DataReportal livre les chiffres de l’usage numérique en Guadeloupe fin 2025 : 64,2 % de pénétration internet, 729 000 connexions mobiles actives, une population qui recule et un écart marqué avec les standards continentaux.
240 000 personnes utilisaient internet en Guadeloupe à la fin de 2025, soit 64,2 % de la population. Un taux qui place l’archipel loin des moyennes hexagonales. Le rapport Digital 2026 de DataReportal, publié cette année, détaille l’état des connexions dans un territoire de 373 000 habitants, en recul démographique de 0,4 % sur un an. Les chiffres de connexions mobiles atteignent 729 000, soit un taux de 195 % par rapport à la population. Mais attention : ces liaisons incluent des abonnements voix et SMS sans accès internet, ce qui dilue la donnée.
La fracture se confirme sur les réseaux sociaux : 172 000 identifiants actifs en octobre 2025, soit 46,1 % de la population. Un chiffre qui traduit une adoption moins rapide qu’en métropole, où la pénétration dépasse les 80 %. La Guadeloupe, territoire ultra-marin, cumule des handicaps structurels : prix des forfaits élevés, infrastructures vieillissantes, revenus moyens inférieurs. Résultat : une partie significative de la population reste hors ligne ou cantonnée aux usages mobiles de base.
Urbanisation massive, mais connexions inégales
98,6 % de la population guadeloupéenne vit en zone urbaine[1], contre 1,4 % en zone rurale. Cette concentration devrait faciliter le déploiement des réseaux, mais les données montrent que la densité urbaine ne suffit pas. Les opérateurs locaux peinent à moderniser les réseaux fixes, et la fibre reste rare en dehors de Pointe-à-Pitre et des Abymes. Le taux de connexions mobiles (195 %) s’explique par la multiplication des cartes SIM professionnelles, des lignes de secours et des forfaits data séparés : un biais classique des territoires insulaires où les usages multi-SIM se généralisent pour contourner les problèmes de couverture.
La population a baissé de 1 323 habitants entre fin 2024 et fin 2025, une tendance qui s’inscrit dans le vieillissement de l’archipel et l’émigration des jeunes actifs vers l’Hexagone. Ce recul démographique pèse sur les investissements télécoms : les opérateurs hésitent à déployer de nouvelles infrastructures sur un marché qui rétrécit.
Les perspectives 2026 : 6G et IA, mais pour qui ?

Les tendances technologiques globales identifiées par ABI Research pour 2026 pointent vers l’accélération de l’IA d’entreprise et la montée en puissance de la 6G. Mais ces évolutions concernent d’abord les marchés occidentaux matures et les grandes agglomérations. En Guadeloupe, la priorité reste le rattrapage de la 4G et l’extension de la fibre. Les déploiements 6G annoncés par les équipementiers ne toucheront l’archipel qu’en 2028 au plus tôt, selon les feuilles de route des opérateurs.
Capgemini, dans son rapport Top Tech Trends 2026, insiste sur la transformation numérique des infrastructures urbaines et la cybersécurité[5]. Des sujets qui résonnent peu dans un territoire où l’enjeu est d’abord de connecter les foyers. La souveraineté numérique, thème central en Europe continentale, se traduit ici par la dépendance aux câbles sous-marins et aux infrastructures détenues par des groupes hexagonaux ou américains.
| Indicateur | Valeur | Commentaire |
|---|---|---|
| Population totale | 373 000 | En recul de 0,4 % sur un an |
| Utilisateurs internet | 240 000 | Pénétration de 64,2 % |
| Connexions mobiles actives | 729 000 | Taux de 195 % (multi-SIM, voix seule incluse) |
| Identifiants réseaux sociaux | 172 000 | 46,1 % de la population |
| Urbanisation | 98,6 % | Concentration en zones urbaines |
Source : DataReportal
Pourquoi la Guadeloupe reste en retard numérique
Quel rattrapage possible ?
Les collectivités locales misent sur les fonds européens et nationaux pour accélérer le déploiement de la fibre. La Chambre de commerce et d’industrie des îles de Guadeloupe (CCIIG) multiplie les formations à destination des entrepreneurs pour les aider à tirer parti du numérique. En juin 2026, elle a lancé une chaîne WhatsApp dédiée aux acteurs économiques, un canal qui reflète les usages locaux : WhatsApp reste le premier moyen de communication professionnelle dans l’archipel, devant l’email.
Mais le retard se mesure aussi en compétences. Le taux de 46,1 % d’identifiants sur les réseaux sociaux traduit une fracture générationnelle et éducative. Les entreprises locales peinent à recruter des développeurs, des data analysts ou des spécialistes cybersécurité : les profils formés partent souvent en métropole, où les salaires sont plus attractifs. La souveraineté numérique, dans ce contexte, passe d’abord par la formation locale et la rétention des talents.
Un modèle de transition pour les autres DOM-TOM ?

La Guadeloupe préfigure les défis des autres territoires ultramarins. Martinique, Guyane, Mayotte, Réunion : tous partagent les mêmes handicaps structurels. Les taux de connexion mobile élevés cachent une réalité fragmentée : des usages limités, des débits faibles, des prix élevés. Les opérateurs télécoms ont peu d’incitations à investir massivement dans des territoires où la rentabilité est incertaine.
L’enjeu pour 2026 et les années suivantes est de transformer le taux de connexion mobile (195 %) en accès internet réel, de qualité, abordable. Les initiatives locales, comme les formations de la CCIIG ou les projets de campus numériques, montrent une volonté d’autonomie. Mais sans investissements massifs dans les infrastructures et sans politique nationale de péréquation tarifaire, l’écart avec l’Hexagone continuera de se creuser. La transition numérique en Guadeloupe sera lente, ou ne sera pas.
Numérique en Guadeloupe 2025 : les chiffres clés
- 240 000 internautes en Guadeloupe fin 2025, soit 64,2 % de pénétration contre plus de 90 % en métropole
- 729 000 connexions mobiles actives pour 373 000 habitants, mais beaucoup sans accès internet réel
- 172 000 identifiants sur les réseaux sociaux, un taux de 46,1 % qui traduit une fracture générationnelle
- 98,6 % de la population en zone urbaine, mais fibre limitée aux grandes villes
- Population en recul de 1 323 habitants sur un an, vieillissement et émigration des jeunes actifs
- La CCIIG lance une chaîne WhatsApp pour les entrepreneurs, canal privilégié dans l'archipel
Sources
2 sources · 2 faits sourcés
