Le directeur général de KNDS a réaffirmé l’ambition de construire une défense européenne crédible, à l’heure où les projets communs franco-allemands traversent de sérieuses turbulences.
La déclaration tranche avec l’ambiance qui règne autour des grands programmes bilatéraux. «Nous sommes là pour construire une défense européenne crédible», a affirmé le directeur général de KNDS, le constructeur franco-allemand de blindés et de systèmes terrestres né du rapprochement entre Nexter et Rheinmetall.
Le discours sonne comme une profession de foi autant que comme une réponse aux doutes qui s’accumulent sur la viabilité de l’édifice. Car derrière la formule, les faits racontent une autre histoire.
Le MGCS en état de mort clinique, KNDS sous tension
Le Main Ground Combat System, char du futur franco-allemand censé succéder au Leclerc et au Leopard 2, n’est plus qu’une coquille vide. Le projet, présenté à l’origine comme le pendant terrestre du SCAF, a quasiment disparu des agendas industriels. Pour KNDS, c’est un coup dur : le MGCS était le «cadeau de mariage» qui justifiait la structure commune, la perspective de développement qui donnait un sens à la coentreprise [3].
Sans lui, le déséquilibre entre les deux composantes nationale de KNDS devient difficile à tenir. Du côté allemand, la France est perçue comme un actionnaire passif : présente au capital, peu visible dans les commandes nationales, absente des grands projets de développement. La formule circule dans les cercles industriels : Paris ferait figure de «passager clandestin» [3].
L’Allemagne, de son côté, a affiché clairement ses ambitions. Berlin entend devenir le chef de file des «technologies aéronautiques militaires de pointe» en Europe, selon une orientation stratégique rendue publique début juin [3]. Une ambition qui percute frontalement la logique française du SCAF, programme dans lequel Paris revendique le leadership.
Le SCAF, terrain d’une rivalité qui s’assume
Le Système de combat aérien du futur concentre les mêmes tensions. Un ancien PDG d’Airbus a qualifié d’«erreur stratégique» le choix de Berlin de s’allier avec Paris pour ce programme [4]. La critique, venue d’un acteur qui connaît les deux industries de l’intérieur, illustre la profondeur du fossé.
Le chef de la diplomatie française avait insisté en février sur la dimension «politique» du SCAF, signe que Paris cherche à maintenir l’ancrage franco-allemand du programme face aux pressions centrifuges [1]. Mais la volonté politique ne suffit pas quand les intérêts industriels divergent aussi ouvertement.
La déclaration du directeur général de KNDS s’inscrit dans ce contexte : affirmer que la coopération reste la voie, quand les deux principaux projets censés l’incarner sont soit moribonds, soit contestés. L’enjeu n’est pas seulement industriel. Aucune nation européenne ne dispose seule de tous les moyens nécessaires pour faire face à un conflit de haute intensité et de longue durée, rappelle l’analyse publiée par Zone Militaire [3]. La coopération reste une nécessité structurelle, même quand les partenaires tirent à hue et à dia.
Sources
3 sources · 6 faits sourcés
