Thales a réduit sa dette nette de 85 % en un an pour la ramener à 519 millions d’euros, portée par une progression de 20 % de ses commandes au premier semestre 2026.
Le groupe français de défense et d’aéronautique Thales a publié ce jeudi 23 juillet des résultats financiers contrastés. Si le bénéfice net part du groupe recule de 27 % à 485 millions d’euros sur le premier semestre, la trésorerie affiche une progression remarquable. La dette nette, encore à 3,4 milliards d’euros fin juin 2025, s’établit désormais à 519 millions. Soit une division par six en douze mois.
Cette amélioration s’explique par une forte croissance du chiffre d’affaires, en hausse de 6,7 % à 10,95 milliards d’euros, couplée à une maîtrise des coûts. Patrice Caine, directeur général de Thales, a qualifié cette performance de « très, très importante » lors d’une visioconférence avec la presse. Le groupe, qui avait annoncé début juillet une provision de 331 millions d’euros après l’abandon par l’Allemagne de la commande de frégates F126, maintient ses prévisions pour l’ensemble de l’année. La marge opérationnelle (Ebit ajusté) doit rester comprise entre 12,6 % et 12,8 %, contre 12,4 % en 2025 et 11,8 % en 2024.
« Grâce à une dynamique commerciale favorable dans l’ensemble de ses activités, et à la hausse continue de ses capacités de production pour répondre à la demande de ses clients, le Groupe entame le deuxième semestre 2026 avec confiance », a indiqué Thales dans son communiqué[1].
Les commandes explosent dans la défense
Le carnet de commandes affiche une progression de 20 % au premier semestre, à près de 12,5 milliards d’euros. Ce montant dépasse largement les attentes des analystes, qui tablaient sur 10,5 milliards. La défense, qui représente 58 % du chiffre d’affaires du groupe, tire la croissance avec une hausse de 28 % des commandes. L’aéronautique suit de près, avec une progression de 23 %. Seule ombre au tableau : la cybersécurité et le numérique reculent de 4 %.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de forte demande pour les systèmes de surveillance aérienne, de défense anti-aérienne et de guerre des mines sous-marines. Les récents événements au Moyen-Orient ont renforcé la pertinence de l’offre de Thales. Au premier trimestre 2026, le segment défense avait déjà enregistré une hausse de 75 % de ses commandes, à 2,24 milliards d’euros, contre 1,3 milliard un an plus tôt[2]. Le groupe avait alors signé sept contrats de plus de 100 millions d’euros chacun, pour un total de 1,615 milliard.
| Segment | Évolution | Part du CA |
|---|---|---|
| Défense | +28 % | 58 % |
| Aéronautique | +23 % | |
| Cybersécurité et numérique | -4 % |
Source : Capital.fr
Une provision de 331 millions pèse sur le résultat net

La baisse de 27 % du bénéfice net s’explique entièrement par la provision passée après l’abandon du programme de frégates F126 par l’Allemagne. Cette charge, d’un montant total de 450 millions d’euros annoncée début juillet[4]pèse à hauteur de 331 millions sur le résultat du semestre. Il s’agit d’une charge essentiellement non-cash, qui réduit le résultat net du groupe d’environ 350 millions sans affecter l’Ebit ajusté ni le flux de trésorerie opérationnel.
Thales a précisé qu’il demanderait une compensation pour les travaux déjà réalisés et des dommages-intérêts liés à l’annulation du contrat. Hors cette provision exceptionnelle, les fondamentaux financiers du groupe restent solides. Le flux de trésorerie opérationnel avait atteint un niveau record de 2,577 milliards d’euros en 2025, en hausse de 27 % sur un an[3]. La dette nette avait déjà reculé de 3,044 milliards fin 2024 à 1,618 milliard fin 2025.
Pourquoi Thales accélère malgré la provision F126
« On dit ce qu’on fait, on fait ce qu’on dit »
Interrogé sur la baisse du cours de Bourse après l’annonce en avril d’un chiffre d’affaires du premier trimestre inférieur aux attentes des analystes, Patrice Caine a rappelé que Thales affichait régulièrement des résultats conformes à ses projections. « C’est un peu la marque de fabrique de Thales : on dit ce qu’on fait, on fait ce qu’on dit. On est assez visible de ce point de vue là », a-t-il déclaré.
Le groupe confirme l’ensemble de ses objectifs annuels pour 2026, y compris sur les prises de commandes et la génération de trésorerie. Le carnet de commandes de fin 2025 s’élevait à 53,3 milliards d’euros, offrant une visibilité de plusieurs années. Dans le seul segment défense, le carnet atteignait 41,6 milliards fin 2025, soit environ 3,4 années de chiffre d’affaires, un niveau jamais atteint.
Expansion sur plusieurs fronts stratégiques

Au-delà des chiffres semestriels, Thales poursuit son expansion sur plusieurs fronts. Le groupe a notamment annoncé son intention de prendre le contrôle total de la coentreprise Thales Raytheon Systems AMDC2, qui soutient le système de commandement et de contrôle aérien de l’Otan. Dans le spatial, des discussions sont en cours avec Airbus et Leonardo pour regrouper les activités spatiales des trois groupes dans une entité européenne commune.
Le partenariat avec Dassault Aviation, qui détient 26 % du capital de Thales, se renforce également pour développer l’intelligence artificielle « contrôlée et supervisée » destinée aux futurs avions de combat pilotés et non pilotés. En octobre dernier, les trois géants européens de l’aérospatiale (Airbus, Thales et Leonardo) ont signé un protocole d’accord pour fusionner leurs activités de satellites, dans l’objectif affiché de défier Starlink.
La Banque européenne d’investissement a par ailleurs accordé un prêt de 450 millions d’euros à Thales pour soutenir ses investissements dans la défense et l’innovation. Le groupe, qui recherche activement des profils variés pour répondre à la demande croissante dans la défense, reste l’un des piliers du CAC 40 et l’un des premiers employeurs industriels français dans le secteur de la haute technologie.
Thales 2026 : les chiffres du désendettement
- Dette nette réduite de 3,4 milliards à 519 millions d'euros en un an
- Commandes en hausse de 20 % au S1 2026, à 12,5 milliards d'euros
- Provision de 331 millions d'euros après l'abandon des frégates F126 par l'Allemagne
- Chiffre d'affaires semestriel en progression de 6,7 % à 10,95 milliards
- Segment défense : commandes en hausse de 28 %, porté par le Moyen-Orient
- Marge opérationnelle confirmée entre 12,6 % et 12,8 % pour 2026
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

