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Naval Group : 18,9 milliards de commandes en 2025, grève à Indret le jour où Macron baptise le porte-avions

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Naval Group affiche 18,9 milliards d’euros de prises de commandes en 2025 et un carnet de 32 milliards, mais la visite présidentielle à Indret tourne au face-à-face social.

Le 18 mars 2026, Emmanuel Macron dévoile le nom du futur porte-avions de nouvelle génération à Indret, près de Nantes : « France Libre ». Une maquette géante, un discours sur l’investissement industriel, un calendrier fixé à 2038 pour succéder au Charles-de-Gaulle. À quelques dizaines de mètres, des drapeaux rouges flottent derrière les barrières et des tracts de la CGT circulent dans les ateliers. L’image résume la séquence : Naval Group bat ses records commerciaux, mais les syndicats contestent la répartition de cet afflux dans les fiches de paie et sur les chaînes de production.

Le groupe le confirme quelques jours plus tard : 18,9 milliards d’euros de commandes signées en 2025, un carnet total de 32 milliards, un chiffre d’affaires autour de 4,6 à 4,7 milliards d’euros. Le ratio commandes sur CA atteint 4, chiffre rarissime dans l’histoire récente du premier constructeur naval français. L’écoulement prévisionnel du carnet se déploie bien au-delà de 2030, avec 53 % programmé après 2029. La direction parle d’« année stratosphérique ». Les salariés, eux, voient surtout monter la cadence.

En chiffres
18,9 Md€
Commandes 2025
Carnet total de 32 Md€
× 4
Ratio commandes/CA
Niveau stratosphérique
+2 000
Recrutements prévus en 2026
Dont 900 apprentis et stagiaires
−40 %
Accidents avec arrêt en 2025
Objectif zéro accident

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La mobilisation du 18 mars s’inscrit dans une séquence tendue qui dure depuis deux ans. En mai 2024, un mouvement national avait visé le nouvel accord d’entreprise mis en place après la réforme de la convention collective de la métallurgie. En mars 2025, une autre grève avait porté sur les salaires, le 13e mois et les conditions de travail, notamment à Lorient et Cherbourg. Les mêmes mots reviennent dans les tracts : cadence, sécurité, reconnaissance, pouvoir d’achat.

Cette fois, c’est l’intéressement versé au titre de 2025 qui cristallise la contestation. Les syndicats jugent le montant insuffisant au regard des 18,9 milliards de commandes annoncées. La CGT dénonce une séquence de communication présidentielle déconnectée des négociations internes. Naval Group affiche un succès commercial historique, mais les organisations représentatives contestent la manière dont cet afflux se traduit concrètement dans les ateliers et sur les bulletins de salaire[1].

Le décor présidentiel d’Indret n’efface donc pas les tensions accumulées. Les 17 170 salariés du groupe au 31 décembre 2025 ont de quoi voir venir pour plus d’une décennie, comme le résume La Tribune, mais ils voient aussi arriver la charge de travail, les contraintes de calendrier et les questions de sécurité qui vont avec[2].

Deux méga-contrats portent l’exercice 2025

Close-up of a diverse business handshake over documents, symbolizing agreement and collaboration.
Close-up of a diverse business handshake over documents, symbolizing agreement and collaboration. Photo : Ron Lach / Pexels

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L’emballement du carnet repose sur deux contrats signés ou notifiés entre 2024 et fin 2025. Fin septembre 2024, la France et les Pays-Bas officialisent la commande de quatre sous-marins océaniques dérivés du Barracuda, pour un montant estimé à 5,6 milliards d’euros. Fin 2025, la Direction générale de l’armement notifie un nouveau jalon dans le programme des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération, le SNLE 3G. Ces deux programmes, lourds et étalés dans le temps, structurent la charge pour la décennie à venir.

Le 31 mars 2026, la DGA notifie à Naval Group la commande d’une cinquième frégate de défense et d’intervention pour la Marine nationale. Elle s’ajoute aux quatre premières prévues pour la France et aux quatre construites pour la Grèce. La première FDI française, l’Amiral Ronarc’h, a été livrée en 2025 après assemblage à Lorient. Chaque contrat alimente la charge, mais chaque contrat ajoute aussi une contrainte de calendrier[3].

Écoulement prévisionnel du carnet de commandes de Naval Group
Année Part du carnet (%)
2026 13 %
2027 12 %
2028 12 %
2029 10 %
Au-delà de 2029 53 %

Source : La Tribune

Pourquoi la montée en charge pose problème chez Naval Group

Carnet record
Naval Group décroche 18,9 milliards d'euros de commandes en 2025, porté par les sous-marins néerlandais, le SNLE 3G et les frégates. Le carnet explose à 32 milliards, avec un écoulement prévu jusqu'en 2035.
Tensions sociales
La CGT conteste l'intéressement versé au titre de 2025 et dénonce les conditions de travail. La grève du 18 mars à Indret tombe le jour de la visite présidentielle.
Recrutement massif
Plus de 4 500 embauches en trois ans, 2 000 prévues en 2026. Naval Group cherche à préserver les expertises souveraines face à la montée en charge des programmes.
Sécurité au travail
Les accidents avec arrêt ont baissé de 40 % en 2025. Le groupe affiche un objectif zéro accident et renforce la culture de sécurité sur l'ensemble de ses sites.
Cycle d'investissement
Naval Group modernise ses installations : usine de composites à Lorient, hall SNLE 3G, rénovations à Cherbourg. L'objectif est de tenir les calendriers malgré la charge.

Un cycle d’investissement massif pour tenir la cadence

Naval Group a lancé en 2026 un cycle d’investissement sur l’ensemble de ses sites pour moderniser les installations et répondre à la montée en charge. Le groupe construit une usine de composites à Lorient, ouvre un hall dédié au SNLE 3G, rénove des infrastructures à Cherbourg. Pierre Éric Pommelet, président du groupe, détaille cette dynamique dans un message publié début 2026 : la commande s’est traduite par du travail pour les entreprises travaillant sur les programmes navals à travers tout le territoire français.

Le groupe a recruté plus de 4 500 personnes au cours des trois dernières années. En 2026, plus de 2 000 embauches supplémentaires sont prévues, dont 1 200 en CDI et CDD, et près de 900 apprentis et stagiaires. L’objectif affiché : préserver et perpétuer les expertises souveraines nécessaires aux programmes de grande ampleur, actuels et futurs[4].

Naval Group affiche aussi une priorité sur la sécurité au travail, avec un objectif de zéro accident. En 2025, les accidents avec arrêt ont baissé de 40 % grâce à des initiatives collectives et à l’engagement des salariés. En 2026, le groupe annonce vouloir renforcer le développement d’une culture de sécurité dans l’ensemble de ses structures[4].

Le porte-avions nouvelle génération lance sa phase industrielle

A Royal Navy aircraft carrier docked in Portsmouth, England, showcasing naval engineering.
A Royal Navy aircraft carrier docked in Portsmouth, England, showcasing naval engineering. Photo : Samuel Phillips / Pexels

Le 27 mars 2026, Naval Group et la DGA annoncent le lancement en production du porte-avions nouvelle génération. Le programme mobilise plusieurs milliards d’euros et s’inscrit dans la trajectoire de réarmement fixée par la loi de programmation militaire. Le bâtiment, baptisé « France Libre » par Emmanuel Macron quelques jours plus tôt, doit entrer en service en 2038. Il succédera au Charles-de-Gaulle et constituera le pivot de la projection aéronavale française pour les décennies suivantes[5].

Le calendrier est serré, les contraintes techniques lourdes, les attentes opérationnelles élevées. Le programme s’ajoute à un carnet déjà saturé par les sous-marins, les frégates et les contrats export. La montée en charge industrielle va peser sur les sites de Cherbourg, Lorient et Indret, qui concentrent l’essentiel de la fabrication des grands programmes.

Export et innovations : Naval Group étend son périmètre

Naval Group continue de prospecter à l’international. Le 20 mai 2026, le groupe signe un mémorandum d’entente avec METLEN, industriel grec, pour des projets de sous-marins et de frégates destinés aux marchés mondiaux. Le 17 juin 2026, la Suède sélectionne Naval Group pour l’acquisition de quatre frégates de défense et d’intervention. Le 26 juin, le groupe livre le quatrième sous-marin nucléaire d’attaque de classe Barracuda[5].

Le groupe investit aussi dans l’innovation, notamment en prenant une participation dans cortAIx France, l’accélérateur d’intelligence artificielle de Thales dédié aux systèmes critiques. Naval Group rejoint la gouvernance de cette structure et cherche à accélérer l’intégration de l’IA dans ses programmes navals[4].

Le 18 mars 2026, Naval Group livre le deuxième chasseur de mines du programme belgo-néerlandais rMCM, le Vlissingen. Le 3 mars, le sous-marin nucléaire d’attaque De Grasse entame ses essais en mer. Le même jour, le groupe livre la première frégate de défense et d’intervention à la marine hellénique. Le rythme des livraisons s’accélère, en phase avec la montée en puissance du carnet[5].

La ligne reste étroite : Naval Group doit absorber une charge historique, moderniser ses installations, recruter massivement, tenir les calendriers et répondre aux attentes sociales dans un contexte de tensions internes. L’équation industrielle est dense, l’équation sociale l’est tout autant.

Naval Group 2025 : commandes, carnet et tensions sociales

  • Naval Group affiche 18,9 milliards d'euros de commandes en 2025, soit un ratio commandes/CA de 4
  • Le carnet atteint 32 milliards d'euros, avec 53 % écoulé au-delà de 2029
  • Le 18 mars 2026, la CGT mobilise à Indret le jour où Macron baptise le porte-avions « France Libre »
  • Le groupe recrute plus de 2 000 personnes en 2026 après 4 500 embauches en trois ans
  • La 5e frégate FDI pour la France est notifiée le 31 mars 2026
  • Les accidents du travail avec arrêt ont baissé de 40 % en 2025
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur suit ce qui change concrètement dans le quotidien des Français. Droits des consommateurs, démarches administratives, nouvelles règles pratiques, services publics ou arnaques à éviter : elle part toujours d'un fait daté pour expliquer qui est concerné et quoi faire. Pédagogue et attachée aux sources officielles, elle écrit au service du lecteur, avec les bons réflexes à adopter.

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