Julien Pereira, manager de tennis français installé aux États-Unis depuis huit ans, a été détenu un mois par l’ICE en mars 2025 après une défaillance administrative de son employeur. Rentré en France, il est interdit de territoire américain jusqu’en 2030.
Le 3 mars 2025, Julien Pereira se présente pour renouveler son visa. Il découvre alors que son employeur, un club de tennis, n’a pas effectué les démarches nécessaires. Il tente de quitter les États-Unis pour régulariser sa situation depuis la France, mais l’ICE l’interpelle avant qu’il n’embarque. Débute alors un mois de détention qu’il qualifie de traumatisant.
Les conditions de détention frappent d’emblée. « Les premiers jours, j’ai dormi par terre. Les toilettes étaient ouvertes, les douches aussi », raconte-t-il. L’alimentation aggrave l’épreuve : « On ne mangeait pas assez. On nous donnait parfois du lait périmé. J’ai perdu sept kilos en un mois. » Le choc psychologique suit. « Quand on m’a mis dans la cellule, je me suis dit : mais qu’est-ce que je fais ici ? »
Après sa libération, Julien Pereira rentre en France sans passeport, muni d’un laissez-passer délivré par le consulat. Il retrouve un pays qu’il avait quitté à 17 ans, neuf années plus tôt. L’homme de 26 ans doit tout réapprendre : les impôts, les démarches universitaires, le mode de vie. « Je me suis installé pendant quelques mois chez mes parents, histoire de me reposer un peu l’esprit », confie-t-il.
Un silence pesant face aux proches
Même avec sa famille, Julien Pereira peine à évoquer l’incarcération. « Je ne voulais pas vraiment en parler, je voulais plutôt le cacher et le garder intérieurement. C’était une situation assez compliquée pour moi, et surtout pour eux aussi. » Voir son fils détenu alors qu’il cherchait à s’intégrer dans un pays qu’il aimait reste, pour ses parents, une blessure ouverte.
Les mois qui suivent son retour sont marqués par des pensées récurrentes. « C’était assez régulièrement que j’avais des pensées un peu compliquées. La détention, je pense que je ne l’oublierai jamais. On n’oublie jamais des moments comme ça. » L’ancien manager de tennis, aujourd’hui plus sensible aux parcours migratoires, mesure l’arbitraire d’un système qui frappe sans distinction. « Ça peut vraiment arriver à tout le monde. On a beau faire attention, on a beau vouloir tout faire pour rester en règle, parfois, il y a des erreurs et on tombe dans l’engrenage. »
Une vie américaine abandonnée en quelques heures
Julien Pereira laisse derrière lui neuf années de vie construite aux États-Unis. Il partageait une colocation avec d’autres expatriés, « une sorte de petite famille ». Sa voiture, son logement, sa situation stable : tout reste sur place. « J’avais une situation confortable aux États-Unis, je ne voulais pas forcément en partir », rappelle-t-il. Rentrer en France, dans un pays où il ne connaissait presque plus personne, constitue un changement de vie radical.
L’interdiction de territoire pour cinq ans ferme définitivement la parenthèse américaine. « Ce n’est pas forcément comme ça que j’aurais voulu partir. C’est un peu amer », résume-t-il. Désormais, il n’envisage plus de retourner vivre aux États-Unis, même une fois le délai expiré. L’expérience ICE a brisé l’attachement d’un jeune homme qui, à 17 ans, avait choisi ce pays pour y grandir et y bâtir sa vie d’adulte. « Voir des gens retenus contre leur gré alors qu’ils voulaient simplement avoir une meilleure vie, ce n’est pas toujours facile à voir. »
Pourquoi l’ICE frappe aussi les expatriés en règle
Une pratique qui frappe au-delà des sans-papiers
Le cas de Julien Pereira illustre l’élargissement du champ d’action de l’ICE, qui ne se limite plus aux personnes en situation irrégulière. Une erreur administrative, une défaillance d’employeur suffisent à basculer dans le système de détention. En janvier 2026, à Minneapolis, la mort de Renée Good lors d’une opération de l’ICE a ravivé les tensions autour des méthodes de l’agence[3]. Le conseiller des Français de l’étranger pour le Midwest, Oussama Laraichi, confiait alors son « choc profond » face à « une vie perdue dans des circonstances tragiques ».
Pour les expatriés français, le risque est réel et souvent sous-estimé. Une octogénaire française a elle aussi été détenue 16 jours par l’ICE[5], témoignant de la brutalité d’un système qui ne fait guère de distinction d’âge ni de profil. Julien Pereira, lui, porte dans son récit une leçon amère : l’intégration, la bonne volonté et le respect des règles ne suffisent plus à garantir la sécurité d’un parcours migratoire aux États-Unis.
Détention ICE de Julien Pereira : les faits marquants
- Julien Pereira, 26 ans, manager de tennis français, détenu un mois par l’ICE en mars 2025
- Son employeur n’a pas renouvelé son visa à temps, déclenchant l’arrestation
- Il a perdu 7 kilos en détention, dormant par terre les premiers jours
- Rentré en France sans passeport, il est interdit de territoire américain pour cinq ans
- Il avait passé neuf ans aux États-Unis, arrivé à 17 ans
- Une octogénaire française a également été détenue 16 jours par l’ICE en 2026
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

