Volodymyr Zelensky demande à Washington de lui vendre au moins 5 % de ses stocks de missiles intercepteurs Patriot pour tenir l’hiver face aux frappes balistiques russes.
Le président ukrainien l’a déclaré jeudi 13 août à CNN : l’Ukraine reçoit actuellement l’équivalent de 1 % des stocks américains d’intercepteurs Patriot. Pour lui, 5 % suffiraient à sauver des vies durant l’hiver. 10 % permettraient d’abattre tous les missiles balistiques russes. L’appel intervient après l’attaque du 5 août sur Kiev, qui a tué 17 personnes et au cours de laquelle l’armée ukrainienne n’a intercepté aucun des 28 missiles balistiques tirés.
Les livraisons d’intercepteurs ont chuté de deux tiers en 2026
Selon le président ukrainien, l’Ukraine dispose cette année de 2,5 fois moins d’intercepteurs qu’en 2025. Dans le même temps, la Russie dispose chaque mois de deux fois plus de missiles balistiques qu’auparavant. Depuis le début de l’été, Moscou frappe Kiev environ une fois par semaine avec des missiles balistiques, visant principalement des immeubles résidentiels. Les pertes civiles se comptent en dizaines, les dégâts matériels s’accumulent.
Les approvisionnements occidentaux en intercepteurs ont chuté de façon drastique en 2026. Plusieurs facteurs expliquent cette pénurie. La guerre que mènent les États-Unis et leurs alliés contre l’Iran depuis fin février mobilise des centaines de missiles Patriot. Washington en a besoin pour ses propres opérations au Moyen-Orient, ce qui réduit mécaniquement ce qu’il peut céder à Kiev. Seuls les systèmes avancés comme les Patriot, fabriqués aux États-Unis, peuvent abattre les missiles balistiques, beaucoup plus difficiles à intercepter que les missiles de croisière ou les drones.
Washington promet des livraisons mensuelles

Le 8 août, lors d’une conférence de presse commune avec le président serbe Aleksandar Vučić, Volodymyr Zelensky a annoncé que les États-Unis ont accepté de livrer des intercepteurs Patriot chaque mois. Cet accord constitue une réponse partielle aux appels répétés de Kiev, qui estime que les délais et les refus de livraison provoquent directement des pertes civiles massives. Mais le président ukrainien a aussitôt prévenu que ces livraisons mensuelles programmées ne suffiront pas à couvrir les besoins du pays.
Le 4 juillet, Zelensky avait déjà qualifié les intercepteurs Patriot de besoin défensif le plus critique de l’Ukraine, appelant principalement les États-Unis à débloquer des missiles supplémentaires depuis leurs stocks existants. Les responsables ukrainiens répètent depuis des années que Kiev ne dispose pas d’assez de Patriot, mais la situation s’est aggravée à mesure que la Russie intensifiait ses attaques.
Pourquoi l’Ukraine manque d’intercepteurs Patriot
Trump autorise la production sous licence en Ukraine
Le 8 juillet, lors du sommet de l’OTAN à Ankara, le président américain Donald Trump a annoncé qu’il allait autoriser l’Ukraine à fabriquer elle-même des missiles Patriot sous licence. « Nous allons vous donner une licence pour fabriquer des Patriot. De cette façon, vous ne pourrez pas vous plaindre qu’on ne vous en fournit pas assez », a-t-il lancé à Volodymyr Zelensky, sur un ton nettement plus conciliant qu’à l’ordinaire. Trump a précisé que l’entreprise concernée n’avait pas encore été informée, mais que « ça va s’arranger », qualifiant la décision de « plutôt cool ».
Le président ukrainien a répondu sur X qu’il comptait sur les équipes des deux pays pour assurer un suivi rapide de tous les points discutés à Ankara. En juillet, Zelensky avait déjà évoqué une coopération avec Raytheon, l’un des fabricants du système Patriot, incluant une éventuelle coproduction d’intercepteurs avec l’Ukraine. Cette piste vise à garantir un approvisionnement de long terme, mais elle ne règle pas l’urgence immédiate.
Moscou exploite la pénurie d’intercepteurs

La Russie profite de l’avantage qu’elle détient en missiles balistiques et des difficultés d’approvisionnement ukrainiennes pour viser principalement Kiev, selon l’analyste militaire ukrainien Serguiï Zgourets. Les frappes hebdomadaires sur la capitale visent à saturer les défenses et à infliger un coût politique et humain maximum. L’attaque du 5 août, qui a tué 17 personnes dans la nuit, a mis en lumière l’épuisement des stocks ukrainiens : aucun des 28 missiles tirés n’a été intercepté.
Le lendemain, Zelensky écrivait sur les réseaux sociaux qu’il était « très important » que les partenaires de l’Ukraine comprennent que les retards de livraison, ou le refus de fournir des systèmes anti-balistiques, conduisent directement à de telles pertes et destructions. L’Ukraine a depuis restreint la diffusion publique de ses données sur les frappes de missiles russes, mesure qui témoigne des difficultés du pays.
Une demande mondiale qui dépasse l’offre
Les intercepteurs Patriot sont en forte demande mondiale. La guerre en Ukraine et les conflits au Moyen-Orient imposent des opérations de défense aérienne quasi continues. Les stocks américains et alliés sont sollicités sur plusieurs théâtres simultanément. Washington a tiré des centaines de missiles contre l’Iran depuis fin février, ce qui a entamé les réserves disponibles pour Kiev. Les alliés européens qui possèdent des Patriot en ont également besoin pour leur propre défense ou pour soutenir des opérations de coalition.
Cette tension sur l’offre explique en partie pourquoi l’administration Trump a choisi d’autoriser une production sous licence plutôt que de puiser massivement dans les stocks américains. Mais cette solution prendra du temps : monter une ligne de production en Ukraine, obtenir les transferts de technologie, former les équipes, tout cela ne se fait pas en quelques mois. D’ici là, l’hiver approche, et Zelensky prévient qu’à 1 % des stocks américains, l’Ukraine ne tiendra pas.
Patriot en Ukraine : les chiffres de la pénurie
- L’Ukraine reçoit actuellement l’équivalent de 1 % des stocks américains d’intercepteurs Patriot, selon Zelensky (13 août 2026)
- Les approvisionnements occidentaux en intercepteurs ont chuté de deux tiers en 2026 par rapport à 2025
- Aucun des 28 missiles balistiques russes tirés sur Kiev le 5 août n’a été intercepté, 17 personnes tuées
- Les États-Unis ont accepté de livrer des intercepteurs Patriot chaque mois à l’Ukraine (annonce du 8 août)
- Donald Trump a autorisé l’Ukraine à fabriquer des Patriot sous licence lors du sommet OTAN d’Ankara (8 juillet)
- La guerre US contre l’Iran mobilise des centaines de Patriot depuis fin février, réduisant les livraisons à Kiev

