Le renseignement et le ministère de la Défense ont pourtant tiré la sonnette d’alarme sur un possible risque d’espionnage. L’exécutif, lui, assure qu’aucune menace ne pèse sur les installations militaires proches du site.
Le projet a de quoi surprendre. Le constructeur chinois SAIC/MG veut bâtir une usine automobile à Ferrol, dans le port extérieur, à environ cinq kilomètres à vol d’oiseau de l’une des plus importantes installations de la Marine et du chantier naval militaire de Navantia. Un voisinage qui n’a pas laissé indifférents les services de renseignement.
Le Centre national du renseignement (CNI) comme le ministère de la Défense ont émis des mises en garde sur les risques d’espionnage liés à cette implantation. Le point sensible n’est pas la fabrication de voitures en elle-même, mais la présence permanente d’une entreprise contrôlée par l’État chinois à proximité immédiate d’installations militaires stratégiques.
Malgré ces alertes, le gouvernement central a choisi de soutenir le projet. La ministre de la Défense, Margarita Robles, a fait savoir au président de la Xunta de Galice, Alfonso Rueda, que son ministère appuierait le dossier lors de sa présentation au Conseil des ministres. Un signal qui lève l’un des principaux obstacles à la construction de l’usine.

Pourquoi la proximité avec la base navale pose problème
L’emplacement retenu concentre les inquiétudes. À quelques kilomètres du futur site se trouve l’arsenal naval où sont basées les cinq frégates F-100 de la classe Álvaro de Bazán ainsi que deux navires de ravitaillement en mer. Juste à côté, le chantier naval militaire de Navantia construit et entretient des navires de guerre pour l’Europe et pour d’autres pays. Un environnement hautement stratégique, donc.
Un actionnaire contrôlé par Pékin
Le cœur du problème tient à l’identité de l’investisseur. SAIC Motor est contrôlée par le gouvernement chinois. Selon les craintes exprimées par les services, depuis les abords du port, il serait relativement aisé d’observer les mouvements navals et les activités quotidiennes de la Marine. La question ne porte pas sur les chaînes d’assemblage, mais sur ce que représente l’installation durable d’une entité étatique étrangère à portée de vue d’installations sensibles.

La position du gouvernement face aux alertes
L’exécutif tient un discours mesuré. Selon le ministère de la Défense, il n’existe aucune preuve que SAIC ait tenté d’accéder à des informations militaires. Le ministère affirme par ailleurs participer depuis des mois aux négociations et ne présenter, à ce stade, aucune objection justifiant le blocage du projet.
Des rapports jugés non contraignants
Le gouvernement soutient que les rapports relatifs à la sécurité nationale s’inscrivent dans la procédure habituelle d’analyse des investissements étrangers de grande ampleur, et qu’ils ne sont pas contraignants en eux-mêmes. Cela ne veut pas dire que le dossier passera sans encadrement : l’organisme chargé d’examiner l’opération pourra imposer des restrictions concernant les installations, les communications, le personnel, les systèmes informatiques ou le traitement des données. La proximité avec les installations de la Marine justifie ces conditions de sécurité particulières.

Un site pensé comme pièce maîtresse de la stratégie européenne de MG
Au-delà du volet sécuritaire, les ambitions industrielles sont claires. SAIC prévoit d’investir dans un premier temps environ 200 millions d’euros, avec un démarrage des travaux annoncé en 2027, sous réserve d’obtenir toutes les autorisations nécessaires. La production automobile devrait débuter avant la fin de l’année 2028. La première phase générerait quelque 1 000 emplois directs, auxquels s’ajouteraient les emplois indirects liés aux fournisseurs et à la logistique.
Jusqu’à 120 000 véhicules par an
À l’issue d’une deuxième phase, le site pourrait atteindre une capacité de 120 000 véhicules par an. Pour mesurer l’ampleur du projet : MG a écoulé plus de 300 000 voitures en Europe en 2025. La capacité annoncée pour Ferrol équivaudrait donc à près de quatre véhicules sur dix commercialisés par la marque sur le continent lors du dernier exercice. Reste que l’usine ne tournera pas à plein régime dès le premier jour, et que l’on ignore encore quels modèles y seront fabriqués, ainsi que la proportion réelle de composants d’origine européenne.
Produire sur place pour contourner les droits de douane
Le choix d’une implantation européenne répond à une logique économique limpide. Les voitures électriques fabriquées par SAIC en Chine sont frappées, au sein de l’Union européenne, d’un droit compensateur de 35,3 %, auquel s’ajoute le droit de douane ordinaire de 10 % appliqué aux véhicules importés.
La surtaxe la plus lourde de Bruxelles
Au total, les modèles électriques de la marque supportent un droit de douane de 45,3 %, soit la taxe la plus élevée imposée par Bruxelles à l’un des grands constructeurs chinois visés par une enquête pour avoir bénéficié de subventions publiques. SAIC écope de cette surtaxe maximale parce qu’elle n’a pas coopéré avec Bruxelles dans le cadre de l’enquête. Fabriquer sur le sol européen constitue donc la parade la plus directe pour échapper à cette barrière tarifaire. Le site de Ferrol pourrait à terme fabriquer quatre MG sur dix vendues en Europe.

