EDF candidate à un projet nucléaire de 12,8 milliards d’euros au Royaume-Uni, combinant un réacteur de petite taille et un data center. Une configuration inédite qui illustre la convergence entre énergie décarbonée et besoins numériques croissants.
Le chiffre est conséquent : 12,8 milliards d’euros. C’est l’enveloppe du projet sur lequel EDF se positionne au Royaume-Uni, selon les informations disponibles à la date de publication. Le groupe français entend y déployer un SMR, un petit réacteur modulaire, directement couplé à un data center. L’idée : produire une électricité pilotable, bas-carbone, au plus près d’un site fortement consommateur.
Un SMR au service d’un data center : la logique du projet britannique
Les data centers figurent parmi les infrastructures les plus voraces en énergie. Alimenter directement l’un d’eux via un réacteur modulaire, c’est court-circuiter la volatilité du réseau et garantir une puissance stable. C’est précisément ce que vise ce projet au Royaume-Uni, où la demande en capacité de calcul explose avec l’essor de l’intelligence artificielle et des services cloud.
Les SMR sont des réacteurs de puissance réduite, conçus pour être fabriqués en série et installés sur des sites plus contraints qu’une centrale classique. EDF développe sa propre filière dans ce domaine, en compétition avec plusieurs industriels britanniques, américains et coréens qui courtisent eux aussi ce marché.
EDF face à une concurrence internationale sur le marché des SMR
Le Royaume-Uni constitue l’un des terrains les plus actifs pour les SMR en Europe. Londres a engagé un programme de sélection des technologies, et plusieurs acteurs s’y affrontent. EDF y dispose d’une implantation historique via EDF Energy, opérateur de plusieurs centrales nucléaires britanniques. Cette présence locale est un argument, mais ne suffit pas à écarter des concurrents mieux avancés sur la certification de leur design.
Le montant de 12,8 milliards d’euros place ce chantier dans la catégorie des grands projets d’infrastructure énergétique. Pour EDF, qui pilote par ailleurs le programme des six EPR2 en France, il s’agirait d’un débouché supplémentaire pour asseoir sa filière SMR à l’international.
La France nucléaire à l’export : un enjeu de filière
Ce positionnement britannique s’inscrit dans une stratégie plus large. La France a fait du nucléaire l’un des axes de sa politique industrielle et de souveraineté énergétique. Exporter cette compétence, y compris sur des réacteurs de nouvelle génération comme les SMR, conditionne en partie la viabilité économique de la filière nationale : plus le carnet de commandes est fourni, plus les coûts de série baissent.
Si EDF remporte ce contrat, le chantier représenterait l’une des plus importantes commandes nucléaires à l’export pour le groupe depuis des années. La décision revient aux autorités britanniques, dans un calendrier qui n’a pas encore été précisé.

