Le Qatar engage 295 millions d’euros pour son troisième satellite de télécommunications, confié à Thales Alenia Space. Lancement prévu en 2030, couverture étendue à trois continents.
Le contrat est signé. Es’hailSat, l’opérateur satellitaire national qatari, a officialisé fin juin la commande d’un nouveau satellite à Thales Alenia Space, la coentreprise franco-italienne entre Thales et Leonardo. Le programme, baptisé Eshail-3/Türksat-Biruni, représente un investissement de 295 millions d’euros, soit environ 347 millions de dollars. Son entrée en service est attendue pour 2030.
Ce troisième satellite marque une rupture avec les deux précédents. Es’hail-1 et Es’hail-2 étaient avant tout des outils de diffusion télévisuelle directe vers les foyers de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Es’hail-3 pivote vers les services de communications : connectivité fixe et mobile, communications aéronautiques et maritimes, soutien aux secteurs pétrolier, gazier et énergétique.
Space INSPIRE, la plateforme entièrement reconfigurable en orbite
Le satellite sera construit sur la plateforme Space INSPIRE de Thales Alenia Space. Cette architecture entièrement numérisée permet de reconfigurer la charge utile depuis le sol, une fois le satellite en orbite géostationnaire. Les opérateurs peuvent ainsi redéfinir couverture, fréquences et puissance sans intervention physique, ce qui allonge la durée d’utilité commerciale de l’engin et réduit le risque d’obsolescence.
La fabrication sera réalisée à Cannes, sur le site historique de Thales Alenia Space, qui reste l’un des premiers centres mondiaux de production de satellites géostationnaires. Le cycle complet, de la conception au lancement, prendra entre trois et quatre ans selon Ali Ahmed Al Kuwari, directeur général d’Es’hailSat.[5]
Le projet est mené en partenariat avec l’opérateur turc Türksat, qui apporte les droits orbitaux et les fréquences à la position 50° Est. Cette position géostationnaire ouvre une fenêtre de couverture sur l’Asie, l’Afrique et l’Europe, trois zones que le Qatar cible pour élargir sa présence sur le marché international des communications par satellite.[1]
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Coût total | 295 M€ (~347 M$) |
| Lancement prévu | 2030 |
| Durée de développement | 3 à 4 ans |
| Plateforme | Space INSPIRE (Thales Alenia Space) |
| Position orbitale | 50° Est (via Türksat) |
| Zone de couverture | Asie, Afrique, Europe |
Source : Qatar News Agency
Un contrat stratégique pour Thales Alenia Space et le site de Cannes

Pour Thales Alenia Space, ce contrat alimente le carnet de commandes de la division télécom géostationnaire à un moment où le marché des satellites en orbite basse capte une part croissante de l’attention. Les plateformes numériques reconfigurables comme Space INSPIRE sont précisément l’argument que l’industriel cannois avance face à cette concurrence : elles offrent aux opérateurs régionaux la flexibilité d’un satellite adaptatif sans le coût d’une constellation.
Ali Ahmed Al Kuwari a déclaré que la signature de ce contrat « marque un moment déterminant pour Es’hailSat et pour les ambitions du Qatar en tant que fournisseur de services satellitaires de premier plan ».[1] Il a précisé qu’Eshail-3 « renforcera la résilience et l’indépendance de l’infrastructure de communications du Qatar ».
L’opérateur qatari gère depuis 2013 au minimum un satellite en orbite. Es’hail-1, construit par SSL sur un bus 1300, a inauguré la capacité spatiale nationale. Es’hail-2, lancé en 2018, a élargi la couverture MENA. Avec Es’hail-3, Es’hailSat franchit une étape différente : passer d’un rôle de diffuseur régional à celui d’opérateur de connectivité multi-services à portée intercontinentale.[2]
Pourquoi Es'hail-3 change la stratégie spatiale du Qatar
Qatar Vision 2030 : le spatial comme levier de diversification
Le programme s’inscrit dans la stratégie nationale Qatar Vision 2030, qui vise à réduire la dépendance de l’économie aux hydrocarbures par le développement de filières à haute valeur ajoutée. Le spatial en fait partie. Al Kuwari a indiqué que le projet contribuerait à former des compétences nationales dans le secteur spatial, objectif que l’opérateur poursuit depuis ses débuts, lorsqu’il avait envoyé quatre ingénieurs se former auprès de SSL lors de la construction d’Es’hail-1.
Sur le plan commercial, la cible d’Es’hail-3 dépasse largement le marché domestique. Les secteurs aviation et maritime sont en forte croissance pour la connectivité par satellite géostationnaire, portés par la demande de services haut débit embarqués. Les industries pétrolière et gazière du Golfe, grosses consommatrices de liaisons sécurisées en zones reculées, constituent un autre débouché naturel pour un opérateur ancré dans la région.
Le lancement est prévu en 2030. D’ici là, Es’hailSat continuera d’opérer Es’hail-1 et Es’hail-2 sur leurs couvertures respectives, pendant que Cannes assemble la génération suivante.
Es'hail-3 : chiffres clés du contrat Thales Alenia Space
- Es'hailSat a signé un contrat de 295 M€ avec Thales Alenia Space pour construire le satellite Es'hail-3.
- Le satellite sera basé sur la plateforme Space INSPIRE, entièrement reconfigurable depuis le sol en orbite.
- Lancement prévu en 2030, après 3 à 4 ans de développement et fabrication à Cannes.
- Türksat fournit les droits orbitaux à la position 50° Est, ouvrant la couverture vers l'Asie, l'Afrique et l'Europe.
- Contrairement à Es'hail-1 et 2, le nouveau satellite cible les communications (mobile, aviation, maritime, énergie) plutôt que la télévision.
- Le projet s'inscrit dans la Qatar Vision 2030 et vise à développer l'expertise spatiale nationale.
Sources
3 sources · 4 faits sourcés
