Il aura fallu douze heures de négociation pour éviter un blocage. Le 25 février dernier, les pompiers martiniquais et la direction du Service d’Incendie et de Secours (SIS) ont trouvé un accord in extremis, levant le préavis de grève déposé par le syndicat Force Ouvrière. Au menu des discussions : la sécurisation des centres, les problèmes d’infestation de rongeurs, la transparence du fonctionnement interne et, en toile de fond, la question des finances.
L’issue du bras de fer soulage les sapeurs-pompiers. Les organisations syndicales obtiennent un échéancier sur les réparations, des actions renforcées contre les rongeurs qui infestent certains locaux, et des éclaircissements sur le fonctionnement du centre d’incendie et de secours. Sur les finances, la direction a tenu à rassurer : salaires et paiement des prestataires sont garantis, malgré un contexte budgétaire tendu.
Car l’argent, ici comme ailleurs, devient l’épine dans le pied. Dans un communiqué publié au moment de l’accord, la direction du SIS rappelle que « son action s’exerce dans un contexte économique particulièrement contraint ». Les mots sont choisis, mais le message passe : l’établissement fait face à des tensions de trésorerie, comme beaucoup de collectivités et d’établissements publics martiniquais. L’inflation frappe les budgets d’équipement, le coût des véhicules grimpe, les fluides et le carburant pèsent de plus en plus lourd. Le service se maintient, mais sur une ligne de crête.
Un modèle de financement en tension nationale
Le problème dépasse largement Fort-de-France. À l’échelle nationale, les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) reposent sur un modèle de financement ébranlé. Les contributions des départements, des communes et des intercommunalités augmentent plus vite que leurs recettes. Les missions se sont élargies, le secours à la personne devient omniprésent, les risques climatiques exigent des adaptations, le maillage territorial coûte cher à entretenir. En face : les collectivités qui paient voient leurs marges de manœuvre budgétaires fondre[5].
Les élus du Conseil d’administration du SDIS, ailleurs en France, alertent sur la même réalité : l’augmentation successive du contingent, année après année, devient difficilement supportable pour les communes. Les aides de l’État existent, mais elles restent conjoncturelles, ponctuelles, incapables de répondre à la fragilité structurelle du système. Le débat sur l’affectation de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA) aux SDIS revient régulièrement, mais sans issue pour l’instant.
Dialogue social maintenu, avenir sous surveillance
À Fort-de-France, les deux parties saluent « l’efficacité du dialogue social ». Les échanges ont permis, selon la direction, « d’aboutir à des engagements réciproques, dans un esprit constructif et respectueux, au service de la continuité du service public de secours ». Côté syndical, le bilan est jugé positif : les résultats obtenus sur les points importants suffisent à lever le préavis.
Mais personne ne se voile la face. Le SIS poursuit ses efforts « afin de maintenir la qualité du service rendu à la population et d’assurer ses obligations envers ses personnels et ses partenaires », tout en gardant un œil rivé sur les comptes. L’accord de février évite l’explosion, pas la dérive. Les tensions de trésorerie resteront tant que le modèle de financement national ne sera pas revu. En attendant, le service tient, les sapeurs assurent, et les casernes martiniquaises continuent d’intervenir, jour et nuit, malgré la pression budgétaire qui ne faiblit pas.
Sources
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