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Paoli, Pennsylvania : comment un révolutionnaire corse né en 1725 a donné son nom à une ville américaine

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Un patriote corse du XVIIIe siècle, modèle pour Franklin et Washington, a laissé son empreinte jusqu’en Pennsylvanie, où une ville célèbre encore sa mémoire.

En 1769, un entrepreneur américain ouvre une taverne dans le comté de Chester, en Pennsylvanie. Il l’appelle General Paoli Tavern, en hommage à un homme qu’il n’a jamais rencontré, mais dont le nom circulait dans toutes les colonies : Pasquale Paoli, général de la nation corse, constitutionnaliste avant l’heure, ennemi juré de Gênes puis de la France. Autour de cette taverne, une bourgade finit par pousser. Elle s’appelle Paoli, et elle existe toujours.

L’histoire de ce transfert symbolique, d’une île méditerranéenne à la côte Est américaine, dit quelque chose de l’intensité avec laquelle la révolution corse a été suivie outre-Atlantique dans les années 1760. Un épisode largement oublié en France, mais que la ville de Paoli, Pennsylvania, entretient avec une fidélité remarquable.

En chiffres
1725
Année de naissance de Pasquale Paoli, à Morosaglia, Corse
Né 4 ans avant le début de la révolte contre Gênes
22 000
Soldats français envoyés par Louis XV pour soumettre la Corse
Victoire décisive à Ponte Novu, 8 mai 1769
1755
Année de la Constitution corse rédigée sous Paoli
Plus de 30 ans avant la Constitution américaine
4
Villes américaines portant le nom de Paoli
Pennsylvanie, Oklahoma, Colorado, Indiana

Né à Morosaglia en 1725, chef de nation à 30 ans

Pasquale Paoli naît le 6 avril 1725 dans le hameau de Stretta, commune de Morosaglia, en Haute-Corse. Son père, Giacinto, est médecin et patriote : il deviendra l’un des trois « généraux du peuple » dans le mouvement nationaliste corse qui combat la République de Gênes. La rébellion commence en 1729, quand des paysans corses refusent de payer leurs impôts à Gênes après une mauvaise récolte. Giacinto en prend la tête en 1734.

En 1739, Pasquale a 14 ans quand son père part en exil à Naples. Il l’accompagne. Là, il étudie la philosophie et l’économie politique, intègre le régiment corse de l’armée royale napolitaine. Il sert en Calabre sous les ordres paternels. En avril 1755, à 30 ans, il rentre en Corse. En juillet de la même année, les chefs de l’insurrection le nomment « général chef de la nation ».[4]

La constitution qu’il fait rédiger en 1755 est l’une des premières de l’ère moderne à accorder le droit de vote aux veuves et aux femmes non mariées. Elle précède la Constitution américaine de plus de trente ans.[5] Paoli fonde une université à Corte, crée une monnaie propre avec une Monnaie à Murato, développe une flotte. Il légifère contre la vendetta, institution multiséculaire que quinze ans de République ne suffiront pas à éradiquer entièrement.

La défaite de Ponte Novu et le regard de l’Europe

Un buste en marbre d'un chef révolutionnaire corse dans une bibliothèque historique américaine
Un buste en marbre d'un chef révolutionnaire corse dans une bibliothèque historique américaine

La parenthèse corse prend fin à l’été 1768. La France rachète les droits de Gênes sur l’île et organise sa conquête militaire. Louis XV envoie une armée de 22 000 hommes. Le 8 mai 1769, les troupes paolistes sont défaites à la bataille de Ponte Novu. Paoli quitte l’île.[3]

Son exil devient un tour d’Europe triomphal. Il est reçu par les autorités des différents États et par les grands intellectuels du temps. Goethe le rencontre. Rousseau avait un temps envisagé de participer à la rédaction de la constitution corse de 1764. Le buste de Paoli figure encore dans la maison du troisième président des États-Unis, Thomas Jefferson, à Monticello, en Virginie. Benjamin Franklin, lui, déplore publiquement que la France, « qui se vante de jouir elle-même de la liberté, veuille ruiner [la Corse] pour avoir défendu ce droit commun ».

James Boswell, le biographe de Samuel Johnson, publie An Account of Corsica, qui répand la légende de Paoli dans toute l’Europe éclairée. En Amérique coloniale, l’effet est immédiat.

Pourquoi la mémoire de Paoli survit aux États-Unis

Un constitutionnaliste précurseur
La constitution corse de 1755 est l'une des premières à accorder le vote aux femmes non mariées. Elle précède la Constitution américaine de plus de trente ans.
Un nom gravé dans la géographie américaine
Quatre villes américaines portent le nom de Paoli. Celle de Pennsylvanie entretient un lien actif avec Morosaglia, dont elle finance des échanges commémoratifs.
Défaite militaire, rayonnement intellectuel
Battu à Ponte Novu en 1769 par 22 000 soldats français, Paoli s'exile mais est accueilli en héros dans toute l'Europe et fascine Jefferson, Franklin et les insurgés américains.
Éclipsé par Napoléon, redécouvert localement
Moins célèbre que son compatriote Bonaparte à l'échelle mondiale, Paoli reste une figure centrale en Corse, où l'université qu'il fonda à Corte en 1765 a rouvert en 1981.
Tricentenaire célébré en 2025
En 2025, la ville américaine de Paoli (Pennsylvanie) organise des visites officielles à Morosaglia et offre une plaque commémorative au nom de la commune.

Franklin, Washington et l’engouement colonial pour la Corse

Dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord, la résistance corse fait figure de miroir. Ebenezer Mackintosh, l’un des meneurs bostoniens des protestations contre le Stamp Act, célèbre pour avoir promené un mannequin d’un collecteur d’impôts britannique dans les rues, nomme son fils Paschal Paoli Mackintosh en 1769.[1] La même année, la General Paoli Tavern ouvre en Pennsylvanie.

George Washington séjourne dans la région. Benjamin Franklin multiplie les références au Corse. Après l’indépendance américaine, l’intérêt pour la Corse retombe, les nouvelles s’assèchent. Mais les noms demeurent : quatre villes américaines portent le nom de Paoli. Oklahoma, Colorado, Indiana, Pennsylvanie.

Paoli, Pennsylvania, entretient le lien le plus actif. En 2025, pour le tricentenaire de la naissance de Pasquale Paoli, la ville organise des visites à Morosaglia, son village natal. Les visiteurs américains offrent une plaque commémorative. Edward Auble, l’un de leurs élus locaux, déclare que Paoli « avait incarné un idéal de liberté, un exemple pour les Américains qui se battaient pour leur propre indépendance » et que « son nom symbolise la démocratie ».[1]

Un révolutionnaire que Napoléon a éclipsé

Un buste en marbre d'un chef révolutionnaire corse dans une bibliothèque historique américaine
Un buste en marbre d'un chef révolutionnaire corse dans une bibliothèque historique américaine

Pasquale Paoli meurt le 5 février 1807, à Londres, où il avait trouvé refuge après une nouvelle tentative de gouverner la Corse pendant la Révolution française. Son compatriote Napoléon Bonaparte lui a largement volé la vedette dans la mémoire collective mondiale. Pourtant, Paoli avait précédé la plupart des constitutionnalistes de son siècle.[5]

Il n’avait probablement pas conscience d’être un révolutionnaire au sens où l’histoire allait définir ce mot. Pour lui, libérer la Corse de Gênes était la démarche légitime d’un État souverain. Il se considérait l’égal des autres chefs d’État européens. L’Histoire lui a donné raison sur le fond, mais tort sur le timing : la Corse n’a plus jamais retrouvé l’indépendance qu’il avait su lui donner entre 1755 et 1769.

Paoli, Pennsylvania, et la mémoire transatlantique

Le lien entre la bourgade de Pennsylvanie et la commune de Morosaglia n’est pas qu’anecdotique. Il illustre un phénomène plus large : la façon dont les révolutions du XVIIIe siècle se sont nourries les unes des autres, par les pamphlets, les récits de voyageurs, les noms donnés aux enfants et aux tavernes.

La General Paoli Tavern de 1769 n’est pas seulement un hommage à un homme. C’est un acte politique dans un contexte de montée des tensions coloniales. Nommer un établissement public d’après un ennemi de la puissance coloniale genevoise, c’était signaler une inclination. Six ans plus tard, les colonies américaines se soulevaient.

L’université de Corte, fermée après la défaite de 1769, a rouvert en 1981. La monnaie corse a disparu. Mais à Paoli, Pennsylvania, le nom résiste, et les habitants font encore le voyage jusqu’à Morosaglia pour poser une plaque sur la maison natale d’un homme dont leur ville porte le nom depuis deux cent cinquante-sept ans.

Pasquale Paoli et Paoli Pennsylvania : dates et faits clés

  • Pasquale Paoli né le 6 avril 1725 à Morosaglia, en Haute-Corse, de père patriote corse.
  • Nommé général chef de la nation corse en juillet 1755, à l'âge de 30 ans.
  • La constitution corse de 1755 accordait le droit de vote aux veuves et femmes non mariées, plus de 30 ans avant la Constitution américaine.
  • La General Paoli Tavern est fondée en Pennsylvanie en 1769, donnant naissance à la ville de Paoli.
  • En 2025, Paoli (Pennsylvania) organise des visites à Morosaglia pour le tricentenaire de la naissance de Paoli.
  • Quatre villes américaines portent le nom de Paoli : Pennsylvanie, Oklahoma, Colorado, Indiana.
Antoine Colonna
Antoine Colonna
Antoine Colonna, rédacteur régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

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