Une analyse des grandes capitalisations françaises montre que le taux effectif d’imposition des bénéfices varie fortement au sein du CAC 40, TotalEnergies figurant parmi les entreprises les plus lourdement taxées.
Le taux d’imposition moyen sur les bénéfices de plus de vingt groupes du CAC 40 s’établit à 28,8 %. Un chiffre qui, rapporté au taux nominal français de l’impôt sur les sociétés, illustre à la fois l’effet des crédits d’impôt, des montages internationaux et des différences sectorielles. Mais c’est TotalEnergies qui retient l’attention : le groupe énergétique supporte un taux effectif dépassant 40 %, soit près de douze points au-dessus de la moyenne de l’échantillon.
TotalEnergies, exception fiscale du CAC 40
Pour un groupe dont les profits sont réalisés en grande partie dans des pays producteurs d’hydrocarbures, l’explication tient largement à la géographie fiscale. Les États pétroliers appliquent des régimes de taxation spécifiques sur l’extraction, souvent bien supérieurs à l’impôt sur les sociétés pratiqué en Europe. Le résultat : TotalEnergies s’acquitte d’un taux consolidé qui dépasse celui de la quasi-totalité de ses pairs cotés à Paris.
C’est un paradoxe que l’entreprise met régulièrement en avant face aux accusations d’optimisation fiscale agressive. Son exposition aux royalties et taxes minières dans des juridictions comme le Nigeria, l’Angola ou les Émirats pousse mécaniquement son taux global vers le haut.
28,8 % de moyenne, des situations très contrastées
Sur l’ensemble de l’échantillon, les écarts sont significatifs. Certains groupes affichent des taux effectifs proches ou inférieurs à 20 %, grâce à des structures intégrant des filiales dans des territoires à fiscalité réduite, des reports de déficits ou des dispositifs d’encouragement à la R&D. D’autres, exposés à des marchés régulés ou à des États à forte pression fiscale, s’approchent du taux nominal.
La moyenne à 28,8 % reste supérieure au taux standard de l’IS français, fixé à 25 % pour les grandes entreprises depuis 2022. Ce différentiel s’explique par la consolidation des filiales étrangères soumises à des régimes parfois plus lourds.
Un débat qui dépasse le seul CAC 40
Ces données alimentent un débat récurrent sur la contribution fiscale réelle des multinationales cotées. Les partisans d’un impôt minimum mondial à 15 %, porté par l’OCDE et transposé en droit européen, estiment que le plancher fixé reste trop bas pour corriger les distorsions. Les entreprises concernées font valoir que leurs taux effectifs consolidés, quand ils intègrent l’ensemble des pays d’activité, sont loin des niveaux symboliques parfois avancés dans le débat public.
Pour TotalEnergies, la question est presque inverse : avec un taux à 40 %, le groupe paie davantage que ce que le seul cadre français exigerait. Ses actionnaires, eux, regardent surtout la part de ce taux imputable à des États sur lesquels Paris n’a aucune prise.
