Faute de repreneur extérieur, la direction de Fibre Excellence a déposé elle-même une offre de reprise. Le tribunal de commerce de Toulouse se prononce le 17 juin sur l’avenir du dernier fabricant français de pâte à papier marchande.
Personne ne s’est manifesté. Aucune offre externe n’est parvenue au tribunal avant l’échéance. C’est donc la direction du groupe elle-même qui a pris les devants, en soumettant in extremis son propre projet de reprise. Le tribunal de commerce de Toulouse devra trancher le 17 juin.
Derrière ce dossier, deux usines et 670 salariés : le site de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, et celui de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône. Ces deux sites génèrent plus de 10 000 emplois indirects dans la filière forêt-bois-papier et logistique. L’enjeu dépasse largement les murs des deux usines.
Une nouvelle entité adossée aux régions Occitanie et Sud
L’offre portée par la direction prévoit la création d’une structure nouvelle, destinée à reprendre l’intégralité des actifs et des salariés du groupe. Ce véhicule s’appuierait sur un pacte d’actionnaires mêlant investisseurs privés et collectivités publiques, dont les régions Occitanie et Sud. Plusieurs lettres d’intention d’investisseurs ont d’ores et déjà été intégrées au dossier. La direction se donne jusqu’au 10 juillet pour boucler les engagements fermes du volet privé. [4]
« N’ayant eu connaissance d’aucune offre externe à ce jour, la direction de Fibre Excellence a décidé de s’engager tant pour ses salariés que pour la pérennité de la filière bois-papier, et pour assurer la souveraineté de la France sur un produit aussi essentiel que la pâte à papier. »
Fibre Excellence est le premier acheteur français de matières ligneuses, avec deux millions de tonnes de bois achetées chaque année. Si les usines ferment, c’est toute la filière qui vacille. Le PDG Jean-François Guillot l’a dit sans détour : plusieurs sites ont déjà fermé dans le secteur bois-papier cette année. [1]
Cessation de paiements, actionnaire en retrait : le chemin de croix du groupe
Le groupe s’est déclaré en cessation de paiement le 15 avril devant le tribunal de commerce de Toulouse, après avoir épuisé ses réserves de trésorerie. [5] Dans la foulée, l’actionnaire a signifié à l’État son refus de continuer à financer les deux sites. 700 emplois se sont retrouvés en suspens du jour au lendemain. [3]
Les racines du problème sont économiques. Le prix du bois a bondi de près de 50 % en cinq ans. L’an dernier, le déséquilibre du tarif de rachat de l’électricité a coûté 35 millions d’euros au groupe. Fibre Excellence produit de l’électricité à partir de la vapeur issue de la biomasse et la revend à l’État : or ce prix de rachat n’a pas suivi la hausse du coût de la matière première. Sans indexation, la direction estimait n’entrevoir “aucune issue positive”.
Carole Delga en première ligne, l’État sous pression
La présidente de la région Occitanie, Carole Delga, ne cache pas son impatience. “Je suis excédée de l’immobilisme de l’État. Par inaction politique, on va laisser mourir une filière et on va dépendre de la production chinoise”, a-t-elle déclaré lors d’un rassemblement devant l’usine de Saint-Gaudens. Elle a demandé au Premier ministre Sébastien Lecornu d’établir “en urgence un avenant qui réhausse de 20 % le prix de rachat de l’électricité de Fibre Excellence”. [1]
Du côté du gouvernement, le ministre délégué à l’Industrie a consenti à formuler une proposition sur ce tarif. C’est la première fois que l’État soumet une révision du prix de rachat, au cœur des difficultés structurelles du groupe. La fenêtre reste étroite : l’audience du 17 juin approche, et la direction n’a que jusqu’au 10 juillet pour présenter un tour de table privé solide.
Sources
4 sources · 5 faits sourcés
