Deux incendies incontrôlés ravagent l’Espagne ce dimanche 19 juillet : l’un au nord de Madrid, l’autre près de Saragosse, cumulant 28 000 hectares réduits en cendres.
Le premier feu s’est déclaré jeudi dans la région de Guadalajara, à une centaine de kilomètres au nord de Madrid. Il a déjà consumé plus de 12 000 hectares du parc naturel de la Sierra Norte, zone forestière et montagneuse abritant des aigles, des loups et des espèces menacées de papillons. Près de 350 pompiers et militaires de l’UME (Unité militaire d’urgence) sont sur place, épaulés par 25 engins aériens, pour tenter de contenir les flammes. Plusieurs centaines de personnes ont été évacuées. Aucune victime n’est à déplorer, mais les autorités qualifient la situation de « difficile », selon le président de la région de Castille-La-Manche, Emiliano García-Page.
Le second foyer, déclenché mercredi dans le nord-est du pays, près de Saragosse, est encore plus étendu. Il a déjà parcouru près de 16 000 hectares et reste « loin d’être stabilisé », rapporte Roberto Bermúdez de Castro, responsable de la sécurité au gouvernement régional d’Aragon. Plus de 450 pompiers et 300 renforts militaires y sont déployés, avec une trentaine de moyens aériens.
Une « nuit très complexe » dans le nord-est
Le vent complique sérieusement l’intervention des secours. « La nuit a été très complexe, très difficile. À l’heure actuelle, nous estimons que la superficie brûlée dépasse les 12 000 hectares », a déclaré vendredi Roberto Bermúdez de Castro[1]. Le risque de propagation est jugé « très élevé » par les autorités aragonaises. Plusieurs villages des environs d’Orés et d’Uncastillo, notamment dans la zone de Cinco Villas, ont été évacués. « On croit avoir maîtrisé une situation et d’un coup le vent arrive », résume un pompier local.
Les habitants expriment leur exaspération. « Ils disent qu’il y a des hélicoptères partout, mais où est-ce qu’ils sont ? Il n’y en a pas un seul », lance un riverain paniqué. La presse locale décrit « un village noir entouré de flammes » et un « panorama désolant ». L’incendie de Cinco Villas pourrait devenir l’une des plus grandes catastrophes forestières jamais enregistrées en Aragon, selon le quotidien El Periódico.
Un bilan national qui s’alourdit : 82 000 hectares en 2026

Ces deux feux s’inscrivent dans une dynamique inquiétante. Depuis le début de l’année 2026, près de 82 000 hectares ont été réduits en cendres en Espagne, selon le Système européen d’information sur les incendies de forêt (Effis). Une autre source, la radio Cadena Seravance le chiffre de 72 488 hectares à la mi-juillet, mais sans comptabiliser les derniers sinistres. L’écart provient des méthodes de calcul : le ministère espagnol de la Transition écologique compile les bilans officiels des communautés autonomes, tandis qu’Effis produit une estimation continue à partir d’images satellites.
Le pays sort à peine de l’un des incendies les plus meurtriers de son histoire récente. Un feu de forêt déclaré le 9 juillet en Andalousie, dans le sud, a tué 13 personnes et ravagé 7 000 hectares. L’incendie s’est propagé avec une rapidité foudroyante, provoquant une polémique sur l’efficacité des systèmes d’alerte. « Personne ne nous a prévenus », a notamment dénoncé le mari d’une Française disparue dans le sinistre[5].
| Année | Superficie brûlée | Nombre de victimes |
|---|---|---|
| 2025 | 393 000 hectares | 8 morts |
| 2026 (janvier-juillet) | 82 000 hectares | 13 morts (Andalousie) |
Source : FranceinfoEuronews
Pourquoi l'Espagne brûle autant en 2026
Un climat de plus en plus extrême
L’Espagne figure en première ligne du réchauffement climatique. Ces dernières années, les vagues de chaleur s’allongent et se multiplient. Les températures dépassent régulièrement les 40 °C, créant des conditions favorables aux feux dévastateurs. L’année 2025 avait établi un triste record national : 393 000 hectares brûlés, soit un tiers de la superficie totale consumée en Europe cette année-là, comme l’a rappelé le premier ministre Pedro Sánchez lors de sa visite sur les lieux du sinistre d’Andalousie. Il a alors alerté sur l’« été compliqué » à venir et insisté sur le fait que « les effets de l’urgence climatique s’aggravent ».
L’été 2026 confirme la tendance. Le pays compte déjà 14 grands incendies (plus de 500 hectares chacun) depuis janvier. Les plus récents se sont déclarés à San Bartolomé de la Torre, Villanueva de los Castillejos (province de Huelva), Alcampell (Huesca), Obejo (Cordoue) et Congosto (León). Le mois de juin a été le plus destructeur : 15 900 hectares partis en fumée, principalement en Cantabrie (15 500 hectares)[4].
Les moyens humains et aériens mobilisés

Au total, plus de 750 pompiers et militaires sont actuellement engagés sur les deux incendies actifs. À Guadalajara, 350 hommes de l’UME et pompiers combattent les flammes avec 25 moyens aériens. Près de Saragosse, les effectifs dépassent 450 pompiers épaulés par 300 militaires et une trentaine d’appareils. Les autorités maintiennent en vigueur les différents plans de protection civile et continuent d’évaluer la nécessité d’adapter les mesures de prévention.
Malgré ces renforts, les conditions météo compliquent les opérations. Le vent alimente les feux et les projette sur de nouvelles zones. Les pompiers locaux décrivent une lutte acharnée, où chaque avancée peut être anéantie en quelques minutes. « Un risque de propagation très élevé » reste en vigueur pour l’incendie de Saragosse[1].
Un été espagnol sous haute tension
La période de danger maximal ne fait que commencer en Espagne. Les autorités estiment que le pire reste à venir, avec des températures encore plus élevées attendues en août. L’incendie d’Andalousie, stabilisé depuis quelques jours seulement, a rappelé la vulnérabilité du pays. Les quelque 1 000 personnes évacuées qui n’avaient pas encore pu rentrer chez elles ont été autorisées à regagner leur domicile cette semaine, mais les dégâts matériels et psychologiques restent considérables.
Face à cette succession de catastrophes, les critiques se multiplient sur la gestion de la prévention et des alertes. Plusieurs familles de victimes et de disparus en Andalousie pointent du doigt l’absence de notification préalable, malgré des systèmes d’alerte censés fonctionner. Les autorités régionales se défendent en évoquant la rapidité de propagation et l’imprévisibilité du vent, mais la polémique enfle.
L’Espagne compte désormais davantage d’hectares brûlés que la France ou le Portugal depuis le début de 2026. Le pays se prépare à un été long et dangereux, où chaque nouvelle vague de chaleur pourrait déclencher de nouveaux départs de feu.
Incendies en Espagne : les chiffres à retenir
- Deux incendies simultanés ravagent l'Espagne : 12 000 hectares à Guadalajara et 16 000 hectares près de Saragosse
- 82 000 hectares brûlés depuis janvier 2026, contre 393 000 hectares en 2025 (record national)
- 13 personnes tuées le 9 juillet en Andalousie, l'un des incendies les plus meurtriers de l'histoire du pays
- Plus de 750 pompiers et militaires mobilisés, appuyés par une cinquantaine de moyens aériens
- Le vent et les températures supérieures à 40 °C aggravent la situation dans le nord-est
- L'Espagne a enregistré 14 grands incendies (plus de 500 hectares) depuis le début de l'année
Sources
3 sources · 4 faits vérifiés

