Matthieu Pigasse a jusqu’à jeudi pour déposer son offre de reprise des deux dernières usines françaises de pâte à papier. Avec les régions Occitanie et Paca et trois syndicats, il presse l’État d’engager des moyens publics.
L’appel est parti dimanche soir sous forme d’un courriel adressé au ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin. Signataires : le financier Matthieu Pigasse, Carole Delga, présidente de la région Occitanie, Renaud Muselier, son homologue en Provence-Alpes-Côte d’Azur, et les secrétaires généraux de la CGT (Sophie Binet), de la CFDT (Marylise Léon) et de FO (Frédéric Souillot). Tous demandent à l’État de « prendre ses responsabilités » pour sauver Fibre Excellence, le fabricant de pâte à papier placé en redressement judiciaire fin avril.
Le 22 juin, la direction de Fibre Excellence a retiré son offre de reprise pour laisser la place à « un nouvel investisseur », en l’occurrence Matthieu Pigasse. Depuis, le dossier a avancé vite. « En quelques jours, chacun a accepté de faire évoluer sa position. Des investisseurs se sont engagés, d’autres sont en train de le faire. Les Régions se sont mobilisées. Les organisations syndicales ont contribué activement à la construction du projet », écrivent les six signataires.
L’État n’a pas évolué depuis l’arrivée de Pigasse
Leur grief : « Les propositions de l’État demeurent aujourd’hui identiques à celles qui étaient déjà formulées avant cette évolution majeure du dossier, lorsque le projet reposait encore principalement sur le management seul ou l’actionnaire indonésien. » Traduction : l’engagement public n’a pas bougé alors que le tour de table s’est consolidé avec l’entrée en scène d’un investisseur privé de premier plan et l’implication affichée de deux régions.
Les signataires demandent « la mobilisation effective de tous les leviers dont dispose l’État afin de donner toutes les chances à un projet désormais profondément consolidé ». Ils souhaitent notamment que la Caisse des dépôts « puisse être mobilisée afin d’apporter un investissement de long terme dans Fibre Excellence et renforcer encore la crédibilité financière de l’offre ».
Mardi, le ministre Sébastien Martin a répondu : l’État est prêt à soutenir « un projet de reprise industriel crédible », mais attend des précisions sur l’offre que Matthieu Pigasse doit présenter jeudi[2]. Il a rappelé que « depuis 2020, plus de 100 millions d’euros d’argent public ont déjà été mobilisés pour accompagner l’entreprise ».
Deux usines, 545 emplois, les deux dernières papeteries de France
Fibre Excellence possède les deux dernières grandes fabriques de pâte à papier de France : Saint-Gaudens en Haute-Garonne (270 salariés) et Tarascon dans les Bouches-du-Rhône (275 salariés). Le groupe a été placé en redressement judiciaire fin avril après que son actionnaire, Jackson Wijaya, dont la famille dirige Asia Pulp and Paper, géant indonésien de la pâte à papier mondiale, a refusé d’envisager de nouveaux investissements[3].
L’entreprise fabrique de la pâte à papier à partir de bois et de papier recyclé, destinée à la fabrication de papiers d’impression, d’emballage ou de produits d’hygiène. La fermeture des deux sites mettrait fin à la production française dans ce secteur, rendant le pays entièrement dépendant de l’import.
Enjeux du dossier Fibre Excellence
Pigasse dans le jeu depuis le 17 juin
Matthieu Pigasse, ancien banquier chez Lazard, cofondateur de Mediawan et actionnaire dans plusieurs médias français, s’est positionné mi-juin sur le dossier. Il s’agit d’un acteur régulier des reprises industrielles sensibles, souvent à la frontière entre investissement financier et dimension stratégique ou politique.
Le délai fixé pour le dépôt de son offre court jusqu’à jeudi. Dans l’intervalle, la coalition réunie autour de son projet (deux régions, trois syndicats nationaux) tente de flécher l’argent public vers le dossier. L’enjeu est à la fois industriel (la souveraineté de la filière papier) et territorial (545 emplois dans deux bassins de tradition industrielle).
La Caisse des dépôts, levier demandé
L’appel à la Caisse des dépôts n’est pas anodin. L’institution, bras armé de l’État en matière d’investissement de long terme, intervient régulièrement dans les plans de sauvetage industriels, notamment via son fonds stratégique. Sa participation donnerait un signal fort sur la crédibilité financière du montage et permettrait de boucler le plan de trésorerie.
La question posée au gouvernement est simple : l’État est-il prêt à augmenter son engagement au-delà des 100 millions d’euros déjà versés depuis 2020 pour accompagner une reprise portée par un investisseur privé et soutenue par les collectivités locales ? La réponse doit tomber dans les prochaines heures. Le tribunal de commerce examine les offres jeudi.
Fibre Excellence : les faits à retenir
- Matthieu Pigasse dispose jusqu'au jeudi 4 juillet pour déposer une offre de reprise de Fibre Excellence
- Deux régions (Occitanie et Paca) et trois syndicats (CGT, CFDT, FO) demandent à l'État de mobiliser la Caisse des dépôts
- Fibre Excellence a été placée en redressement judiciaire fin avril après le désengagement de son actionnaire indonésien Jackson Wijaya
- Les deux usines de Saint-Gaudens (270 salariés) et Tarascon (275 salariés) sont les deux dernières grandes papeteries françaises
- L'État a déjà versé plus de 100 millions d'euros depuis 2020 pour soutenir l'entreprise
Sources
2 sources · 2 faits sourcés
