La plage de la Presqu’île, face à l’île aux Chevaux, dans le Grand Barachois, a livré 150 pièces en pierre taillée cet été. Ces artefacts, ramassés lors d’une prospection de surface, ont suffi à orienter l’équipe d’archéologues du CNRS sur une piste solide : un ancien campement de la culture Dorset, peuple paléo-esquimau qui a peuplé l’Arctique nord-américain avant l’arrivée des Inuits, a existé ici il y a plus de 1 000 ans.
Mercredi 5 août, la Maison de la Nature et de l’environnement Roger Etcheberry de Miquelon a accueilli une conférence publique où les habitants ont pu découvrir les premiers résultats des fouilles menées pendant cinq semaines à Miquelon et Langlade. Yann-Axel Gomez-Coutouly, chercheur au laboratoire Archéologie des Amériques du CNRS, dirige le projet depuis 2024, après la disparition de Grégor Marchand qui l’avait initié.
C’est la première fois que des fouilles archéologiques sont réalisées de ce côté de l’archipel, même si des prospections avaient déjà eu lieu. Cette année, l’équipe a concentré ses opérations sur deux sites principaux : la Presqu’île, où les pièces en pierre jonchaient la plage, et les Mornes, zone de carrière exploitée par les Premières Nations pour extraire la matière première nécessaire à la fabrication de leurs outils.
Un campement spécialisé dans la chasse au phoque
Les 150 pièces récupérées sur la plage de la Presqu’île représentent un nombre élevé pour une simple prospection de surface[1]. Sur un site archéologique intact, ce décompte se serait chiffré en milliers. Mais l’essentiel est ailleurs : la typologie de ces objets raconte une activité spécifique. La présence massive de pointes, caractéristiques de la culture Dorset, laisse penser qu’il s’agissait d’un campement spécialisé dans la chasse aux phoques. Le Grand Barachois est connu pour cette ressource, et les Dorsets en dépendaient fortement pour leur alimentation.
Les pointes découvertes cette année datent d’environ 1 500 à 2 000 ans. Comme elles étaient systématiquement du même type, l’hypothèse d’un site Dorset s’est rapidement imposée. La poursuite des recherches dans cette zone du Grand Barachois a confirmé l’intuition. Yann-Axel Gomez-Coutouly le dit sans ambiguïté : au vu du matériel trouvé sur la plage, la présence Dorset est certaine, même si les trois quarts, voire 90 % du site ont été érodés depuis. Quelques rares éléments subsistent encore en place sur la berge, témoins d’un campement aujourd’hui englouti.
Carrières de rhyolite dans les Mornes
Le second volet des fouilles s’est déroulé dans les Mornes, où des zones de carrière ont été identifiées. Cédric Borthaire avait, lors de prospections antérieures, repéré plusieurs endroits présentant beaucoup de matériel archéologique, dont trois sites particulièrement riches. En surface, on trouve des éclats, témoins du travail de taille effectué sur place, ainsi que des blocs de rhyolite exploités pour en extraire la matière première.
L’équipe a cartographié ces zones, réalisé des plans de surface et de la photogrammétrie pour documenter les traces d’extraction. Ces carrières attestent d’une connaissance précise du territoire et d’une organisation logistique : les Premières Nations savaient où trouver la pierre adaptée à la fabrication de leurs outils et menaient des opérations d’extraction sur place, avant de transformer la matière ailleurs.
Les résultats présentés ce mercredi soir ouvrent une nouvelle page de l’histoire de l’archipel. Saint-Pierre-et-Miquelon, bien avant d’être le territoire français que l’on connaît, a été un lieu de vie et de subsistance pour des populations arctiques qui ont laissé, dans le Grand Barachois et dans les Mornes, les traces concrètes de leur passage et de leur savoir-faire.
Sources
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