Quatorze jours d’arrêt, des pancartes encore accrochées à l’entrée de l’hôpital Louis-Constant Fleming, et une même attente : que la direction signe enfin le protocole d’accord. Depuis le 8 juin, les agents du centre hospitalier sont mobilisés. Ils ont dit stop aux sous-effectifs, aux conditions de travail qui se dégradent, aux erreurs dans les dossiers de carrière, aux urgences qui tiennent à bout de bras. Deux semaines plus tard, un bout de papier circule entre leurs mains, rédigé par leurs soins, transmis à la direction. Il contient ce pour quoi ils se sont battus. Mais tant qu’il n’est pas signé, rien n’existe.
Christine Galbert, secrétaire adjointe de la FSAS-CGTG, le syndicat à l’origine du mouvement, le dit sans détour : « On est dans l’expectative. On attend juste cette signature pour finaliser ce protocole d’accord de fin de conflit. » Le ton est calme, mais la prudence reste de mise. Après tant de jours dehors, les grévistes ne lâchent rien tant que l’encre n’a pas séché.
La sortie de crise s’est dessinée à l’issue d’une rencontre avec le directeur de l’Agence régionale de santé à Saint-Martin. Plusieurs points de revendication ont été examinés, certains ont été validés, d’autres, apparus entre-temps dans différents services, ont également été abordés. Les représentants du personnel ont reçu un compte rendu écrit. Ils ont ensuite rédigé leur propre protocole, intégrant noir sur blanc ce qu’ils voulaient voir acté.
Des services au bord de la rupture
Ce qui a mis le feu aux poudres, ce ne sont pas des revendications abstraites. Ce sont des services au bord de la rupture : urgences, radiologie, maternité, bloc opératoire, pédiatrie. Partout, le même constat : trop peu de monde pour trop de malades[2]. Les autorités ont fini par l’entendre. « On a quand même pu entendre qu’il y avait certaines choses qui ne convenaient pas, notamment sur ce sous-effectif au niveau du personnel. Certaines conditions de travail n’étaient pas concevables », rapporte Christine Galbert.
Les erreurs dans les dossiers du personnel ont aussi été pointées du doigt. Des dates d’entrée dans l’établissement erronées, des titularisations oubliées, des années d’ancienneté effacées par négligence administrative. « Les départs en retraite s’en ressentent, l’avancement, les promotions s’en ressentent, parce qu’on considère que vous n’avez qu’un an ou deux ans d’ancienneté, sauf qu’on vous a oublié trois à quatre ans », dénonçait la syndicaliste dès le début du mouvement[2].
La crainte d’un nouveau directeur qui efface tout
Mais l’inquiétude ne vient pas que du protocole lui-même. Elle vient du calendrier. Le directeur actuel s’apprête à quitter ses fonctions. Les représentants du personnel craignent qu’un changement de direction ne retarde, voire n’annule, les engagements obtenus. « On aimerait que ce pourquoi on a bataillé ne soit pas perdu parce qu’un nouveau directeur arrive. Nous voulons quelque chose de signé, noir sur blanc, afin que les engagements pris aujourd’hui puissent être transmis et respectés demain », insiste Christine Galbert[1].
Ce besoin d’une direction stable, les grévistes le réclamaient déjà au premier jour de leur mobilisation. Un directeur par intérim, ça ne suffit pas pour piloter un hôpital qui va mal. Un directeur des ressources humaines absent, ça ne suffit pas pour gérer des carrières et des équipes à bout[5]. Les pancartes brandies devant l’entrée du Fleming disaient « S.O.S soignants épuisés ». Elles sont toujours là, en attente.
Le mouvement a été suspendu le lundi 8 juin, le temps d’analyser le document transmis par la direction et de permettre de véritables négociations[4]. Depuis, les soignants ont repris leur poste. Mais la FSAS-CGTG a prévenu : si la signature tarde ou si les réponses ne viennent pas, la grève pourra reprendre « à tout moment »[4].
Pour l’heure, les regards sont tournés vers l’entrée de l’hôpital, où les pancartes attendent elles aussi. Et vers un bureau, quelque part dans l’établissement, où un stylo doit bientôt se poser sur un papier. Parce qu’à Saint-Martin, ce qui n’est pas signé n’existe pas.
Sources
4 sources · 6 faits vérifiés


