Le Conseil régional du Grand Est a adopté le 11 juin un pacte de 73 mesures pour relancer l’industrie locale, doté de 1 milliard d’euros sur quatre ans.
« Une région qui ne produit plus dépend des autres. » Franck Leroy, président de la Région Grand Est, l’a répété lors de la séance plénière consacrée au « Pacte pour l’industrie ». Ce plan stratégique, présenté le 11 juin à Metz, rassemble 73 mesures réparties en trois axes : renforcer la compétitivité industrielle, rendre les territoires attractifs pour les investisseurs et valoriser les métiers de l’industrie.
L’ambition affichée : permettre aux entreprises d’investir, d’innover, de recruter et de produire davantage sur le territoire, dans un contexte de tensions géopolitiques et de compétition technologique mondiale. Le pacte s’appuie sur un milliard d’euros mobilisés sur quatre ans, contre un milliard déjà déployé sur la décennie écoulée.
Depuis 10 ans, la Région a soutenu plus de 27 800 entreprises, contribué à la création ou à la consolidation de plus de 21 000 emplois et accompagné 40 % des entreprises industrielles du territoire[1]. Le Grand Est figure dans le trio de tête national en matière d’attractivité économique. En 2024, la région a accueilli 91 projets d’investissements étrangers, puis 88 projets internationaux en 2025, selon le baromètre EY. Début juin, lors du 9e Choose France, huit nouveaux projets portés par des groupes étrangers ont été annoncés, représentant plusieurs centaines de millions d’euros d’investissement et 585 millions d’euros mobilisés au total.
Un fonds souverain régional et une coopérative de ressources critiques
Le premier pilier du pacte vise à donner aux entreprises les moyens de se développer face aux dépendances stratégiques et aux tensions sur les approvisionnements. Parmi les mesures phares : la création d’un fonds souverain régional destiné à accompagner les projets industriels stratégiques, et le renforcement du Prêt Participatif Grand Est pour élargir les capacités de financement des PME industrielles[2].
Autre levier : une coopérative régionale des ressources critiques, pensée pour sécuriser l’accès des industriels aux matières premières et composants essentiels. L’objectif est de réduire la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement dans un contexte de blocages géopolitiques et de tensions commerciales internationales.
Claude Sturni, vice-président au développement économique, recherche et innovation, a précisé qu’il est également prévu de mobiliser l’épargne salariale des habitants de la région pour « créer un lien direct entre eux et le développement économique du territoire ». Les banques ont été sollicitées pour concevoir le produit financier correspondant.
Le pacte prévoit aussi un soutien accru à la décarbonation des sites de production et la mise en place d’un accélérateur d’industrialisation pour les jeunes entreprises innovantes, afin de favoriser leur passage à l’échelle.
Formation, foncier et infrastructures au cœur du deuxième axe

Le deuxième pilier cible l’attractivité des territoires. Il s’agit de doter chaque territoire de compétences, d’infrastructures et de services adaptés aux besoins des entreprises et de leurs salariés.
Sur le volet formation, le pacte prévoit de moderniser les équipements pédagogiques, de co-construire des programmes avec les industriels, d’aider aux diagnostics ressources humaines et de préserver les savoir-faire industriels menacés. Valérie Debord, vice-présidente, a annoncé le renforcement de l’orientation métier dans les collèges, avec de nouveaux stages en entreprises organisés avec les industriels, et une stratégie pour « accélérer la présence des filles dans l’industrie »[3].
Côté aménagement, la Région prévoit une offre foncière premium, la poursuite de la reconversion des friches industrielles, l’accroissement du soutien au fret ferroviaire, fluvial et multimodal, ainsi que des mesures pour faciliter l’hébergement des apprentis au plus proche des lieux de formation et des entreprises.
Mathieu Vermel, directeur général adjoint à l’Attractivité, résume : « Ce pacte incarne un bilan de 10 ans et un souffle nouveau. Il faut identifier ce qui marchait et ce qui devait être modifié pour s’adapter au contexte international ou aux réalités de transformation de notre territoire. »
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Projets d’investissements étrangers (2024) | 91 |
| Projets internationaux (2025) | 88 |
| Projets Choose France (juin 2026) | 8 |
| Montant annoncé Choose France 2026 | 585 M€ |
| Projets de relocalisation depuis 2020 | 200 |
| Emplois prévus (relocalisations) | 8 700 |
| Investissements industriels sur 5 ans | 6 Md€ |
Source : La Semaine, baromètre EY
Pourquoi ce pacte industriel pour le Grand Est maintenant
Valoriser les métiers et les filières industrielles
Le troisième pilier vise à faire de l’industrie « une fierté régionale ». Il s’agit de valoriser les métiers industriels auprès des jeunes, des familles et du grand public, pour contrer l’image dégradée dont souffre le secteur depuis plusieurs décennies.
La Région entend animer plusieurs filières stratégiques : santé, bio-économie et nucléaire. Christophe Choserot, du groupe Centristes et Territoires, a soutenu cette stratégie en insistant sur trois chantiers prioritaires : le capital humain, la transformation énergétique et l’intelligence artificielle[4]. « Nous pensons qu’il y a deux temps : résister à la crise économique actuelle pour ensuite accélérer à travers l’innovation et la formation », a-t-il déclaré. Il estime que la région peut devenir un leader européen en matière de matériaux et d’énergie.
Le président Franck Leroy rappelle le contexte : « Notre région est évidemment industrielle, nous avons une histoire forte, mais on est confronté à un désordre international qui affecte la visibilité du monde industriel, droits de douane américains, blocage du détroit d’Ormuz. Tout cela justifie qu’on puisse engager un effort vigoureux au service de notre industrie. »
Le pacte, fruit d’un dialogue avec les entreprises, les filières, les territoires, les partenaires sociaux et les acteurs de la formation, traduit une ambition de long terme : « Maîtriser notre avenir plutôt que subir les mutations. » Il s’inscrit dans la continuité d’une stratégie engagée depuis 10 ans et la création de la Région Grand Est, avec pour objectif de faire de l’industrie un moteur de croissance, d’innovation et d’emploi au service des territoires[5].
Avec ce milliard d’euros sur quatre ans, la Région double la mise. Reste à voir si les acteurs industriels s’empareront de l’ensemble des dispositifs proposés et si le pacte tiendra ses promesses en matière d’emplois, de souveraineté et de résilience économique.
Pacte industriel Grand Est : les chiffres à retenir
- Le Conseil régional du Grand Est a adopté le 11 juin un pacte de 73 mesures pour l'industrie, doté de 1 milliard d'euros sur quatre ans.
- Le plan prévoit la création d'un fonds souverain régional et d'une coopérative de ressources critiques pour sécuriser les approvisionnements.
- La Région a soutenu 27 800 entreprises depuis 10 ans et contribué à créer ou consolider 21 000 emplois.
- En 2024, le Grand Est a accueilli 91 projets d'investissements étrangers, puis 88 en 2025.
- 200 projets de relocalisation ont vu le jour depuis 2020, représentant 8 700 emplois prévus.
- Le pacte vise aussi à renforcer l'orientation métier dans les collèges et à accélérer la présence des filles dans l'industrie.
Sources
5 sources · 5 faits sourcés

