Six hommes quelque part dans l’Atlantique, entre le ciel et l’eau, sans signal, sans radeau visible, sans repère. Depuis le 14 juillet, le Saint Vincent VII, navire de pêche battant pavillon de Trinidad-et-Tobago, ne donne plus signe de vie. Ce jour-là, à plus de 370 kilomètres des côtes guyanaises, un incendie s’est déclaré à bord. L’équipage a réussi à transmettre une vidéo via WhatsApp, grâce à une liaison Starlink. Puis plus rien.
L’alerte n’est parvenue au Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage Antilles-Guyane que deux jours plus tard, le 16 juillet. Deux jours de dérive possible, deux jours pendant lesquels le navire, ou ce qu’il en reste, a pu parcourir des dizaines de kilomètres dans n’importe quelle direction. Et un détail qui complique tout : le Saint Vincent VII ne disposait d’aucune balise de détresse automatique.
Sans balise, pas de position GPS envoyée aux secours. Juste une dernière localisation transmise le 14 juillet à 3 heures du matin, avant l’incendie. Le CROSS a diffusé un message MAYDAY RELAY pour demander aux navires croisant dans le secteur de se dérouter et de maintenir une veille attentive. Plusieurs bateaux ont répondu à l’appel, scrutant l’horizon dans un périmètre de 200 milles nautiques autour du dernier point connu.
Des centaines de kilomètres carrés à couvrir
La zone à investiguer était démesurée. Entre le délai de l’alerte et la dérive probable du navire, d’un éventuel radeau ou de naufragés à l’eau, Météo-France a calculé un corridor s’étendant sur des centaines de kilomètres carrés. Loin de Cayenne, loin de Kourou, loin de toute infrastructure de secours immédiate[4].
Les Forces armées en Guyane ont déployé un avion CASA le 16 juillet pour une première reconnaissance aérienne. Le survol n’a rien donné. Un second vol le 17 juillet n’a pas davantage permis de localiser le navire ou ses occupants. Pas de signal de détresse capté, pas d’embarcation de survie repérée, pas de débris visibles.
Pendant ce temps, les navires en transit dans la zone ont continué à être contactés systématiquement par le CROSS pour exercer une veille attentive. Mais l’océan est vaste, et sans point de repère précis, chaque heure qui passe réduit les chances.
Suspension des opérations actives
Le 17 juillet, trois jours après l’incendie, le préfet de la Guyane a pris la décision de suspendre les recherches actives[2]. En l’absence de nouveaux éléments permettant de circonscrire la zone ou de justifier la poursuite des vols de reconnaissance, les opérations aériennes ont été arrêtées.
Les six marins restent officiellement portés disparus. La veille maritime passive se poursuit : tout navire croisant dans le secteur jusqu’au 24 juillet demeure tenu de signaler toute observation suspecte. Mais l’espoir s’amenuise.
Le Saint Vincent VII pratiquait la pêche hauturière, c’est-à-dire au large, loin des zones côtières surveillées. Ces eaux, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes guyanaises, sont fréquentées par des navires de différentes nationalités. Mais elles restent peu surveillées, et les moyens de secours déployables dans des délais compatibles avec la survie en mer sont limités.
La Guyane dispose d’une zone économique exclusive de plus de 131 506 km², pour un territoire de 83 856 km² et environ 298 000 habitants concentrés principalement sur la bande côtière. Cette immensité maritime pose des défis considérables en matière de sauvetage. Quand un drame se produit à 370 kilomètres au large, chaque heure compte, et chaque retard peut être fatal.
Le CROSS Antilles-Guyane rappelle qu’en cas de doute sur la situation d’un navire, Il faut donner l’alerte le plus rapidement possible. Le centre est joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, via le 196, numéro d’urgence en mer, ou par VHF sur le canal 16[1].
Le préfet de la Guyane a adressé sa sollicitude aux familles et aux proches des disparus dans cette épreuve douloureuse. Six hommes restent quelque part dans l’Atlantique, sans que personne ne sache où.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés


