Le 18 juin, un pirate s’attaque à Pulsy, l’opérateur qui gère une partie des échanges de données médicales dans le Grand Est. Six heures plus tard, l’attaque est stoppée. Pas de fuite de dossiers médicaux, mais un fichier de 5 millions de lignes compromis : noms, prénoms, dates de naissance, numéros de sécurité sociale. Et pour 180 000 patients, c’est pire : adresses, téléphones, mails. Des coordonnées déjà en vente sur le dark web.
Jonathan Lotz, directeur de Pulsy, le reconnaît sans détour : ce vol va nourrir les tentatives d’escroquerie. Depuis un mois, les professionnels de santé remontent des signalements. Des patients racontent avoir été contactés par de faux agents de l’Assurance maladie, cherchant à soutirer des informations. Les équipes de Pulsy ont joint par mail, SMS ou courrier les 180 000 personnes les plus exposées pour les alerter : ne jamais donner de mot de passe, de code ou de coordonnées bancaires par téléphone, se méfier des liens dans les messages suspects, rappeler soi-même les organismes en cas de doute.
Pulsy, c’est le groupement régional d’appui au développement de l’e-santé du Grand Est. Créé en 2018 à Nancy, avec des bureaux à Reims et Strasbourg, il fait circuler les informations de prise en charge entre hôpitaux et médecins traitants. Un acteur central, certifié hébergeur de données de santé. Et pourtant, c’est la deuxième attaque en un an.
74 000 adresses IP pour brouiller les pistes
L’assaillant a joué serré. Jonathan Lotz décrit une attaque distribuée, sophistiquée : le pirate a utilisé l’équivalent de 74 000 adresses IP différentes pour ne pas être repéré[1]. Pas de demande de rançon cette fois, mais une mise en vente immédiate sur le dark web. Deux fichiers distincts : un premier de 5,68 millions d’enregistrements pour 34,9 Go, un second de plus de 180 000 entrées.
Le 20 juin, Pulsy déclare l’incident à la Commission nationale de l’informatique et des libertés et le signale au CERT Santé, le service national de réponse aux cyberattaques dans le secteur médical. Le 23 juin, plainte déposée à la police judiciaire de Nancy. Depuis, le dossier a été transmis à la cellule cybersécurité de Paris, déjà sur la piste de ce pirate pour d’autres affaires similaires.
Authentification renforcée depuis le 1er juillet
Jonathan Lotz sait que cette nouvelle faille entame la confiance. Il annonce des mesures : depuis le 1er juillet, Pulsy a activé des modalités d’authentification fortes, censées rendre impossible le scénario qui vient de se produire. D’autres consolidations sont prévues cet été. Reste à prouver que le verrou tient, cette fois.
En attendant, les 180 000 patients du Grand Est les plus exposés vont devoir rester vigilants. Leurs données circulent désormais hors des murs de Pulsy, et personne ne sait encore entre quelles mains elles finiront.
Sources
1 source · 1 fait vérifié

