Mayotte inaugure ce mercredi son premier ESAT. L’établissement de Dembéni proposera 50 places, pour 180 candidats déjà recensés à l’ouverture.
Jean-Louis Garcia n’a pas cherché à dissimuler le paradoxe. Le président de la fédération APAJH, présent à Mayotte pour l’inauguration de l’ESAT Tarehi, l’a dit sans détour : la structure “sera déjà pleine dès l’ouverture”. Cinquante places. Cent quatre-vingts candidats. Le premier établissement d’accompagnement par le travail jamais ouvert sur l’île résume à lui seul le retard accumulé en matière de handicap dans ce département.
“Ça va donner cinquante possibilités à des Mahorais qui sont aujourd’hui sans solution, soit parce qu’ils sont dans des instituts médico-éducatifs et qu’ils doivent commencer à travailler, soit parce qu’ils sont exclus de tout”, résume Garcia. Le ton est à la satisfaction d’aboutir, pas à la célébration : l’écart entre l’offre et la demande est trop visible pour s’y soustraire.
Un projet porté depuis 2023, une dérogation ministérielle arrachée de justesse
L’ESAT Tarehi n’a pas surgi par décision administrative ordinaire. Le projet est piloté par l’Agence Régionale de Santé depuis 2023. Un appel à manifestation d’intérêt avait été lancé en septembre 2024, et sa gestion a été confiée à la fédération APAJH.[2] La convention entre l’ARS et l’APAJH a été signée le 26 juin dernier.
Le contexte budgétaire rendait l’opération incertaine. L’ARS rappelle dans ses documents que la création de nouvelles places en ESAT est bloquée depuis 2013, suite à un moratoire national. Pour Mayotte, une dérogation ministérielle a dû être obtenue. Charlotte Parmentier-Lecocq, alors ministre du Handicap et de l’Autonomie, s’était rendue sur place pour confirmer les financements. Sans cette intervention directe, le projet restait dans les limbes.
L’établissement est implanté à Dembéni. Ses activités s’étaleront sur différents bassins du territoire, selon la fédération APAJH.[4] Les quatre premiers bénéficiaires ont déjà été recrutés avant même l’inauguration officielle.
50 places pour un département à la démographie jeune et au retard structurel massif

Garcia pointe une réalité que les chiffres rendent difficile à contester. Mayotte est le département français avec la population la plus jeune. Les besoins en accompagnement médico-social sont proportionnellement élevés, et l’offre existante n’a jamais suivi.
“Mayotte est un département jeune, il faut rattraper le temps, les choses qui n’ont pas été faites auparavant”, dit-il. La formule est prudente mais l’enjeu est précis : sans structures comme l’ESAT, des adultes en situation de handicap restent bloqués dans des IME faits pour des enfants, ou se retrouvent sans aucun accompagnement. Les deux situations coexistent à Mayotte depuis des années.
L’ESAT permet à des personnes handicapées d’exercer une activité professionnelle encadrée tout en bénéficiant d’un soutien médico-social. Ce n’est pas un dispositif d’insertion classique : c’est une structure permanente, conçue pour des personnes dont la capacité de travail est réduite et qui ne peuvent pas intégrer le marché ordinaire sans accompagnement continu. Pour ces publics, il n’existait jusqu’ici rien à Mayotte.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Places disponibles à l’ouverture | 50 |
| Candidats recensés | 180 |
| Bénéficiaires déjà recrutés avant inauguration | 4 |
| Année de lancement du projet ARS | 2023 |
| Appel à manifestation d’intérêt lancé | Septembre 2024 |
| Signature de la convention ARS/APAJH | 26 juin 2026 |
Source : La 1ère / Franceinfo
Pourquoi l'ouverture de l'ESAT Tarehi ne suffit pas
L’APAJH en locomotive, mais le modèle repose sur des financements fragiles
Jean-Louis Garcia préside la fédération APAJH depuis 2008.[3] Son déplacement à Mayotte pour cette inauguration n’est pas qu’une visite protocolaire : c’est une opération de visibilité politique. L’APAJH a construit sa stratégie de développement sur la capacité à convaincre les pouvoirs publics de financer des structures là où elles n’existent pas encore. Mayotte en est l’exemple le plus criant.
“On est très heureux d’en être au stade où enfin on réalise et on apporte des solutions”, dit Garcia. Le mot “enfin” dit beaucoup. Il y a dans cette formule la mémoire de dossiers bloqués, de moratoires nationaux contournés au cas par cas, de déplacements ministériels nécessaires pour débloquer ce qui aurait dû être une évidence administrative.
Garcia annonce que les 50 places initiales vont augmenter “petit à petit”. La formule reste vague sur les délais et les volumes. L’APAJH entend continuer à sensibiliser les autorités et à pousser pour de nouveaux financements, mais aucun calendrier précis n’a été annoncé pour un éventuel agrandissement de l’ESAT Tarehi ou l’ouverture d’une deuxième structure.[1]
Le ratio 50 places pour 180 candidats, signal d’un besoin bien au-delà de Dembéni

Ce ratio est la donnée qui restera. Trois candidats pour une place : c’est le niveau de saturation d’une structure avant même son premier jour d’activité. Cela signifie que 130 personnes identifiées, évaluées, dossiers déposés, restent sans solution à l’issue de l’inauguration.
Pour l’APAJH, ce chiffre est un argument politique autant qu’un constat opérationnel. “C’est un pas de plus pour Mayotte et pour les Mahorais en situation de handicap, qui n’ont rien et qui sont totalement à côté de la société”, résume Garcia. La structuration du secteur médico-social à Mayotte en est à ses débuts : un premier ESAT, construit sur dérogation, géré par une fédération nationale. Le territoire part de zéro, avec une liste d’attente qui commence le jour de l’ouverture.
ESAT Mayotte 2026 : les chiffres clés à retenir
- L'ESAT Tarehi à Dembéni est le premier établissement d'accompagnement par le travail jamais ouvert à Mayotte.
- 50 places disponibles pour 180 candidats déjà recensés à l'ouverture.
- La création de places en ESAT est bloquée nationalement depuis 2013 ; une dérogation ministérielle a été nécessaire.
- Le projet est porté par l'ARS depuis 2023, la convention avec l'APAJH signée le 26 juin 2026.
- Jean-Louis Garcia, président de l'APAJH depuis 2008, a fait le déplacement pour l'inauguration.
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
