Plus de 20 groupes du CAC 40 affichent un taux moyen d’imposition sur les bénéfices de 28,8 %. TotalEnergies, elle, dépasse les 40 %, relançant le débat sur la taxation des multinationales.
L’écart est frappant. Alors que la grande majorité des fleurons du CAC 40 s’acquittent d’un taux effectif d’impôt sur les sociétés inférieur à 30 %, TotalEnergies supporte une charge fiscale de plus de 40 % sur ses bénéfices. Un chiffre qui prend un relief particulier depuis que le groupe a publié ses résultats du premier trimestre, avec un bénéfice net en hausse à 4,96 milliards d’euros.
Ce résultat record ravive les critiques de LFI, qui qualifie l’entreprise de « profiteuse de guerre ». Le groupe, de son côté, invoque la faible rentabilité de ses raffineries françaises pour expliquer sa fiscalisation limitée en France. La nuance est de taille : un taux global élevé ne dit rien de la répartition géographique de l’impôt payé.
28,8 % en moyenne, mais des écarts considérables selon les groupes
Le taux moyen de 28,8 % constaté sur plus de 20 entreprises du CAC 40 se compare au taux légal de l’impôt sur les sociétés en France, fixé à 25 %. L’écart tient aux spécificités sectorielles, à la structure internationale des groupes et aux régimes fiscaux propres à chaque pays d’implantation. Les multinationales optimisent légalement leur charge fiscale en jouant sur ces différences, ce que le cadre actuel leur permet largement.
Selon Le Monde, la marge opérationnelle courante du CAC 40 est passée de 9,3 % en moyenne sur la période 2015-2019 à 13,1 % en 2023, pendant que la croissance de l’économie française plafonnait à 0,9 % [2]. Le chiffre d’affaires cumulé des 40 valeurs atteignait 1 600 milliards d’euros en 2024, soit près de 50 % de plus que la moyenne des années 2010.
TotalEnergies, LFI et le retour du débat sur les superprofits
Les résultats de TotalEnergies ont remis en circulation une proposition que la gauche porte depuis plusieurs années : taxer les superprofits des grandes entreprises énergétiques. Après l’échec d’une première tentative en 2023, le Parti socialiste remet une idée sur la table. La piste d’une réforme plus profonde viendrait plutôt de l’ONU que de l’OCDE, dont l’impôt mondial minimum a montré ses limites.
C’est dans ce contexte que l’Assemblée nationale a adopté, lors du budget 2026, une mesure inspirée d’Attac et de l’économiste Gabriel Zucman : un « impôt universel » sur les multinationales qui garantirait un taux d’imposition de 25 % sur la part des bénéfices mondiaux imposée en France. Ses défenseurs estiment qu’il pourrait rapporter 26 milliards d’euros au budget de l’État [4]. Le texte, porté par LFI, a recueilli les voix de l’ensemble des groupes de gauche et du Rassemblement national, soit 207 voix contre 89.
Le gouvernement en résistance, les entreprises sur le qui-vive
Le ministre de l’Économie Roland Lescure a voté contre, estimant que la mesure représenterait « 20 milliards d’ennuis » pour la France, signataire de plus de 125 conventions fiscales bilatérales. Une entreprise étrangère pourrait attaquer l’État français devant les tribunaux en invoquant une double taxation, a-t-il averti. Bruno Retailleau, président des Républicains, a dénoncé la « folie fiscale » et « l’alliance entre le RN et LFI » sur cet amendement.
Pour les dirigeants d’entreprise, le signal est clair. Selon l’analyse publiée par Investir-Les Échos, « après plusieurs années de stabilité fiscale pour les entrepreneurs, le budget 2026 acte d’une certaine bascule » [5]. Les modifications restent pour l’heure contenues, mais elles ouvrent la voie à une hausse globale de l’imposition dans les prochaines années.
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
