les inscrits en catégories A, B et C ont augmenté de 1,3 % sur la même période, et les seuls demandeurs sans activité de 0,8 %. La dynamique locale n’échappe pas au mouvement national, même si La Réunion a connu des trimestres plus favorables que l’Hexagone ces derniers mois.
Pourtant, sur un an, la tendance reste orientée à la baisse. Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A recule de 3,9 % par rapport au deuxième trimestre 2025, et celui des catégories A, B et C de 2,4 %. Une évolution qui témoigne d’une amélioration structurelle, même si le trimestre écoulé marque un coup d’arrêt temporaire.
Un premier trimestre 2026 qui avait marqué les esprits
Le contraste est d’autant plus saisissant que le premier trimestre 2026 avait affiché des résultats remarquables. En moyenne, 150 010 personnes étaient inscrites en catégories A, B et C, dont 110 520 sans emploi[2]. Le nombre total d’inscrits, hors parcours social et attente d’orientation, s’établissait à 170 080, en recul de 4,3 % sur le trimestre. La catégorie A, elle, enregistrait une baisse encore plus marquée : -5,9 % sur le trimestre et -8,1 % sur un an[5]. En un an, quasiment 10 000 personnes sans emploi tenues d’en rechercher un étaient sorties du chômage.
Cette embellie avait surpris, d’autant qu’elle surpassait nettement la dynamique nationale. Alors que de nouveaux publics, en particulier les bénéficiaires du RSA, les jeunes en contrat d’engagement jeune ou en parcours d’accompagnement contractualisé vers l’emploi et l’autonomie, sont désormais obligés de s’inscrire à France Travail depuis 2025, les données publiées à périmètre constant confirmaient une vraie amélioration du marché du travail local.
171 170 inscrits toutes catégories confondues
Au deuxième trimestre 2026, toutes catégories confondues, de A à E, hors personnes en attente d’orientation ou en parcours social, 171 170 personnes étaient inscrites à France Travail à La Réunion[1]. Cet effectif progresse de 0,6 % sur le trimestre, soit 1 090 personnes supplémentaires, mais reste inférieur de 2,7 % à son niveau d’un an plus tôt. Les statistiques intègrent également deux nouvelles catégories créées en 2025 : 29 764 personnes en parcours social, catégorie F, et 8 191 en attente d’une orientation par le réseau pour l’emploi, catégorie G.
Ces nouvelles catégories, issues de la réforme de France Travail, élargissent le périmètre du suivi des demandeurs d’emploi. Elles reflètent une volonté d’accompagner des publics jusque-là moins visibles dans les statistiques officielles, tout en rendant plus complexe la lecture des évolutions d’un trimestre à l’autre.
Un taux de chômage qui reste élevé
Au premier trimestre 2026, le taux de chômage à La Réunion s’élevait à 19 %[4]un niveau toujours nettement supérieur à la moyenne nationale. L’emploi salarié total sur l’île atteignait 294 700 postes, en stagnation sur le trimestre mais en légère progression de 0,4 % sur un an. Le tertiaire non marchand reste le principal moteur, avec 128 400 emplois, en hausse de 0,6 % sur le trimestre et de 1,1 % sur un an.
Le tertiaire marchand, lui, perd du terrain : 125 100 emplois au premier trimestre, soit -0,4 % sur le trimestre et sur un an. Le commerce résiste un peu mieux, avec 37 700 emplois, en hausse de 0,4 % sur le trimestre et de 0,7 % sur un an. L’intérim, lui, affiche 4 300 emplois, en progression de 2 % sur le trimestre mais en recul de 3,1 % sur un an, signe d’une volatilité persistante dans les secteurs les plus fragiles.
La construction et l’industrie restent stables, avec respectivement 16 800 et 20 800 emplois au premier trimestre 2026. Ces secteurs, qui avaient longtemps souffert, ne parviennent pas encore à renouer avec une dynamique franche de création d’emplois.
Un rebond à surveiller
Le rebond du deuxième trimestre 2026 ne suffit pas à inverser la tendance annuelle, mais il interpelle. Les acteurs locaux de l’emploi scrutent les prochains chiffres pour savoir si ce coup d’arrêt est conjoncturel ou s’il marque le début d’une dégradation plus durable. Les créations d’entreprises restent dynamiques, avec 4 230 nouvelles immatriculations au premier trimestre 2026, et les défaillances d’entreprises, bien que présentes, ne signalent pas de crise majeure.
Reste que l’île connaît une structure économique fragile, marquée par un secteur public prépondérant et un tissu productif encore trop dépendant des commandes publiques. Les heures rémunérées progressaient de 0,7 % en avril 2026 par rapport à avril 2025, un signe de vitalité modeste mais réel. Les offres d’emploi, elles, restent limitées : 3 100 au premier trimestre 2026, un chiffre qui ne traduit pas une explosion de la demande de main-d’œuvre.
Le marché du travail réunionnais reste un terrain difficile, où chaque trimestre compte. Ce deuxième trimestre 2026 le rappelle : les avancées sont fragiles, et un retournement peut survenir rapidement.
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

