Robotique, intelligence artificielle, spatial : l’Europe accumule les retards pendant que son industrie manufacturière recule et que les ouvertures de sites s’effondrent.
Le constat est brutal. En 2024, la production industrielle a reculé de 3 % dans la zone euro. La valeur ajoutée manufacturière française ne représente plus que 9,3 % du PIB, contre 19 % en Allemagne et 26 % en Corée du Sud. Ce décrochage industriel s’accompagne d’une hémorragie de la création de valeur dans les secteurs technologiques de pointe.
Sur le front de la réindustrialisation, les signaux virent au rouge. Le mouvement de réouverture de sites s’essouffle avec seulement 89 ouvertures nettes, contre 189 l’année précédente. Dans le même temps, les fermetures s’accélèrent : 238 restructurations majeures en un an, soit 53 % de plus qu’en 2023.
Robotique humanoïde : Nvidia dicte les règles, l’Europe suit
La robotique humanoïde cristallise le problème. Au CES 2026, c’est Lisa Su d’AMD qui présentait le robot de l’italien Generative Bionics, équipé d’une puce IA américaine. Le cerveau des robots de demain se fabrique outre-Atlantique, pas à Stuttgart ni à Grenoble. Nvidia a certes scellé en mars 2026 un partenariat avec trois fabricants européens de semi-conducteurs, STMicroelectronics, NXP et Infineon, pour avancer sur l’IA physique dédiée à la robotique. Mais ce rapprochement place les Européens en position de sous-traitants du champion américain plutôt qu’en concurrents [2].
André Loesekrug-Pietri, président de la Joint European Disruptive Initiative, Luca de Meo, directeur général de Kering, Geoffroy Roux de Bezieux et Alexandre Saubot, président de France Industrie, l’écrivent sans détour dans Les Echos : la robotique portée par l’IA pourrait devenir le levier d’une réindustrialisation ambitieuse, à condition que l’Europe saisisse ce virage plutôt que de le regarder passer [1].
La France forte en science, fragile en industrie
La France ne reste pas les bras croisés. Cinq projets de recherche ont été structurés autour d’un programme national, dont le projet CÅ“ur-IA-Robotique, consacré à l’intégration de l’IA dans les systèmes robotiques. La recherche académique tient la distance [5].
Mais Laurence Devillers, professeure à la Sorbonne et chercheuse en IA et éthique, dresse un diagnostic sévère : dans le domaine des “world models”, la France est forte sur le plan scientifique, fragile sur le plan industriel et infrastructurel. La capacité à transformer la recherche en licornes exportatrices reste le maillon manquant. Entre la puissance scientifique française et les capacités de déploiement industriel à grande échelle, le fossé ne se comble pas à coups de programmes de recherche seuls [3].
Le vrai enjeu n’est pas de produire des publications, mais de construire des entreprises capables de tenir tête à Boston Dynamics, Figure AI ou aux constructeurs humanoïdes chinois. Sur ce terrain, l’Europe produit encore des miettes.
Sources
4 sources vérifiées · 4 faits sourcés
