Un mois après que les marins-pêcheurs ont bloqué le chenal de Pointe-à-Pitre, Olivier Serva a posé les mots que beaucoup attendaient devant la ministre de la Mer, Catherine Chabaud. Le député de Guadeloupe n’a pas mâché ses phrases : la filière pêche du territoire est à bout de souffle. Et sans réponse rapide, elle risque de couler définitivement.
Derrière cette mobilisation qui a paralysé l’entrée maritime de Pointe-à-Pitre, il y a une réalité brutale. Les pêcheurs guadeloupéens travaillent dans une mer qui ne leur veut plus de bien. Les bancs de sargasses envahissent les côtes, rendent la navigation difficile, obstruent les filets. Le chlordécone empoisonne les fonds, limite les zones de pêche autorisées, fait fuir les consommateurs inquiets. Et par-dessus tout, une concurrence jugée « agressive » par Serva fragilise encore des professionnels déjà au bord du gouffre.
« La mer est leur outil de travail. Elle ne doit pas devenir leur tombeau économique », a déclaré le député LIOT lors de son intervention. Une formule forte, qui résume l’impasse dans laquelle se trouvent ceux qui vivent de la pêche ici. Car pour eux, il ne s’agit pas simplement d’une mauvaise passe : c’est une question de survie.
Une filière face à des contraintes qui s’accumulent
Olivier Serva a porté ces revendications auprès de Catherine Chabaud en juillet, fidèle à un engagement pris lors d’une réunion organisée avec les pêcheurs après le blocage. Ce qui ressort de cette démarche, c’est la multiplicité des fronts sur lesquels les marins doivent se battre en même temps. Les nouvelles contraintes réglementaires s’ajoutent aux anciennes, les financements destinés à les soutenir sont peu mobilisés, et sur le terrain, le moral est au plus bas[1].
Le député a insisté sur un point : l’État doit agir avec la même détermination pour la Guadeloupe qu’il le ferait pour n’importe quel autre territoire français. Ce n’est pas une question de faveur, mais d’équité. Les pêcheurs d’ici méritent qu’on prenne en compte les défis spécifiques qu’ils affrontent au quotidien. Les sargasses, ce n’est pas un problème méditerranéen. Le chlordécone, ce n’est pas une pollution qu’on retrouve en Bretagne. Ces contraintes sont locales, lourdes, et elles exigent des réponses adaptées[4].
Depuis des années, la contamination au chlordécone pèse sur la pêche et la consommation. Les consommateurs hésitent, les zones interdites se multiplient, et les pêcheurs se retrouvent coincés entre une mer qu’ils connaissent par cœur et une réglementation qu’ils jugent parfois déconnectée de leur réalité. Ajoutez à cela les sargasses qui transforment certaines sorties en parcours du combattant, et vous obtenez une profession qui ne sait plus comment tenir.
Des financements qui ne décollent pas
Olivier Serva a également pointé du doigt l’insuffisante mobilisation des financements. Des aides existent sur le papier, mais sur le terrain, les pêcheurs peinent à y accéder ou les jugent inadaptées. Le député estime qu’il est urgent de débloquer ces moyens et de les rendre accessibles, dans des formes qui correspondent vraiment aux besoins des professionnels guadeloupéens.
La question n’est pas seulement budgétaire. C’est aussi une affaire de reconnaissance. Les pêcheurs veulent qu’on arrête de leur dire qu’on les comprend, et qu’on commence vraiment à agir. Le blocage du chenal, ce n’était pas un caprice : c’était un cri d’alarme.
Pour l’instant, aucune annonce concrète n’a été faite par le ministère de la Mer. Mais l’interpellation d’Olivier Serva a au moins eu le mérite de remettre la pêche guadeloupéenne au centre du débat national. Ce que veulent les marins, ce ne sont pas des promesses : ce sont des mesures qui leur permettent de continuer à travailler, ici, chez eux, dans une dignité retrouvée.
La mer reste leur vie. Il est temps qu’elle redevienne leur avenir.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

