La question du positionnement des forces au combat n’est plus une affaire de confort. Dans les théâtres où le brouillage et le leurrage sont devenus la norme, un blindé qui perd sa position perd son efficacité. Thales et Eviden annoncent ce 9 août 2026 l’intégration de la brique Galileo PRS de Thales dans le récepteur de navigation militaire P3TS d’Eviden, déjà en service dans l’armée de terre française. L’objectif est clair : rendre la géolocalisation des véhicules français plus résistante à la guerre électronique.
Le P3TS, pour Plug and Play Positioning and Timing System, fournit aux forces françaises une position et une synchronisation en temps réel. Cette information alimente le système d’information du combat Scorpion, le SICS développé par Eviden, ainsi que les radios tactiques. Sa vocation première reste d’éviter les tirs fratricides en donnant à toute la chaîne de commandement une vue partagée et fiable de la situation, y compris pour le fantassin débarqué et les véhicules tactiques non numérisés.
Galileo PRS contre le brouillage : le pari de l’autonomie européenne
Le PRS, service public réglementé de la constellation européenne Galileo, est le signal chiffré réservé aux usages gouvernementaux et militaires. L’intégrer dans le P3TS revient à sortir progressivement de la dépendance au GPS américain, un point que la source assume comme un renforcement de l’autonomie stratégique européenne. Face à la Russie qui a fait du brouillage GNSS une arme de routine sur le front ukrainien, cette bascule n’a rien de théorique.
La nouvelle version, baptisée P3TS PRS, sera proposée en deux configurations. La première embarque le module TopStar Galileo PRS Core, qui donne accès aux signaux Galileo PRS en plus des signaux ouverts Galileo et GPS. La seconde combine soit le GPS, soit le récepteur intelligent TopStar Smart Receiver, ce dernier ajoutant des capacités anti-brouillage renforcées. Les deux embarquent une horloge de haute précision qui maintient la synchronisation des radios tactiques même en cas de perte des signaux GNSS. De quoi adapter la solution aux contraintes de plateformes terrestres très variées.
Un savoir-faire produit et maintenu en France
Cette version PRS s’appuie sur le programme d’industrialisation et de soutien opérationnel confié à Eviden par la Délégation générale de l’armement (DGA). Le P3TS lui-même est une innovation de la Section technique de l’armée de terre (STAT), sous l’autorité de la DGA, avec l’appui de la cellule innovation participative de l’Agence de l’innovation de défense (AID). Autrement dit, une brique de souveraineté conçue, industrialisée et soutenue dans le pays.
L’argument avancé par Thales mérite d’être noté. « Thales est la seule entreprise à avoir développé un module de sécurité Galileo PRS en France et à proposer une gamme de récepteurs GNSS modulaires, un atout décisif pour les forces », affirme Florent Chauvancy, vice-président Flight Avionics chez Thales. Chez Eviden, marque du groupe Atos, Bernard Payer, responsable des systèmes critiques, met en avant « la précision, la fiabilité du positionnement, la résistance au brouillage et la haute disponibilité attendues par les forces armées ».
Thales, qui a réalisé 22,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et consacre 4,5 milliards d’euros par an à la recherche et développement, apporte le module de sécurité. Eviden, forte de plus de 2 200 experts et 720 brevets, assure l’intégration et le déploiement. Dans un domaine où l’autonomie de positionnement décide parfois de la survie d’une unité, cette combinaison de savoir-faire français est une pièce de plus dans l’édifice de notre souveraineté au sol.

