Des analyses chimiques et isotopiques ont permis de retracer l’origine de cinq anciens lingots de cuivre découverts au Malawi : leur métal provient de Kipushi, en République démocratique du Congo, à environ 790 km à vol d’oiseau.
Le résultat apporte une nouvelle preuve de l’ampleur des échanges à longue distance en Afrique australe avant la période coloniale. L’étude, publiée en 2026 dans le Journal of Archaeological Science: Reports, reconstitue aussi un itinéraire possible beaucoup plus long, utilisant notamment les fleuves Kafue et Zambèze.
- Cinq lingots de cuivre découverts au Malawi en 1967 proviennent d'une mine du Congo à 790 km.
- Les analyses isotopiques du plomb ont permis de retracer cette origine avec précision.
- Le trajet réel aurait pu emprunter les fleuves Kafue et Zambèze sur environ 1 200 km.
Un trésor de huit lingots découvert sous un arbre en 1967
L’histoire commence en 1967, dans le village de Chombe, au centre du Malawi. Huit lingots de cuivre en forme de X y sont découverts enfouis sous un arbre. Trois ont depuis disparu et cinq sont encore conservés.
Ces objets appartiennent au type HXR, une famille de lingots dont plusieurs centaines d’exemplaires ont été retrouvés notamment en Zambie et au Zimbabwe. Leur chronologie reste toutefois imprécise. Les chercheurs les rattachent globalement à une période comprise entre le XIVe et la fin du XVIIIe siècle, tout en soulignant que les lingots de Chombe ont pu être refondus plus tard.
En 2024, l’équipe dirigée par Jay Stephens a prélevé des échantillons sur les cinq exemplaires disponibles. Les résultats ont été publiés en ligne le 3 juin 2026 dans une étude du Journal of Archaeological Science: Reports.
du cuivre extrait dans l'actuelle République démocratique du Congo pouvait parvenir jusqu'au centre du Malawi
Les isotopes du plomb désignent la mine de Kipushi
Pour identifier la provenance du cuivre, les scientifiques ont combiné une analyse chimique par spectrométrie de masse et l’étude des isotopes du plomb. Les proportions entre différents isotopes constituent une sorte de signature géologique permettant de comparer le métal d’un objet avec des minerais connus.
Les cinq lingots présentent une signature compatible avec le gisement de Kipushi, près de Lubumbashi, en République démocratique du Congo. Les auteurs concluent que les cinq objets ont été fabriqués à partir de cuivre provenant de ce gisement.
Cette origine est particulièrement instructive car Chombe se trouve à environ 790 km de Kipushi en ligne droite. De précédents travaux avaient déjà montré que du cuivre issu de la Copperbelt circulait sur de grandes distances en Afrique australe. Une étude scientifique publiée en 2023 dans PLOS One avait notamment retracé la provenance de lingots retrouvés en Zambie et au Zimbabwe.
Un voyage qui aurait pu atteindre environ 1 200 km
La route réellement empruntée par les lingots de Chombe n’est pas connue. Les chercheurs distinguent donc clairement le résultat établi par les analyses, l’origine du cuivre, de leur reconstruction du trajet, qui reste une hypothèse.
Une route terrestre directe est possible. Mais l’équipe propose un autre scénario : le cuivre aurait pu descendre le Kafue en pirogue, rejoindre le Zambèze, poursuivre vers l’est jusqu’à la région de Cahora Bassa, au Mozambique, puis gagner le centre du Malawi par voie terrestre. Un tel parcours représenterait environ 1 200 km, dont plus de 220 km sur terre dans sa dernière partie.
Un itinéraire plus long pouvait présenter un avantage pratique : transporter une marchandise lourde sur des voies navigables plutôt que sur plusieurs centaines de kilomètres de pistes. Les auteurs présentent néanmoins cette route fluviale comme une reconstruction plausible, et non comme un trajet démontré directement par les analyses.
Des lingots probablement refondus pendant leur circulation

Les objets de Chombe présentent une autre particularité. Ils sont nettement plus minces et plus légers que les lingots HXR habituels. Leur fabrication indique également l’utilisation d’un moulage dans le sable, une technique qui n’avait pas été identifiée jusqu’ici sur les autres exemplaires HXR étudiés.
Les chercheurs en déduisent que des lingots plus conventionnels ont probablement été refondus à un moment de leur parcours. En revanche, ils ne peuvent pas déterminer précisément où cette opération a eu lieu ni pourquoi les cinq objets ont finalement été cachés sous un arbre à Chombe.
Leur enfouissement demeure donc inexpliqué. Mais leur composition livre désormais une information solide : plusieurs siècles avant les réseaux de transport contemporains, du cuivre extrait dans l’actuelle République démocratique du Congo pouvait parvenir jusqu’au centre du Malawi. Les analyses isotopiques permettent aujourd’hui de retrouver la trace de ces échanges à travers des objets restés enfouis pendant des générations.
Questions fréquentes
Comment les scientifiques ont-ils identifié l'origine du cuivre des lingots ?
Ils ont combiné une analyse chimique par spectrométrie de masse et l’étude des isotopes du plomb. Les proportions entre différents isotopes constituent une signature géologique permettant de comparer le métal d’un objet avec des minerais connus.
Pourquoi les lingots de Chombe sont-ils différents des autres lingots HXR ?
Ils sont nettement plus minces et plus légers que les lingots HXR habituels et utilisent un moulage dans le sable, une technique non identifiée jusqu’ici sur les autres exemplaires. Les chercheurs en déduisent que des lingots plus conventionnels ont probablement été refondus lors de leur parcours.
Pourquoi les lingots auraient-ils pu emprunter une route fluviale plus longue ?
Un itinéraire plus long pouvait présenter un avantage pratique : transporter une marchandise lourde sur des voies navigables plutôt que sur plusieurs centaines de kilomètres de pistes terrestres.

