Fahimeh Ponsonnaille vit à Vernon depuis quarante ans, enseigne dans l’Eure, et ne lâche rien. Cette ingénieure franco-iranienne, arrivée en France à 16 ans en 1986, garde un pied dans la résistance de son pays d’origine. Membre de l’association des femmes iraniennes en France, créée en 2004, elle suit au jour le jour ce qui se joue là -bas : la guerre, la répression, les corps qui tombent. Et elle alerte : les négociations entre Washington et Téhéran n’ont rien donné, le peuple iranien continue de payer le prix fort, et la situation humanitaire s’effondre.
Les frappes américaines et israéliennes ont cessé, les pourparlers ont commencé. Mais sur le terrain, rien ne bouge. Fahimeh Ponsonnaille le dit sans détour : on essaie encore de négocier avec un régime qui ne cède jamais, qui réprime à la moindre contestation, qui utilise la guerre comme prétexte pour tuer plus encore. Elle parle d’une hydre : vous coupez une tête, dix repoussent. Et pendant ce temps, le peuple iranien est coincé entre les bombardements et la matraque.
Massacres de janvier et guerre qui étouffe la contestation
En janvier, les rues se sont soulevées. Les manifestants étaient dehors, malgré les armes lourdes en face. Selon Fahimeh Ponsonnaille, il y a eu des massacres énormes, mais la guerre a mis fin à ce soulèvement. Les Iraniens se retrouvent pris entre deux menaces : se faire bombarder ou se faire abattre par le régime à la moindre protestation. Le soulèvement de masse, la résistance l’a compris, ne viendra peut-être pas tout de suite. Il faut s’organiser autrement, en sous-marin, par petites unités, comme les Français sous l’Occupation. C’est cette résistance structurée, dit-elle, qu’il faut soutenir.
Or ce soutien international affiché, il n’existe pas. Donald Trump avait promis de tout remettre à plat : finalement, il négocie. On croit pouvoir ramener le régime à la raison, explique l’enseignante vernonnaise. Impossible, selon elle. Ce régime est le pilier de l’instabilité régionale, et sa chute ne viendra que de l’intérieur, portée par une résistance organisée et appuyée de l’extérieur.
1 000 exécutions depuis le début de l’année, pendaisons publiques
La guerre a frappé les infrastructures iraniennes : eau, électricité, installations vitales. Des amis de Téhéran n’avaient plus d’eau, raconte Fahimeh Ponsonnaille. L’inflation explose, les gens ne peuvent plus se nourrir correctement[1]. Et le régime profite du prétexte de la guerre pour intensifier la répression. Près de 1 000 personnes ont été exécutées en Iran depuis le début de l’année. Certaines pendaisons ont été publiques, visant des insurgés de janvier.
Le peuple iranien est le premier perdant de ce conflit, insiste l’ingénieure installée dans l’Eure. Dégâts humains, infrastructures détruites, inflation galopante, coupures d’eau et d’électricité : la situation s’est encore dégradée avec la guerre[3]. Et tant que le régime ne tombera pas, prévient Fahimeh Ponsonnaille, ces crises reviendront, périodiquement, inévitablement.
Elle martèle un message : ni la guerre, ni la négociation. Les frappes ciblant les chefs du régime l’ont déstabilisé, ont semé le chaos, mais ne l’ont pas renversé. L’Iran reste debout, malgré les bombardements sur le champ gazier de South Pars en mars, malgré les dépôts pétroliers frappés, malgré les millions de déplacés. La seule issue, selon elle, c’est une résistance interne structurée, soutenue clairement par la communauté internationale. Le reste n’est que prolongation de l’agonie.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

