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Remorques : +16,7 % en juin 2026, un record mensuel qui cache un semestre à plat

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Un mois de juin qui claque, et derrière, un semestre qui traîne des pieds. Voilà le résumé honnête du marché européen des remorques et semi-remorques en cette année 2026. En juin, les immatriculations ont grimpé de 16,7 % sur un an, avec 1 530 unités contre 1 311 douze mois plus tôt. Un record mensuel, oui. Mais attention à ne pas s’emballer sur un seul chiffre.

Parce que quand on prend du recul et qu’on regarde les six premiers mois de l’année, l’euphorie retombe vite. La croissance cumulée du premier semestre plafonne à 0,9 %, avec 7 787 remorques enregistrées contre 7 805 sur la même période l’an dernier. Autrement dit : on fait quasiment du surplace. Un mois flambe, le suivant recule, et le solde ne bouge pas d’un pouce.

C’est le genre de marché en dents de scie qui rend fou n’importe quel transporteur qui essaie de planifier son parc. Le poids lourd, c’est le nerf de la logistique française et européenne, et quand ce segment hésite, c’est toute la chaîne qui retient son souffle.

Des incitations à bout de souffle et un fonds toujours attendu

Le marché vit actuellement sous perfusion de mesures d’incitation mises en place l’an dernier[1]. Utiles, mais visiblement à court de jus : l’effet s’essouffle et ne suffit plus à relancer durablement les commandes. Les professionnels attendent surtout du concret côté État.

En clair, un fonds pluriannuel promis par le gouvernement, censé consacrer plus de 100 millions d’euros au renouvellement du parc de transport routier entre 2027 et 2031. Sur le papier, c’est exactement ce dont la filière a besoin pour pousser les entreprises à moderniser leurs flottes. Sauf que tant que l’argent n’est pas sur la table, les décisions d’achat restent en suspens. Et ça, ça sent le second semestre poussif si rien ne bouge.

VECTO, le règlement CO2 et la menace de 2030

L’autre dossier chaud, c’est la révision du règlement européen sur les émissions de CO2 des poids lourds. Les acteurs du secteur réclament un ajustement des paramètres du système VECTO, l’outil de calcul, pour qu’il colle enfin aux réalités des véhicules tractés. Sans ce recalage, les constructeurs risquent des sanctions disproportionnées à partir de 2030, avec à la clé des hausses de prix que les entreprises de transport auront du mal à encaisser.

Voilà typiquement le genre de norme mal calibrée qui peut abîmer un savoir-faire industriel au lieu de le faire progresser. On veut moins d’émissions, très bien, personne ne conteste l’objectif. Mais si le thermomètre est faussé, ce sont les fabricants et les transporteurs qui trinquent, pas la planète.

Remorques électrifiées et 18,75 mètres : le pari technologique

Le secteur ne se contente pas de râler contre la réglementation, il pousse aussi pour la faire évoluer dans le bon sens. Adapter le Code de la route pour intégrer de nouvelles technologies : remorques électrifiées, systèmes de récupération d’énergie, essieux qui récupèrent l’énergie au freinage, panneaux photovoltaïques embarqués. Autant de solutions déjà disponibles pour grignoter la consommation de carburant et les émissions.

Autre levier réclamé : autoriser la circulation d’ensembles routiers allongés jusqu’à 18,75 mètres. L’idée est simple et de bon sens, transporter plus de marchandises par trajet, donc moins de trajets au total. Moins de camions sur les routes pour la même quantité de fret, c’est efficace côté logistique comme côté émissions.

La France affiche l’ambition de peser dans l’innovation logistique. Encore faut-il aligner les moyens sur les mots. Un marché qui stagne à 0,9 % sur six mois, ce n’est pas une trajectoire de leader, c’est une salle d’attente. Les entreprises françaises ont les outils technologiques sous la main. Il leur manque un cadre réglementaire clair et un fonds public qui arrive à l’heure, pas dans deux ans quand les commandes auront déjà glissé chez les voisins.

Karim Lefort
Karim Lefort
Karim Lefort suit tout ce qui touche les déplacements des Français. Carburant, péages, SNCF et TER, transports en commun, coût d'usage de la voiture, contrôle technique, ZFE, stationnement ou malus : il part d'un fait daté et chiffré pour dire qui est concerné, combien ça coûte ou rapporte et quoi faire. Proche du conducteur comme de l'usager, il donne les chiffres qui comptent, sources françaises à l'appui.

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