Une béluga atteinte d’une pneumonie chronique résistante à plusieurs antibiotiques a été traitée aux États-Unis avec des bactériophages, des virus capables de cibler certaines bactéries. Plus d’un an après le traitement, son équipe vétérinaire ne rapporte pas de récidive.
Le cas concerne Jetta, une femelle béluga âgée de 11 ans vivant au Mystic Aquarium, dans le Connecticut. Son infection pulmonaire était provoquée par une souche d’Escherichia coli multirésistante. Face à l’efficacité insuffisante des antibiotiques, les vétérinaires de l’aquarium et des spécialistes de l’Université de Floride ont sélectionné des bactériophages dirigés contre la bactérie responsable.
- Une béluga traitée aux bactériophages contre une pneumonie résistante aux antibiotiques n'a montré aucune récidive après plus d'un an.
- Les phages ont été administrés par nébuliseur spécialisé trois fois par jour via l'évent de l'animal.
- En France, la phagothérapie reste très encadrée et n'est autorisée que de manière exceptionnelle pour certaines infections.
Des virus administrés directement par l’évent du béluga
Les bactériophages sont des virus qui infectent des bactéries spécifiques. Dans le cas de Jetta, le traitement a notamment été administré sous forme d’aérosol grâce à un nébuliseur spécialement adapté à son évent.
L’animal avait été entraîné à rejoindre le bord du bassin et à inspirer profondément dans le dispositif. Cette administration était réalisée trois fois par jour. Selon l’équipe vétérinaire, le traitement remonte désormais à plus d’un an et aucune récidive de l’infection ni effet indésirable attribué à la phagothérapie n’a depuis été observé.
Aucune récidive de l'infection ni effet indésirable attribué à la phagothérapie n'a depuis été observé.
Un résultat encourageant, mais pas encore une preuve clinique

Ce cas reste à interpréter avec prudence. Il concerne un seul animal et, au 27 septembre 2026, les résultats détaillés n’ont pas encore fait l’objet d’une publication scientifique évaluée par les pairs. L’équipe prépare cette publication et doit présenter ses travaux lors d’un symposium consacré aux phages à l’Université de Floride.
Il est donc prématuré d’en déduire qu’une administration comparable serait efficace chez l’être humain. Le résultat attire néanmoins l’attention sur deux pistes de recherche : l’utilisation de phages sélectionnés contre une bactérie résistante et leur administration directement dans les voies respiratoires par nébulisation.
En France, la phagothérapie reste très encadrée
La phagothérapie n’est pas un traitement courant des infections humaines en France. Le ministère chargé de la Santé rappelle dans son point sur la phagothérapie que les phages ciblent et détruisent sélectivement des bactéries et qu’ils sont principalement envisagés en dernier recours. Des études cliniques supplémentaires restent nécessaires pour mieux établir leur efficacité et leur tolérance.
Depuis 2022, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé autorise un accès compassionnel à certains bactériophages anti-Staphylococcus aureus dans des situations précises d’infections osseuses et ostéo-articulaires graves. Il ne s’agit donc pas d’une autorisation générale de la phagothérapie contre toutes les infections résistantes.
Une filière française se développe en 2026

La recherche française progresse toutefois dans ce domaine. Les Hospices Civils de Lyon ont annoncé en juin 2026 avoir reçu de l’ANSM une autorisation permettant de fabriquer des phages thérapeutiques selon les bonnes pratiques de fabrication. Le CHU développe également le programme de recherche THERAPhage, qui doit notamment évaluer de nouvelles formulations et sélectionner des phages actifs contre certaines bactéries.
Le traitement de Jetta constitue ainsi un cas vétérinaire singulier plutôt qu’une nouvelle thérapie disponible pour les patients français. Son intérêt scientifique réside surtout dans l’association d’un phage choisi contre une bactérie résistante et d’une administration respiratoire ciblée. Il faudra attendre la publication complète des travaux pour connaître précisément le protocole utilisé et la portée de ce résultat.
Questions fréquentes
Pourquoi ce traitement a-t-il été choisi pour Jetta plutôt que des antibiotiques ?
L’infection pulmonaire de Jetta était provoquée par une souche d’Escherichia coli multirésistante. Face à l’efficacité insuffisante des antibiotiques, les vétérinaires ont sélectionné des bactériophages dirigés contre cette bactérie spécifique.
Pourquoi faut-il rester prudent face à ce résultat ?
Ce cas concerne un seul animal et les résultats détaillés n’ont pas encore fait l’objet d’une publication scientifique évaluée par les pairs au 27 septembre 2026. Il est donc prématuré d’en déduire qu’une administration comparable serait efficace chez l’être humain.
Quelle progression la phagothérapie connaît-elle en France en 2026 ?
Les Hospices Civils de Lyon ont reçu de l’ANSM une autorisation permettant de fabriquer des phages thérapeutiques selon les bonnes pratiques de fabrication. Le CHU développe également le programme de recherche THERAPhage pour évaluer de nouvelles formulations et sélectionner des phages actifs contre certaines bactéries.

