La France franchit la barre des 32 licornes en 2026 grâce à Pasqal et AMI Labs, se classant deuxième dans l’UE mais sixième mondiale, loin derrière les États-Unis.
Début mars, deux startups françaises ont franchi en quelques jours le seuil symbolique du milliard de dollars de valorisation. Pasqal, spécialiste de l’informatique quantique, a obtenu 340 millions d’euros de financement supplémentaire pour atteindre deux milliards d’euros de valorisation. Moins d’une semaine plus tard, AMI Labs, cofondée par le prix Turing Yann Le Cun, a levé 890 millions pour se valoriser à trois milliards d’euros. Ces deux nouveaux venus portent à 32 le nombre de licornes tricolores, aux côtés de Doctolib ou Blablacar.
Le chiffre place la France dans une position honorable mais révèle aussi les limites de l’écosystème français face aux géants mondiaux et à ses voisins européens. CB Insights recense 1 331 licornes dans le monde, pour une valorisation cumulée de plus de 5 600 milliards de dollars. La mise à jour de leur base remonte à mi-février, avant les deux levées de mars qui n’ont pas modifié le classement de la France mais lui permettent de se rapprocher de l’Allemagne et de creuser l’écart avec Israël.
Sixième rang mondial, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni en Europe
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À l’échelle planétaire, la France occupe la sixième position du classement des pays comptant le plus de licornes. Les États-Unis écrasent la concurrence avec plus de 712 licornes, suivis par la Chine et l’Inde. En Europe, la France se classe troisième derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui compte 36 licornes contre 32 pour l’Hexagone. Dans le périmètre strict de l’Union européenne, la France décroche la médaille d’argent derrière l’Allemagne[1].
Le classement ramené au PIB ou à la population change la donne. Rapporté au nombre d’habitants, la France recule à la septième place parmi les pays comptant au moins dix licornes. Elle dépasse l’Allemagne mais se fait dépasser par les Pays-Bas et le Canada. Singapour et Israël atteignent les sommets avec plus de deux licornes par million d’habitants, tandis que l’Inde, le Brésil et la Chine s’effondrent dans ce classement alternatif.
| Rang | Pays | Nombre de licornes |
|---|---|---|
| 1 | États-Unis | 712+ |
| 2 | Chine | 248+ |
| 3 | Inde | 85+ |
| 4 | Royaume-Uni | 57 |
| 5 | Allemagne | 36 |
| 6 | France | 32 |
Source : Challenges et CB Insights
Les critères qui compliquent le décompte
Compter les licornes françaises reste un exercice délicat. La définition retenue par CB Insights inclut toutes les entreprises valorisées à plus d’un milliard de dollars lors de leur dernière levée de fonds, y compris celles fondées en mode bootstrap, sans financement externe. La question se pose pour des acteurs comme Veepee, plateforme de commerce en ligne créée en 2001 : peut-on encore qualifier de startup une entreprise vieille de 25 ans ?
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Autre difficulté : le siège social. Pour figurer dans le décompte français, une licorne doit avoir son siège en France. Ce critère exclut Hugging Face, pépite franco-américaine de l’IA basée à New York. À l’inverse, certaines licornes historiques ont quitté le classement français après avoir déplacé leur siège : Dataiku, Kyriba, Talend, Aircall et Owkin ne sont plus comptabilisées comme françaises. Front, annoncée en juillet 2022 comme la 28e licorne française dans certains classements, n’a jamais été domiciliée en France malgré ses fondateurs français[2].
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Un écosystème sous pression face aux voisins européens
Au-delà du nombre brut, la santé des licornes françaises interroge. Selon le rapport “State of the European Unicorns Ecosystem 2026” publié par Mighty Nine, dix licornes françaises sur 37 recensées initialement ont perdu leur statut en raison de décotes successives. La France appartient au trio de tête européen avec le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui concentre 62 % des capitaux-risques déployés en Europe et 58 % des licornes déchues. Mais la qualité d’écosystème français accuse un retard structurel.
Seules 32 % des licornes tricolores sont considérées comme “surperformantes” ou “leaders émergents”. À l’inverse, 41 % sont jugées “sous pression” ou “déchues”. Le contraste avec les concurrents directs est net : le Royaume-Uni affiche 46 % de licornes performantes, l’Allemagne 48 %. L’écart se creuse davantage face aux champions européens de la résilience comme la Suède, où 71 % des licornes sont performantes, ou les Pays-Bas qui atteignent 80 %[3].
Vestiaire Collective a subi une décote de 43 % mais reste, selon le rapport, la licorne déchue française la plus proche d’un potentiel redressement. L’exil américain, stratégie adoptée par plusieurs licornes françaises, ne s’est pas révélé payant. Les capitaux levés n’ont pas toujours compensé les difficultés d’adaptation au marché nord-américain ni permis d’échapper aux corrections de valorisation qui ont frappé l’ensemble du secteur.
Pasqal et AMI Labs, deux entrées par le haut

Les deux nouvelles licornes de mars se démarquent par leur profil. Pasqal devient la première licorne française du quantique, un secteur technologique de rupture encore peu représenté dans l’écosystème européen. Sa valorisation de deux milliards d’euros après 340 millions d’euros levés témoigne de l’appétit des investisseurs pour les technologies de deep tech, dans un contexte où les modèles d’affaires basés sur le logiciel grand public accumulent les corrections.
AMI Labs, portée par la notoriété de Yann Le Cun, figure parmi les rares licornes françaises à franchir directement le seuil des trois milliards d’euros de valorisation dès sa première levée publique. Son entrée dans le club illustre la prime accordée aux acteurs de l’intelligence artificielle, secteur qui a capté 50 % de tous les financements en capital-risque en 2025 et compte désormais 308 licornes spécialisées dans le monde, soit une multiplication par trois depuis 2020[4].
Ces deux levées ne suffisent pas à modifier le rang de la France dans les classements mondiaux. Elles confirment en revanche la capacité de l’écosystème français à produire des acteurs de référence dans des segments technologiques de pointe, là où le gros de l’écosystème peine à maintenir ses valorisations face à un marché du capital-risque plus exigeant qu’en 2021.
Licornes françaises 2026 : les chiffres du classement
- Pasqal lève 340 M€ et devient la première licorne française du quantique, valorisée 2 Md€
- AMI Labs, cofondée par Yann Le Cun, franchit 3 Md€ de valorisation dès sa première levée publique
- La France compte 32 licornes, se classant 6e mondiale et 2e dans l'UE derrière l'Allemagne
- 10 licornes françaises sur 37 recensées ont perdu leur statut depuis 2024, selon Mighty Nine
- Seulement 32 % des licornes françaises sont jugées surperformantes, contre 80 % aux Pays-Bas
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

