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Pour préparer les guerres de 2040, l’armée française simule les conflits en wargames à l’École militaire

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Depuis juin 2026, l’armée française organise des sessions de wargaming à l’École militaire pour anticiper les formes de combat de 2040.

Les tables de jeux de plateau installées dans le sous-sol du pavillon Joffre n’ont rien d’une distraction. Les 23 et 24 juin dernier, l’École militaire accueillait le premier « Wargaming à Paris », une session organisée par l’Académie de défense et le Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations (CICDE), l’organisme chargé de faire évoluer la pensée militaire française. Objectif : simuler les conflits futurs pour préparer les armées aux ruptures technologiques et tactiques qui s’annoncent.

Soldats augmentés, extension du conflit dans l’espace, missiles hypersoniques, maîtrise du quantique. Depuis la guerre en Ukraine et l’accélération des bouleversements tactiques, les états-majors font face à un défi inédit : intégrer rapidement les enseignements des conflits actuels tout en préparant les formes de combat susceptibles d’émerger d’ici quinze à vingt ans. Le wargaming devient un outil stratégique pour tester des réponses, affiner la prise de décision et anticiper les menaces.

L’institution fondée en 1751 par Louis XV pour former de jeunes officiers se transforme en laboratoire de prospective. Les jeux de guerre ne sont plus réservés aux enfants. Ils permettent de visualiser l’ensemble des missions à venir, dans un monde où les guerres conventionnelles ne font plus légion. Les batailles électroniques avec systèmes de brouillage, les chances de survie réduites à cinq minutes lorsque le soldat est détecté par un drone, les spectres multichamps poussent les armées à être constamment en alerte dans tous les domaines[2].

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En chiffres
2022
Année de création du prestataire wargaming du ministère des Armées
Virage stratégique français
5 min
Espérance de survie d'un soldat détecté par un drone
Nouveau paradigme tactique
2040
Horizon des scénarios de conflit simulés à l'École militaire
Anticipation à 15-20 ans

Un virage stratégique amorcé en 2022

La France a longtemps considéré les wargames comme un exercice marginal. Le mot « jeu » dissuadait les hiérarchies militaires. Mais la donne a changé. Le ministère des Armées dispose depuis mai 2022 de son propre prestataire de services de wargaming[5]. L’École de Guerre, établissement de formation des officiers supérieurs, les utilise désormais couramment. Emmanuel Chiva, directeur de l’agence pour l’innovation de défense, a même créé le programme « Red Team », une expérimentation dans laquelle scénaristes et auteurs de science-fiction imaginent des scénarios futurs pour anticiper les surprises stratégiques.

Le Commandement du combat futur (CCF), branche des forces armées chargée de répondre aux nouvelles menaces militaires, a organisé la session de juin en partenariat avec deux organisations de jeunesse. L’événement a connu un franc succès. Hors des quatre murs de la salle de conférence, Paris restait en paix. Mais avec la guerre aux portes de l’Europe, les scénarios explorés lors de cette journée de wargaming n’avaient rien d’entièrement improbable. Les organisateurs ont insisté : l’exercice ne vise pas à prédire l’avenir, mais à préparer les réponses aux configurations de demain.

Le général de corps d’armée Bruno Baratz, commandant du Combat futur, revient sur les enseignements tirés de la guerre en Ukraine et sur les capacités que la France doit développer pour conserver sa supériorité opérationnelle dans les décennies à venir[4]. Le bureau « Jeu de guerre » du Commandement du combat futur organise régulièrement des stages de formation. Une séance de duel tactique permet aux officiers de s’affronter sur des scénarios complexes.

Anticiper les ruptures à long terme

À long terme, au-delà de 2035, il s’agit d’anticiper les ruptures. Cela implique des exercices de prospective, comme des wargames utilisant l’IA pour simuler des conflits futurs, des partenariats civil-militaires avec des start-ups et des universités pour identifier l’innovation de rupture et en préparer l’emploi dans un cadre d’engagement aéroterrestre, une veille géostratégique des doctrines de certaines puissances[4]. C’est ce que s’efforce de faire le CCF pour permettre à l’armée de Terre de se transformer et d’être crédible face aux menaces à venir.

Un bureau d’observation des conflits, intégré au sein du Commandement du combat futur, observe l’ensemble des conflits en cours à travers le monde : Ukraine, Arménie, Gaza. L’objectif est de déterminer les tendances tactiques et technologiques qui pourraient se généraliser[3]. L’hybridité de la guerre, le rapport de force et les stratégies d’influence figurent parmi les thématiques prioritaires.

Une présentation commandée par le Commandement du combat futur portait sur la notion de victoire pour la France à l’horizon 2040. Elle a permis de dégager des invariants de la victoire et des intérêts vitaux pour la France, et d’identifier comment les protéger[3]. Les étudiants mobilisés pour l’exercice ont apporté une vision différente de celle des études internes de l’armée.

Pourquoi l'armée française simule les guerres de 2040

Anticipation stratégique
Les wargames permettent de tester les réponses tactiques et d'identifier les failles doctrinales avant qu'elles ne se révèlent sur le terrain réel.
Montée en puissance depuis 2022
Le ministère des Armées s'est doté d'un prestataire dédié en 2022. L'École de Guerre et le Commandement du combat futur généralisent l'usage.
Ruptures technologiques
Missiles hypersoniques, IA, guerre hybride, brouillage électronique : les wargames simulent les configurations de combat inédites à horizon 2040.
Partenariats civil-militaire
Start-ups, universités, scénaristes et auteurs de science-fiction collaborent pour imaginer les scénarios de rupture stratégique.
Dynamique européenne
L'usage des wargames se généralise dans les installations militaires européennes, avec une implication croissante à l'OTAN depuis cinq ans.

Un outil partagé à l’échelle européenne

Le recours aux wargames s’étend au-delà de la France. Plusieurs personnels militaires rencontrés à l’OTAN rapportent qu’ils doivent parfois convaincre leurs supérieurs de l’utilité des jeux de guerre, le mot « jeu » les rebutant[5]. Mais tout le monde s’implique davantage qu’il y a cinq ans. Les wargames sont désormais largement utilisés dans les installations militaires à travers l’Europe.

Les wargames s’ancrent dans la stratégie militaire et sont largement acceptés comme des outils pour tester les réponses stratégiques, affiner la prise de décision et anticiper les menaces potentielles[5]. Mais plusieurs experts avertissent : beaucoup dans le secteur de la défense demandent des wargames en espérant une boule de cristal capable de prédire l’avenir, une certitude qu’ils sont incapables de fournir.

Face à un champ de bataille devenu plus connecté et contesté, l’armée de Terre accélère sa transformation. Le constat est clair : il y a de plus en plus la montée de nouveaux théâtres d’opérations, de nouvelles menaces, de nouvelles technologies[3]. L’armée mise sur une complémentarité entre différents acteurs : grands industriels, PME, startupeurs, étudiants, ingénieurs. Mais elle repose aussi et surtout sur ses capacités à anticiper les conflits de demain.

Produire tous azimuts n’est pas une solution. L’aspect stratégique doit rester essentiel en matière d’innovation[3]. Les wargames permettent de hiérarchiser les priorités, de tester la robustesse des doctrines et d’identifier les failles avant qu’elles ne se révèlent sur le terrain. La France, comme ses partenaires européens, sait que la préparation des guerres de 2040 se joue aujourd’hui, dans les sous-sols de l’École militaire.

Wargaming militaire en France : les faits essentiels

  • Le ministère des Armées dispose d'un prestataire de wargaming depuis mai 2022
  • Premier « Wargaming à Paris » organisé les 23 et 24 juin 2026 à l'École militaire
  • Le Commandement du combat futur dispose d'un bureau dédié aux jeux de guerre
  • Le programme « Red Team » mobilise scénaristes et auteurs de science-fiction
  • L'espérance de survie d'un soldat détecté par un drone tombe à cinq minutes
  • L'armée simule des conflits à horizon 2040 intégrant IA et missiles hypersoniques
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur suit ce qui change concrètement dans le quotidien des Français. Droits des consommateurs, démarches administratives, nouvelles règles pratiques, services publics ou arnaques à éviter : elle part toujours d'un fait daté pour expliquer qui est concerné et quoi faire. Pédagogue et attachée aux sources officielles, elle écrit au service du lecteur, avec les bons réflexes à adopter.

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