Il n’a suffi d’exposer que 5 % des termites à une substance expérimentale pour que tout leur groupe meure en 90 jours. Ce résultat obtenu en laboratoire ouvre la voie à des traitements localisés du bois, potentiellement moins contraignants qu’une intervention sur l’ensemble d’un bâtiment.
La méthode exploite deux particularités de ces insectes : leur obligation de muer et leur habitude de partager nourriture et matières biologiques au sein de la colonie. Elle reste toutefois au stade de la recherche et ne constitue pas encore une solution directement utilisable dans une habitation française.
Un produit qui empêche les termites de renouveler leur carapace
La substance testée, appelée bistrifluron, appartient à la famille des inhibiteurs de synthèse de la chitine. Cette matière naturelle participe à la formation de l’exosquelette rigide qui protège les insectes et sert de point d’ancrage à leurs muscles.
Or cette enveloppe ne grandit pas avec le termite. Au cours de sa vie, l’animal doit muer environ sept fois, abandonnant son ancienne carapace pour en fabriquer une nouvelle. Le bistrifluron bloque précisément cette reconstruction : au moment de la mue, le termite ne dispose plus d’une enveloppe protectrice viable.
Le produit agit donc progressivement. Les chercheurs ont d’abord observé une baisse de l’activité et de l’alimentation, avant la mort des insectes lors de leur prochaine mue. Avec du bois traité en permanence à une concentration de 0,1 %, la mortalité a atteint environ 99 % après 60 jours.
Le comportement social propage la substance

Le résultat le plus marquant apparaît lorsque seule une petite partie de la colonie entre en contact avec le traitement. Les termites échangent régulièrement des aliments, des nutriments et des microbes indispensables à la digestion du bois.
Grâce à de la nourriture colorée, l’équipe a constaté que des matières provenant des insectes exposés atteignaient leurs congénères non traités en seulement 24 à 48 heures. Dans les groupes où un termite sur vingt avait initialement rencontré le bistrifluron, la mortalité a finalement atteint 100 % au 90e jour.
Cette lenteur peut devenir un avantage : un insecticide immédiat supprimerait les premiers individus avant qu’ils aient le temps de rejoindre la colonie. Ici, les termites contaminés continuent temporairement à circuler et à transmettre une dose active à ceux qui restent cachés.
Une alternative possible aux traitements de tout un bâtiment
Les expériences portent sur le termite occidental du bois sec, une espèce capable de vivre entièrement dans des poutres, des charpentes ou des meubles. Contrairement aux termites souterrains, sa colonie n’a pas besoin de rester reliée au sol, ce qui complique sa détection et son élimination.
Dans un essai laissant aux insectes le choix entre du bois traité et du bois intact, le bistrifluron a entraîné 95,7 % de mortalité. Ces performances laissent entrevoir des injections localisées ou des appâts capables d’atteindre une colonie dissimulée, sans nécessairement traiter toute la structure.
Une telle approche pourrait limiter plusieurs contraintes associées aux fumigations intégrales :
- l’obligation pour les occupants de quitter temporairement les lieux ;
- la protection ou le retrait des aliments ;
- l’absence de protection durable contre une nouvelle infestation.
Les chercheurs envisagent aussi que la substance puisse rester active quelque temps dans le bois, mais cette éventuelle protection devra être confirmée dans des conditions réelles.
Pourquoi ce traitement n’est pas encore prêt pour les maisons
Ces résultats proviennent de petits groupes étudiés en laboratoire. Ils ne prouvent pas qu’une colonie installée dans un bâtiment entier réagirait exactement de la même manière.
La formulation pose également problème. Pour leurs essais, les scientifiques ont dissous le bistrifluron dans de l’acétone, puis laissé le solvant s’évaporer sur les morceaux de bois. Son odeur et son caractère inflammable rendent cette méthode inadaptée à un usage domestique courant. Un autre support devra donc être mis au point.
À retenir : le bistrifluron pourrait permettre de combattre les termites en retournant leur mue et leur vie sociale contre eux. Mais face à des traces suspectes dans une charpente ou un meuble, il ne faut pas tenter de reproduire l’expérience : la piste reste expérimentale et la présence d’une colonie active doit être évaluée par un professionnel.

