Le cabinet BCG dresse un constat alarmant : les usines automobiles européennes fonctionnent à 59 % de leurs capacités, soit un excédent de 5,4 millions de véhicules.
L’industrie automobile européenne ne produit plus assez pour amortir ses infrastructures. Les sites du continent tournent en moyenne à 59 % de leurs capacités, bien loin des 80 % jugés nécessaires pour dégager une rentabilité correcte. C’est le constat d’une étude du cabinet de conseil BCG, révélée par le journal allemand Handelsblatt. Sur les quelque 90 usines que compte le continent, 35 pourraient disparaître à court terme : la surcapacité atteint 5,4 millions de véhicules, un niveau sans précédent.
Albert Waas, associé principal chez BCG, ne laisse pas de place au doute. « Des fermetures d’usines sont inévitables en Allemagne et en Europe », affirme-t-il. La pression sur les coûts devrait entraîner la fermeture d’un nombre bien plus élevé de sites d’ici trois à cinq ans. Une douzaine d’usines seraient déjà identifiées comme particulièrement vulnérables, alors que plusieurs groupes ont lancé des restructurations d’ampleur.
Volkswagen examine l’avenir de cinq sites allemands
Le groupe Volkswagen figure en première ligne. Le constructeur passe au crible l’avenir de plusieurs usines allemandes : Hanovre, Zwickau, Emden, ainsi que le site Audi de Neckarsulm. L’entreprise, qui collabore avec BCG pour piloter sa transformation, a déjà arrêté la production à Dresde et fermé son usine Audi de Bruxelles[1]. En mars, Volkswagen avait annoncé 50 000 suppressions d’emplois en Allemagne d’ici 2030. Les consultants évoquent désormais un total de 100 000 postes qui pourraient être supprimés dans le monde.
Stellantis suit une trajectoire similaire. Le groupe prévoit de réduire sa capacité de production européenne de 800 000 véhicules, soit une baisse de 17 %. Mercedes-Benz et BMW diminuent elles aussi leurs capacités face au ralentissement de la demande. BMW entend ramener sa capacité mondiale de plus de 2,5 millions de véhicules à 2,2 millions d’ici 2028. Mercedes-Benz a vu sa production reculer de 8 % en 2024 par rapport à l’année précédente.
Les généralistes à 58 %, les premium résistent à peine mieux

La surcapacité frappe avant tout les constructeurs généralistes, dont les usines européennes affichent un taux moyen d’utilisation de seulement 58 %. Les marques premium résistent un peu mieux, avec un taux moyen de 65 %, mais elles réduisent elles aussi leurs volumes de production. Les consultants de BCG soulignent que cette crise est structurelle, pas conjoncturelle. Avant la pandémie, les constructeurs avaient massivement investi dans leurs capacités de production en anticipant un marché mondial dépassant les 100 millions de véhicules par an. Or, la demande reste durablement inférieure aux attentes et devrait se stabiliser autour de 90 millions d’unités.
| Segment | Taux d’utilisation moyen |
|---|---|
| Constructeurs généralistes | 58 % |
| Marques premium | 65 % |
| Moyenne européenne | 59 % |
| Seuil de rentabilité optimal | ~80 % |
Source : BFM TV / BCG
Pourquoi l'industrie automobile européenne sombre
La production française recule de 40 % depuis 2019
La France n’échappe pas à cette spirale. La production de véhicules est passée de près de 1,7 million d’unités par an en 2019 à à peine 1 million l’année dernière. Les sites français subissent la même pression que l’ensemble du continent : des coûts élevés, une demande en berne et une concurrence chinoise toujours plus agressive.
Dans ce contexte, les industriels n’ont d’autre choix que d’adapter leur appareil de production pour retrouver un niveau de compétitivité compatible avec les nouvelles réalités du marché. Les prévisions du BCG tablent sur une stabilisation de la demande mondiale autour de 90 millions de véhicules, soit 10 millions de moins que les projections d’avant-crise. Cette sous-utilisation chronique des capacités érode les marges et contraint les groupes à fermer des sites entiers plutôt que de continuer à produire à perte.
Une adaptation industrielle inévitable

Les restructurations en cours marquent un tournant pour l’industrie automobile européenne. Les marges se réduisent, les coûts de l’énergie, de la main-d’œuvre et des matières premières augmentent, tandis que les investissements dans l’électrification et la digitalisation pèsent lourd. Selon une étude de Porsche Consulting publiée en 2026, 54 % des entreprises du secteur sont déjà en situation de crise aiguë, principalement en raison de difficultés de trésorerie et de rentabilité[3]. 98 % des acteurs interrogés estiment que la pression à la transformation est élevée ou très élevée.
L’Europe, qui produisait jadis plus d’un cinquième des véhicules mondiaux, devra se contenter de maintenir ses volumes plutôt que de les accroître. Oxford Economics prévoit que la part européenne dans la production mondiale passera de 15,4 % en 2024 à 13,6 % d’ici 2050[4]. La croissance de la production devrait reprendre à partir de 2026, avec une hausse de 2,4 %, puis de 3,8 % en 2027, mais ces taux ne suffiront pas à retrouver les niveaux des années 2000 et 2010.
Les marges commencent à se stabiliser
Malgré le tableau sombre, quelques signaux positifs émergent. Les analystes estiment que les pressions sur les marges, qui ont miné l’industrie ces dernières années, commencent à s’atténuer. Les prévisions consensuelles pour 2026 tablent sur une expansion des marges par rapport aux niveaux extrêmement faibles de 2025, grâce aux mesures de réduction des coûts mises en œuvre ces derniers mois[2]. Après deux années de révisions à la baisse ininterrompues, les prévisions de bénéfices par action pour l’indice Stoxx Europe 600 Automobiles & Parts ont progressé de 5 % depuis octobre.
Cette stabilisation reste fragile. Elle repose sur des restructurations douloureuses, des fermetures de sites et des suppressions d’emplois massives. Les constructeurs européens doivent aussi faire face à une concurrence chinoise qui bénéficie de coûts de production bien inférieurs, notamment pour les batteries : les prix en Chine sont environ 30 % plus bas qu’aux États-Unis et près de 50 % plus bas qu’en Europe[5]. Dans ce contexte, l’adaptation des capacités de production n’est plus une option, mais une condition de survie.
Surcapacité automobile en Europe : les chiffres du BCG
- Les usines automobiles européennes tournent à 59 % de leurs capacités, contre 80 % nécessaires pour la rentabilité
- BCG prévoit la fermeture de 35 usines sur les 90 sites de production du continent
- Volkswagen examine l'avenir de cinq sites allemands et envisage 100 000 suppressions d'emplois dans le monde
- Stellantis réduit sa capacité européenne de 800 000 véhicules, soit 17 %
- La production française a chuté de 1,7 million de véhicules en 2019 à 1 million l'année dernière
- Les constructeurs généralistes affichent un taux d'utilisation de 58 %, les premium de 65 %
Sources
5 sources · 5 faits vérifiés


