Les Hauts-de-France produisent aujourd’hui 46 % des légumes d’industrie français. Mais cette domination pourrait s’effondrer d’ici 2040. Une étude du centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture explore cinq scénarios pour la région, tous orientés à la baisse. Dans le pire d’entre eux, la production reculerait de 60 %.
Petits pois, carottes, haricots verts : 3 106 exploitations régionales cultivent ces légumes destinés à la conserverie et à la surgélation. La région représente 62 % de la production nationale de petits pois et 56 % de celle de carottes. Neuf sites industriels transforment ces volumes. Mais cette filière emblématique fait face à des tensions qui s’accumulent.
Le changement climatique et la ressource en eau constituent la première menace. L’eau manque, et quand elle manque, les agriculteurs tranchent : ils privilégient la pomme de terre, jugée plus rémunératrice que les légumes d’industrie. Cette concurrence directe pour les terres et l’irrigation pèse chaque année davantage sur les assolements.
De 15 % à 60 % de baisse selon les hypothèses
Les cinq scénarios étudiés par le ministère de l’Agriculture dessinent tous un recul[2]. Dans l’hypothèse la plus favorable, la production régionale baisserait d’au moins 15 % d’ici 2040. Dans la plus défavorable, marquée par l’accumulation des difficultés climatiques, économiques et sociales, la chute atteindrait 60 %. Le nombre de sites industriels pourrait alors passer de neuf à quatre.
Cette hypothèse la plus sombre repose sur une succession de déconvenues : accès à l’eau dégradé, difficultés financières des exploitations liées aux aléas du marché de la pomme de terre, durcissement de la réglementation sociale, hausse des coûts de production dans la transformation, baisse de la demande. La filière perdrait en compétitivité sur les marchés français et internationaux, la gouvernance collective s’étiolerait, les soutiens publics s’affaibliraient.
La moitié des exploitations à transmettre
Un autre défi menace la filière : le renouvellement des générations. Selon l’étude, la moitié des exploitations seront à transmetre d’ici 2040[2]. Qui reprendra ces fermes spécialisées, dans un contexte de pression croissante sur l’eau et de concurrence avec des cultures jugées plus rentables ?
Les auteurs de l’étude appellent à investir. Car malgré ces menaces, les Hauts-de-France restent un territoire stratégique pour la souveraineté alimentaire française. Premier bassin national de production de légumes d’industrie, la région concentre des savoir-faire et des infrastructures industrielles qu’aucun autre territoire ne peut remplacer à court terme. Mais sans adaptation rapide, cette position dominante pourrait s’effriter en quinze ans.
Sources
1 source · 2 faits vérifiés

