Thales publie des prises de commandes en hausse de 21 % au premier semestre 2026, porte ses objectifs annuels de trésorerie et encaisse une charge de 450 millions pour rupture du contrat allemand F126.
Le carnet se remplit. Sur les six premiers mois de l’année, Thales a engrangé 12,47 milliards d’euros de prises de commandes, soit 21 % de plus qu’à la même période en 2025. Le chiffre d’affaires suit à 10,95 milliards, en progression de 6,7 % publié, 7,8 % à périmètre et change constants. La dynamique repose en grande partie sur les marchés émergents, dont le chiffre organique bondit de 14,6 %, tiré par un Proche et Moyen-Orient en hausse de 36,7 %.
Le résultat d’exploitation ajusté grimpe de 9,9 %, à 1,372 milliard, portant la marge d’Ebit ajusté à 12,5 % contre 12,2 % un an plus tôt. Le bénéfice net ajusté part du groupe s’établit à 990 millions, en hausse de 13 %. Ce chiffre intègre déjà la surtaxe d’impôt temporaire française de 57 millions.
En revanche, le résultat net comptable publié chute à 485 millions d’euros, contre 664 millions au premier semestre 2025. L’explication tient en six frégates : celles du programme allemand F126.
L’arrêt du contrat F126 coûte 450 millions, sans impact cash
Berlin a rompu le contrat portant sur six frégates destinées à remplacer les unités de classe Brandenburg. Le chantier néerlandais Damen Schelde Naval Shipbuilding était maître d’Å“uvre, Thales équipait les systèmes de combat. La résiliation entraîne une charge exceptionnelle de 450 millions d’euros sur les comptes du semestre[2]. Principalement non-cash, cette provision n’affecte ni l’Ebit ajusté ni le résultat net ajusté, mais elle réduit le bénéfice net publié part du groupe d’environ 350 millions après impôt[3]. Thales indique faire valoir l’ensemble de ses droits pour obtenir réparation du préjudice.
Le groupe ne précise pas dans quel cadre ni à quel horizon cette action sera menée. Le programme F126, lancé en 2020, devait déboucher sur la première livraison en 2028. Avec cette rupture, l’Allemagne se retrouve à l’arrêt sur un segment de capacité pourtant jugé prioritaire dans sa nouvelle revue stratégique. Thales, lui, reprend la main sur ses capacités de production et maintient le cap.
Prises de commandes : la défense tire, le spatial stagne

Au premier trimestre 2026, les prises de commandes ont atteint 4,7 milliards d’euros, en hausse de 27 % en organique[4]. Le segment Défense concentre l’essentiel de la dynamique : +75 % en variation organique sur le trimestre, à 2,24 milliards. Cinq commandes de défense de plus de 100 millions ont été notifiées sur le seul premier trimestre, contre une à la même période en 2025[1]. Le carnet du segment bénéficie de contrats portant sur la surveillance et la défense aériennes ainsi que sur la guerre des mines sous-marines.
Le chiffre d’affaires trimestriel s’élève à 5,32 milliards d’euros, en hausse de 9,7 % en organique[5]. La Défense affiche +14,3 % en organique, à 3 milliards. L’Aérospatial progresse de 5,9 % en organique, à 1,4 milliard, mais le segment Digital & Cybersécurité recule de 4,2 % publié malgré une légère hausse organique de 2 %, pénalisé par l’effet de change.
| Segment | Montant (M€) | Évolution organique |
|---|---|---|
| Défense | 2 240 | +75 % |
| Aérospatial | Stable | +1 % |
| Cyber & Digital | Stable | -1 % |
| Total | 4 652 | +27 % |
Source : Thales Group
Patrice Caine, PDG, insiste sur la pertinence des solutions du groupe dans un contexte géopolitique tendu : « La dynamique de croissance du chiffre d’affaires est solide, en hausse organique de près de 10 % sur le trimestre. Les trois segments d’activité du Groupe contribuent à la croissance, avec une dynamique particulièrement élevée des activités de Défense. »
Pourquoi Thales relève ses objectifs malgré Berlin
Objectifs 2026 confirmés, trésorerie et book-to-bill rehaussés
Thales maintient ses prévisions de croissance organique du chiffre d’affaires entre 6 % et 7 %, soit un niveau annuel attendu entre 23,3 et 23,6 milliards d’euros. La marge d’Ebit ajusté reste visée entre 12,6 % et 12,8 %.
En revanche, deux cibles sont relevées. Le ratio commandes sur chiffre d’affaires (book-to-bill) est désormais attendu au-dessus de 1,10, contre plus de 1,0 auparavant. L’objectif de conversion de trésorerie passe de 95-100 % à 100-110 %. Ces révisions reflètent la confiance du groupe dans sa capacité à dégager du cash malgré les tensions sur certains programmes.
La géographie contribue de manière équilibrée : les marchés matures et émergents progressent chacun autour de 10 % en organique au premier trimestre, avec une contribution notable de l’Europe et du Moyen-Orient. L’Asie-Pacifique reste en retrait, plombée par les reports de plusieurs programmes d’équipement.
Côté analystes, les réactions sont prudentes. Oddo BHF maintient son conseil « surperformance » avec un objectif de cours à 305 euros, pointant un chiffre d’affaires supérieur aux attentes et une valorisation attractive. Jefferies confirme l’achat avec un objectif à 310 euros, saluant « une performance globale supérieure aux attentes ». Le titre reprend 0,2 % à 224,30 euros en séance, après une correction récente.
Reste la question de l’Allemagne. Le pays dépense désormais trois fois plus que la France chaque année en défense. Berlin vise 167,8 milliards d’euros de dépenses militaires en 2029, contre 66,8 milliards en 2024. Cette dynamique repose sur le Fonds spécial de la Bundeswehr, abondé de 25,5 milliards cette année. Pour un équipementier français, perdre un contrat structurant comme le F126 n’est pas qu’un incident comptable : c’est un signal stratégique. Les capacités industrielles de Thales sont diversifiées, le carnet reste plein, mais l’équation européenne se complique.
Thales : ce que disent les chiffres du S1 2026
- 12,47 milliards d'euros de prises de commandes au S1 2026, en hausse de 21 %
- Charge exceptionnelle de 450 millions d'euros après rupture du contrat allemand F126
- Cinq commandes défense supérieures à 100 millions notifiées au T1 2026, contre une en 2025
- Objectif de book-to-bill relevé au-dessus de 1,10, contre plus de 1,0 auparavant
- Croissance organique de 36,7 % au Proche et Moyen-Orient sur six mois
Sources
5 sources · 5 faits vérifiés

