En juin 2028, des voiliers de six à neuf mètres s’élanceront de Bretagne cap sur Saint-Pierre-et-Miquelon, avec une escale aux Açores. Pas de chronomètre, pas de classement. La Route des Capelans ne sera pas une course, mais un défi collectif pour des équipages qui naviguent sur des bateaux ordinaires. L’initiative, portée par le navigateur Dominique Lissillour, veut ramener la voile au large vers ce qu’elle a été avant les budgets démesurés : un défi accessible, solidaire, ancré dans le partage.
Dominique Lissillour a pensé l’itinéraire et l’a parcouru lui-même à la voile, sans avion, pour rencontrer les partenaires locaux. C’est comme ça qu’il a noué un partenariat avec le Yacht Club de Saint-Pierre et sa présidente Rachel Robert. Le choix de l’archipel comme ligne d’arrivée n’a rien d’anodin. D’abord, on reste en France. Ensuite, pour celui qui y a passé un mois récemment, c’est un territoire magnifique, autant par ses paysages que par l’accueil qu’on y reçoit. Il raconte des moments de partage extraordinaires à Saint-Pierre, avec des gens extraordinaires. Pour lui, ça mérite qu’on valorise ceux qui bossent là -bas, les associations, les collectivités, le Yacht Club qui s’investit dans ce genre d’événement.
Des bateaux de six à neuf mètres, pas des monstres de carbone
La Route des Capelans est ouverte aux voiliers de 24 à 33 pieds, soit environ six à neuf mètres. C’est volontaire. Ça rend la traversée plus exigeante, mais ça ouvre la porte à une voile populaire, celle des bateaux que beaucoup de plaisanciers possèdent déjà , sans nécessiter des budgets hors sol pour participer à quelque chose de collectif. L’idée : permettre à des personnes qui ont des bateaux tout à fait ordinaires d’expérimenter la navigation au large et de se réunir dans un projet commun.
Les deux étapes, de 1 200 et 1 300 milles nautiques chacune, représentent entre douze et seize jours de mer. Ça s’adresse donc à des plaisanciers aguerris, qui ont déjà la pratique. Mais pas besoin d’un sponsor ni d’un voilier rutilant : juste un bateau solide, un équipage soudé, et l’envie de tenir la barre ensemble.
Pas de chrono, juste un challenge
Ce n’est pas une compétition. C’est simplement l’idée de se réunir pour faire un challenge. Depuis vingt ans, en Angleterre, une dynamique du même type existe avec le Jester Challenge, une transatlantique organisée tous les quatre ans entre Plymouth et Newport, aux États-Unis. La Route des Capelans s’inscrit dans cette lignée : la force du collectif pour s’entraider, évoluer mutuellement, et ramener la voile au large vers quelque chose de plus humain, de plus respectueux aussi de l’environnement.
Le projet a mis du temps entre la genèse et aujourd’hui. Parce que l’idée, justement, c’était de ne pas se déplacer en avion pour aller voir les partenaires potentiels. Tous les déplacements et la route ont été faits à la voile. Arriver aux Açores, à Saint-Pierre, prendre le temps de rencontrer les gens, voir dans quelle mesure des partenariats étaient possibles. C’est cette démarche-là , lente, cohérente, qui a permis de bâtir l’événement.
En 2028, la Bretagne verra donc partir des voiliers modestes vers l’archipel français de l’Atlantique Nord. Pas pour une victoire, pour une arrivée commune. Une manière de rappeler qu’il faut qu’il reste de la voile populaire, celle qui ne fait pas les magazines mais qui fait tenir la mer.

