Samedi 1er août, à partir de 17h30, les berges de la Charbonnière accueilleront une première à Saint-Laurent-du-Maroni : un apéro littéraire entièrement consacré à la culture bushinengué. Quatre auteurs locaux, Joseph Kojo, Joëlle Mimba, Nadicha Dolinni et Jessi Americain, prendront la parole pour défendre une idée : l’écriture peut sauver de l’oubli un imaginaire qui, depuis toujours, se transmet à l’oral. La rencontre, gratuite, sera animée par Angela Soisia.
L’idée est née d’une simple conversation entre Angela Soisia et un ami, autour d’un verre. Le constat qu’ils partagent : les occasions de transmettre l’imaginaire bushinengué se raréfient. Autrefois, le soir, autour du feu, les contes circulaient de génération en génération. Avec l’exode vers les villes et la modernisation, ces moments disparaissent peu à peu. Or cette culture repose tout entière sur l’oralité.
« L’imaginaire bushinengué, ce n’est pas juste des contes, c’est aussi une partie de l’identité, une manière de penser, une manière d’appréhender le monde, le spirituel », explique la modératrice. Elle observe que beaucoup de jeunes connaissent aujourd’hui Blanche-Neige, le Roi Lion ou les trois petits cochons, mais plus les récits issus de leur propre culture. C’est ce décalage qui nourrit le thème de la soirée : « On pense que l’écriture peut nous permettre de protéger notre culture, de la transmettre plus facilement et de la démocratiser auprès des publics plus jeunes. »
Conférence et échanges au bord du fleuve
Le format reste expérimental pour cette première édition. La rencontre se déroule en deux temps. Une première partie, structurée en trois séquences, prend la forme d’une conférence. Les quatre auteurs y échangent sur ce qu’est l’imaginaire bushinengué et sur la façon dont l’écriture peut le préserver. Chacun intervient à tour de rôle. Une seconde partie, d’environ quarante minutes, ouvre les échanges au public : réactions, questions, contributions.
Les quatre intervenants ont un point commun. Tous sont issus de communautés de tradition orale, et tous ont franchi le pas de l’écriture en publiant. « Chacun a une expérience différente et une approche différente de l’écriture », souligne Angela Soisia. La diversité de leurs âges doit aussi permettre d’éclairer des rapports générationnels différents à l’écriture et à l’imaginaire. Pour Jessi Americain, l’un des initiateurs du projet, l’objectif est clair : « C’est la première édition mais on espère qu’il y en aura d’autres[4]. »
Une scène littéraire en émergence
Angela Soisia parle d’une « émergence » plus que d’une scène littéraire constituée. L’ambition de ces apéros est d’accompagner cette dynamique, sans se limiter à la seule communauté bushinengué. Selon elle, toutes les communautés de Guyane comptent des talents, mais manquent d’un système de soutien pour les faire éclore. À terme, les initiateurs souhaitent fédérer une communauté de lecteurs et d’écrivains, capable d’accompagner celles et ceux qui veulent se lancer dans l’écriture.
Le choix des berges de la Charbonnière n’est pas anodin. Le lieu est à la fois pratique, puisque l’un des intervenants, Joseph Kojo, y tient un bar, et symbolique : c’est sur ces rives que la culture bushinengué a longtemps vécu, avant d’être bousculée par l’urbanisation. Les organisateurs espèrent réunir au moins cinquante personnes pour cette première édition[4]. Un pari sur l’avenir, et sur la capacité de l’écrit à compléter l’oralité sans la remplacer.
Sources
1 source · 2 faits vérifiés


