Les dirigeants français et allemand ont acté l’abandon du programme SCAF, le chasseur de nouvelle génération censé remplacer le Rafale et l’Eurofighter à l’horizon 2040.
C’est officiel depuis le 8 juin 2026. Paris et Berlin ont convenu de mettre fin au Future Combat Air System (SCAF/FCAS), selon des sources officielles citées par Reuters [3]. Un projet lancé en juillet 2017, auquel l’Espagne s’était jointe en 2019, et dont le budget total était estimé à 100 milliards d’euros [4][5].
Aucune des trois capitales n’avait formellement prononcé l’annulation ces derniers mois, mais la réalité industrielle avait déjà rendu l’exercice caduc. Dassault Aviation et Airbus, les deux maîtres d’oeuvre désignés, ne voulaient plus travailler ensemble [4].
Dassault contre Airbus : neuf ans de méfiance réciproque
Le conflit entre les deux industriels concentre l’essentiel des blocages. Dassault réclamait la direction pleine du programme, le dernier mot sur les spécifications techniques et le choix des sous-traitants. “J’ai dit dès le début que je voulais un leadership clair”, avait martelé Eric Trappier, PDG de Dassault, soupçonnant Airbus de chercher à capter les savoir-faire de l’avionneur français via le SCAF [4]. De son côté, Airbus était accusé par Dassault de “torpiller” le projet, ce que le groupe européen contestait [1].
Derrière ce conflit de personnes, la question de fond était posée depuis le début : deux concurrents directs sur le marché des avions de combat, l’un avec le Rafale, l’autre avec l’Eurofighter, pouvaient-ils sincèrement vouloir un appareil commun [4] ?
En février 2026, le chancelier Friedrich Merz avait ouvert la porte à un retrait allemand, signalant que Berlin n’avait pas nécessairement besoin des mêmes chasseurs que la France [2]. Emmanuel Macron avait tenté une médiation en mars, annonçant vouloir forcer une résolution rapide après un dîner de travail avec Merz à Bruxelles. Une décision politique était alors attendue mi-avril, repoussée une nouvelle fois depuis décembre 2025 [1]. Elle n’est jamais venue.
Un symbole de la coopération européenne de défense qui s’effondre
Le SCAF n’était pas seulement un programme d’armement. Il était présenté comme le baromètre de la coopération franco-allemande en matière de défense et de sécurité, à l’heure où les deux pays cherchaient à afficher un front commun face à la Russie et au désengagement américain [1].
Sa disparition intervient dans un contexte singulier : Berlin a massivement réarmé depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 et ambitionne de jouer un rôle central au sein de l’OTAN [2]. La France, de son côté, perd le levier industriel qu’aurait représenté un programme commun de cette ampleur.
La question qui s’ouvre désormais est celle des alternatives. Dassault poursuivra-t-il seul le développement d’un successeur au Rafale ? L’Allemagne se tournera-t-elle vers le programme britannique Tempest ou vers une solution nationale ? Les sources disponibles ne permettent pas encore de trancher.
Sources
5 sources vérifiées · 11 faits sourcés
