Troisième plus haut niveau historique : la France a engrangé 21,2 milliards d’euros de commandes d’armement à l’exportation en 2025, maintenant son rang de deuxième exportateur mondial.
Les chiffres tombent chaque année avec la régularité d’un rapport de mission. Cette fois, le ministère des Armées publie un bilan qui confirme la tendance : 21,2 milliards d’euros de prises de commandes d’armement à l’exportation en 2025, soit un niveau à peine inférieur à celui de 2024 (21,6 milliards) et nettement au-dessus du creux de 2023 (8,2 milliards). Seule l’année 2022 fait mieux, avec 26,9 milliards portés par la commande émiratie de 80 Rafale. Mais cette stabilité au-dessus de 20 milliards deux années consécutives dessine un plateau que Paris entend tenir.
L’industrie française de défense doit ce résultat à une série de contrats majeurs signés l’an dernier. L’Inde commande 26 avions Rafale Marine et leurs armements associés. L’Indonésie achète deux sous-marins Scorpène Evolved. La Grèce signe pour une quatrième frégate de défense et d’intervention, le Maroc pour des hélicoptères Caracal. S’ajoutent des contrats plus petits mais nombreux : un satellite de télécommunications militaires pour le Luxembourg, des véhicules Scorpion pour la Belgique et le Luxembourg, des canons Caesar pour la Slovénie, la Lituanie et la Croatie, des missiles Mistral pour la Belgique, Chypre, le Danemark, l’Estonie, Oman et la Roumanie, des missiles Mica VL pour le Danemark.
Le secteur aéronautique pèse environ 40 % des prises de commandes en 2025[1], notamment grâce au nouveau contrat Rafale de Dassault Aviation. Le naval représente 19 %, les missiles 18 %, les matériels terrestres 12 %, les radars et systèmes de communication 2 %. Le secteur des missiles enregistre la plus forte hausse, avec une progression de 15 % entre 2024 et 2025.
L’Asie moteur, l’Europe monte
La géographie des commandes reflète le basculement stratégique mondial. L’Asie représente environ 43 % des prises de commandes en 2025[4], contre environ 23 % en 2024. L’Inde pèse à elle seule 6,9 milliards d’euros, soit près d’un tiers du total. Les pays de l’Union européenne comptent pour environ 27 %, en hausse continue depuis 2022. Les autres pays européens hors UE représentent environ 9 %, le Proche et Moyen-Orient 6 %.
Cette montée européenne traduit le réarmement du continent depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Selon l’Institut international d’études stratégiques, les dépenses de défense mondiales ont augmenté d’environ 2,5 % en 2025 pour atteindre 2 630 milliards de dollars. Les États membres de l’Union européenne ont dépensé 381 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de plus de 62 % entre 2020 et 2025, d’après l’Agence européenne de défense.
| Zone | Part des commandes |
|---|---|
| Asie | ~ 43 % |
| Union européenne | ~ 27 % |
| Autres pays européens | ~ 9 % |
| Proche et Moyen-Orient | ~ 6 % |
Source : Touteleurope.eu
Le socle des petits contrats gonfle

Le ministère des Armées souligne un point souvent négligé : au-delà des contrats emblématiques, le montant 2025 des prises de commandes repose également sur un socle de contrats inférieurs à 200 millions d’euros, dont le nombre est en forte croissance. Le montant cumulé de ces opérations s’élève à environ 7 milliards d’euros, soit 1 milliard de plus qu’en 2024. Il correspond principalement à des activités de maintien en condition opérationnelle, de formation ou de modernisation, qui découlent de contrats antérieurs.
Ces flux récurrents constituent une rente stratégique pour les industriels français. Ils assurent une charge de travail stable, moins visible que les grands contrats mais souvent plus rentable. Ils ancrent aussi la présence française dans la durée : un pays qui achète un système d’armes français achète aussi, pour vingt ou trente ans, des pièces détachées, des mises à jour logicielles, des formations de pilotes ou de mécaniciens.
Pourquoi la France veut tenir son rang mondial
Deuxième rang mondial, mais pour combien de temps ?
Selon les données SIPRI 2021-2025, la France occupe désormais le rang de deuxième exportateur mondial d’armes majeures[5], avec une part de 9,8 %, devant une Russie absorbée par son propre effort de guerre et derrière les seuls États-Unis. Ce classement valide une décennie d’efforts industriels et commerciaux. Mais il ne dit rien de la compétition à venir.
Le rapport au Parlement insiste sur le lien entre exportations et souveraineté. Les exportations, écrit le ministère, constituent un levier indispensable au maintien d’une base industrielle. Elles sont de nature à convaincre les industriels de financer les investissements nécessaires, pour renforcer leur réactivité et leur compétitivité et accélérer leurs cadences de production. Le secteur de la défense représente 240 000 emplois répartis sur tout le territoire français.
Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, formulait l’enjeu en ces termes : l’économie de guerre que nous mettons en Å“uvre doit aussi rendre notre industrie de défense plus compétitive sur le marché export, particulièrement en termes de délais et de prix, quand se joue une compétition brutale à l’heure où le monde se réarme.
La concurrence s’intensifie

La stabilité apparente des chiffres français masque une recomposition du paysage mondial. L’Allemagne, la Corée du Sud, la Turquie, Israël intensifient leurs efforts commerciaux. Les États-Unis, eux, n’ont jamais quitté la première place. Les marges de manÅ“uvre françaises se resserrent : les délais de production s’allongent, les prix augmentent, les concurrents proposent des financements agressifs ou des transferts de technologie que Paris ne peut ou ne veut pas toujours égaler.
Le réarmement européen offre un débouché de proximité, mais il attise aussi la concurrence entre Européens. Chaque pays veut renforcer sa propre base industrielle. Les coopérations affichées (SCAF, MGCS, patrouilleurs européens) peinent souvent à masquer les divergences d’intérêts. La France vend à la Grèce, l’Allemagne à la Pologne, l’Italie à l’Égypte : le marché européen reste fragmenté, et chacun joue sa carte.
Les 21,2 milliards d’euros de 2025 constituent donc un palier, pas un acquis. Tenir ce niveau suppose de livrer les commandes à temps, de conquérir de nouveaux clients, de maintenir la compétitivité technique et financière. Le Rafale reste un atout, mais il vieillit. Les sous-marins Scorpène se vendent bien, mais la concurrence allemande et coréenne progresse. Les missiles MBDA tiennent leur rang, mais les Américains, les Israéliens, les Coréens ne relâchent pas la pression.
La France conserve son rang de deuxième exportateur mondial en 2025. La question n’est plus de savoir si elle le mérite, mais combien de temps elle pourra le garder sans investir davantage dans sa capacité à produire vite, en volume et à prix compétitif.
Exportations d'armes 2025 : les chiffres de la France
- La France a enregistré 21,2 milliards d'euros de prises de commandes d'armement en 2025, troisième plus haut niveau historique
- L'Asie représente 43 % des commandes françaises en 2025, portée par un contrat indien de 26 Rafale Marine
- Les contrats inférieurs à 200 millions d'euros totalisent 7 milliards d'euros, en hausse de 1 milliard par rapport à 2024
- Le secteur aéronautique pèse 40 % des prises de commandes, le naval 19 %, les missiles 18 %
- La France occupe le deuxième rang mondial des exportateurs d'armes majeures avec 9,8 % de part de marché selon SIPRI
- Le secteur de la défense représente 240 000 emplois répartis sur le territoire français
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

