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Pour tenir en guerre électronique, l’armée de Terre intègre Galileo PRS sur 6 000 récepteurs P3TS

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Eviden et Thales renforcent le récepteur de navigation P3TS de l’armée de Terre avec la capacité Galileo PRS, pour résister au brouillage et au leurrage des signaux satellites.

Le récepteur P3TS, déployé sur les véhicules de l’armée de Terre, gagne une couche de résilience supplémentaire. Eviden et Thales annoncent l’intégration de la capacité Galileo PRS (le service public réglementé, chiffré et sécurisé de la constellation européenne) à ce système de navigation par satellite militarisé. L’objectif : garantir un positionnement fiable dans des environnements où les signaux GNSS sont systématiquement brouillés ou usurpés. Le brouillage électronique et le spoofing, qui envoie de fausses données de localisation pour induire un véhicule en erreur, sont devenus des procédés courants sur les théâtres d’opérations.

Deux options matérielles seront proposées aux forces terrestres. La première : le TopStar Galileo PRS Core Module, qui capte à la fois les signaux Galileo PRS et les signaux ouverts Galileo et GPS. La seconde : le TopStar Smart Receiver, qui y ajoute une fonction antibrouillage présentée par Thales en avril. Les deux versions embarquent une horloge ultraprécise, capable de maintenir la synchronisation des radios tactiques même après perte complète des signaux GNSS. Cette capacité de synchronisation en mode dégradé devient critique pour coordonner la manœuvre quand l’adversaire coupe l’accès aux constellations civiles.

En chiffres
6 000
récepteurs P3TS à produire
pour l'armée de Terre
2019
lancement du programme OMÉGA
par le ministère des Armées
50 M€
du Fonds européen de défense 2026
pour l'intégration Galileo PRS
12,2 %
croissance organique de la division Défense de Thales
en 2025

Le P3TS, né d’une initiative DGA en 2024

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Le récepteur P3TS trouve son origine dans le programme OMÉGA (Opérations de Modernisation des Équipements GNSS des Armées), lancé en 2019 par le ministère des Armées. Un officier de la Section technique de l’armée de Terre et un ingénieur de la DGA ont développé le prototype : un récepteur multiconstellation compatible avec les postes radio PR4G et le Système d’information du combat de SCORPION (SICS). L’idée : réduire la vulnérabilité au brouillage en agrégeant plusieurs sources de géolocalisation, GPS américain, Galileo européen, et même Glonass russe. Le système devait aussi améliorer la coordination tactique et limiter les tirs fratricides en géolocalisant avec précision les véhicules amis.

En 2024, la DGA confia à Eviden le « passage à l’échelle » du P3TS, avec pour mandat d’en produire 6 000 exemplaires. L’Agence de l’innovation de défense (AID) y vit un double intérêt : répondre au besoin opérationnel avec des composants souverains, tout en contenant les coûts. Le P3TS devenait alors le premier récepteur militarisé français offrant cette polyvalence[1].

Galileo PRS : un service chiffré pour applications sensibles

Close-up of a military radar system with a clear blue sky as background, showcasing advanced communication technology.
Close-up of a military radar system with a clear blue sky as background, showcasing advanced communication technology. Photo : Magda Ehlers / Pexels

Le PRS (Public Regulated Services) n’est pas accessible au grand public. Réservé aux gouvernements partenaires de Galileo au sein de l’Union européenne, il fournit un positionnement sécurisé par cryptage pour les services publics critiques. Selon le Centre national d’études spatiales, ce service est conçu pour rester opérationnel même en cas de perturbation volontaire des signaux ouverts. Chaque État membre contrôle l’accès à ses clés PRS.

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Thales revendique une position unique : seul acteur à avoir développé un module de sécurité Galileo PRS en France, et à disposer d’une gamme de récepteurs GNSS modulaires. « En alliant l’expertise de la navigation résiliente de Thales au savoir-faire éprouvé d’Eviden, nous préservons la capacité des véhicules terrestres à opérer en environnement de guerre électronique », souligne Florent Chauvancy, vice-président Activités Avionique de vol chez Thales[1].

Guerre électronique : les enjeux du P3TS PRS

Résilience face au brouillage
Le P3TS PRS résiste au brouillage et au leurrage grâce au service chiffré Galileo PRS et à une fonction antibrouillage active. L'horloge intégrée maintient la synchronisation des radios tactiques même après perte des signaux satellites.
Autonomie stratégique européenne
L'intégration de Galileo PRS réduit la dépendance au GPS américain et offre aux forces armées françaises une capacité de positionnement souveraine, contrôlée par les États membres de l'UE.
Marché mondial en croissance
Le marché des récepteurs GPS militaires passe de 1,96 milliard de dollars en 2025 à 2,96 milliards en 2035, avec un taux de croissance annuel de 4,2 %. Thales vise 23,3 à 23,6 milliards d'euros de CA en 2026.
Financement européen ciblé
Le Fonds européen de défense 2026 alloue 50 millions d'euros à l'intégration de récepteurs Galileo PRS dans les systèmes d'armes, en phase avec la LPM française 2024-2030 qui priorise la guerre électronique.

Antibrouillage et horloge autonome

L’intégration du TopStar Smart Receiver introduit une fonction antibrouillage active. Cette option filtre les interférences électromagnétiques délibérées qui saturent les bandes de fréquences GPS et Galileo. Dans les faits, un adversaire peut rendre inopérant un récepteur standard en émettant un signal parasite sur la même fréquence. Le TopStar Smart Receiver détecte et rejette ces perturbations en temps réel.

L’horloge ultraprécise embarquée joue un rôle distinct : elle assure la synchronisation des radios tactiques PR4G dans la durée, même si tous les signaux satellites disparaissent. Cette autonomie temporelle permet aux unités de maintenir un réseau de communication cohérent pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, sans remise à l’heure externe. Bernard Payer, directeur Systèmes Critiques de Mission chez Eviden, insiste : « P3TS PRS garantit la précision, la fiabilité de positionnement, la résistance au brouillage et la haute disponibilité attendues par les armées[1]. »

Une réponse à la dépendance au GPS

Smartphone displaying GPS navigation route on Natchez Trace Parkway inside a car.
Smartphone displaying GPS navigation route on Natchez Trace Parkway inside a car. Photo : Dustin Konrad / Pexels

Le P3TS PRS s’inscrit dans une volonté d’autonomie stratégique européenne. Depuis des années, les forces armées françaises dépendent du GPS américain, système qui peut être dégradé ou interrompu par son opérateur en cas de crise. Galileo, constellation civile sous contrôle européen, offre une alternative crédible. Avec le service PRS, les États membres disposent d’une capacité de positionnement souveraine et sécurisée, indépendante de Washington. Le programme P3TS augmente cette souveraineté en réduisant la part du GPS dans la chaîne de localisation tactique.

Les environnements opérationnels actuels rendent cette évolution urgente. Les théâtres où le brouillage et le leurrage se sont intensifiés (Baltique, Méditerranée orientale, zones de conflit de haute intensité) imposent des systèmes de navigation durcis. « Cette évolution renforce la résilience du système de géolocalisation des véhicules de l’armée de Terre en améliorant sa résistance aux attaques électroniques et au leurrage, tout en garantissant l’intégrité et la sécurité des données de positionnement dans des environnements opérationnels fortement contestés[1] », précisent les deux industriels.

Marché mondial et calendrier de déploiement

Le marché mondial des récepteurs GPS militaires représente 1,96 milliard de dollars en 2025, avec une projection à 2,96 milliards en 2035, soit une croissance annuelle de 4,2 %. Le lancement du TopStar Smart Receiver en avril dernier précédait de deux mois Eurosatory, salon de référence programmé du 15 au 19 juin à Paris Nord Villepinte. Thales y présentait ses capacités de guerre électronique[5].

Sur le plan financier, Thales a publié un chiffre d’affaires 2025 de 22,136 milliards d’euros, en hausse de 8,8 % en organique. Sa division Défense a progressé de 12,2 % en organique, atteignant 12,234 milliards d’euros. Le groupe qualifie désormais cette branche de « cœur du modèle ». Le bénéfice net a bondi de 66 %, à 1,68 milliard d’euros[5]. Pour 2026, Thales vise un chiffre d’affaires compris entre 23,3 et 23,6 milliards d’euros et prévoit 9 000 recrutements dans le monde, dont 3 300 en France[5].

Performance financière de Thales (2025-2026)
Indicateur Valeur
Chiffre d’affaires 2025 22,136 Md€
Croissance organique +8,8 %
Division Défense 2025 12,234 Md€
Croissance Défense (organique) +12,2 %
Bénéfice net 2025 1,68 Md€ (+66 %)
Prévision CA 2026 23,3 à 23,6 Md€
Recrutements 2026 (monde) 9 000
Recrutements 2026 (France) 3 300

Source : L’Essentiel de l’Éco

Le Fonds européen de défense 2026, doté d’un budget global d’un milliard d’euros, consacre 50 millions d’euros à l’intégration de récepteurs Galileo PRS dans les systèmes d’armes. La Loi de Programmation Militaire française 2024-2030 place par ailleurs la modernisation des capacités de guerre électronique parmi ses priorités explicites. Le TopStar Smart Receiver correspond à ces deux cadres programmatiques[5].

Le déploiement du P3TS PRS sur les 6 000 récepteurs commandés par la DGA s’étale sur plusieurs années. Les premières unités équipées des modules TopStar Galileo PRS Core seront suivies, Ensuite, par celles dotées de la fonction antibrouillage intégrée. Cette montée en puissance progressive permet aux forces terrestres de tester et d’affiner les réglages en conditions réelles avant généralisation. Le calendrier exact de livraison n’a pas été communiqué, mais les industriels indiquent que les systèmes sont « rapides à déployer sur les théâtres d’opérations[1] ».

P3TS et Galileo PRS : les données à retenir

  • Eviden et Thales intègrent la capacité Galileo PRS au récepteur de navigation P3TS de l'armée de Terre
  • Deux options : TopStar Galileo PRS Core Module et TopStar Smart Receiver avec fonction antibrouillage
  • Le P3TS est le premier récepteur militarisé français multiconstellation, développé à partir de 2019
  • 6 000 exemplaires commandés par la DGA, avec production confiée à Eviden en 2024
  • Thales est le seul acteur français à avoir développé un module de sécurité Galileo PRS
  • Le Fonds européen de défense 2026 consacre 50 millions d'euros à l'intégration Galileo PRS dans les systèmes d'armes
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur suit ce qui change concrètement dans le quotidien des Français. Droits des consommateurs, démarches administratives, nouvelles règles pratiques, services publics ou arnaques à éviter : elle part toujours d'un fait daté pour expliquer qui est concerné et quoi faire. Pédagogue et attachée aux sources officielles, elle écrit au service du lecteur, avec les bons réflexes à adopter.

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