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Oncologie en Polynésie : le PET-scanner bloqué depuis 2025, 2 000 examens par an hors de portée

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Dix oncologues polynésiens dénoncent deux décisions qui menacent l’accès aux traitements : le blocage du PET-scanner faute de cyclotron et le transfert de l’oncologie hors du CHPF.

L’alerte est inhabituelle. En quelques jours, un débat technique s’est mué en signal d’alarme médical. Dix praticiens du Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF) sortent de leur réserve dans une lettre ouverte adressée aux autorités du Pays. Leur constat : certaines décisions politiques récentes risquent de mettre en péril la prise en charge de milliers de patients atteints de cancer. Entre diagnostics retardés et traitements moins efficaces, les oncologues parlent de perte de chance réelle. Pourtant, la plupart des malades ignorent encore ce qui se joue.

La cancérologie polynésienne porte déjà le poids des distances géographiques et du manque d’équipements lourds. Les délais s’allongent, les parcours patients se compliquent. L’arrivée d’un PET-scanner en 2025, attendue depuis vingt ans, devait inverser la tendance. Elle ne l’a pas fait.

En chiffres
2 000
Examens PET-scanner attendus par an en Polynésie
Bloqués faute de cyclotron
+60 %
Hausse attendue des cas de cancer d'ici 20 ans (OMS)
Sans action immédiate
25 %
Part des décès par cancer liés au tabac
Selon l'OMS
2025
Année de mise en service du PET-scanner au CHPF
Fonctionnement incomplet sans cyclotron

Un PET-scanner paralysé faute de cyclotron

L’appareil fonctionne au CHPF depuis juin 2025. Mais il ne peut toujours pas assurer un flux régulier d’examens[1]. La raison : l’absence de cyclotron, cet accélérateur de particules indispensable pour produire les traceurs radioactifs utilisés dans l’imagerie TEP (Tomographie par Émission de Positons). Sans production locale, pas d’autonomie. Et pas d’examens à la demande.

Les oncologues chiffrent la demande : environ 2 000 examens par an devraient être réalisés. Ce volume justifiait amplement l’installation d’un cyclotron sur place. Au lieu de cela, le Pays continue d’organiser des évacuations sanitaires coûteuses vers la métropole ou la Nouvelle-Zélande. Ces transferts pèsent sur les budgets, retardent les diagnostics et ajoutent une épreuve logistique aux patients déjà fragilisés.

Le blocage actuel inquiète d’autant plus qu’il pourrait se prolonger. Toute nouvelle étude de faisabilité ou tout appel d’offres relancé alourdiraient un retard déjà jugé dramatique par les médecins. Pour eux, le cyclotron n’est pas un équipement optionnel : il conditionne l’utilité même du PET-scanner.

Une délocalisation votée sans consultation

Parallèlement au dossier du cyclotron, un autre sujet a déclenché l’alerte. Un projet de délocalisation des activités d’oncologie du CHPF vers l’Institut du cancer de Polynésie française (ICPF) a été voté en commission. Aucune consultation des praticiens de terrain n’a été menée avant le vote. Cette méthode heurte les professionnels, qui y voient une fracture inquiétante entre décisions politiques et réalités médicales.

Les oncologues expliquent que la cancérologie n’est pas une spécialité isolable. Elle nécessite les ressources d’un hôpital complet. Les patients peuvent présenter des complications aiguës, nécessiter des interventions d’urgence, mobiliser des chirurgiens, des réanimateurs, des radiologues interventionnels ou des services de biologie médicale. Séparer les activités entre deux structures, dans un contexte où les effectifs médicaux sont déjà très tendus, reviendrait à disperser des moyens déjà rares.

Pour les praticiens, ce projet met directement en jeu la sécurité des patients. Ils redoutent que d’autres bouleversements similaires ne suivent, sans que les médecins soient consultés ni que les impacts soient évalués.

Pourquoi l'alerte des oncologues polynésiens est sérieuse

Blocage du PET-scanner
L'appareil, opérationnel depuis 2025, ne peut fonctionner à pleine capacité sans cyclotron pour produire les traceurs radioactifs. Environ 2 000 examens annuels restent hors de portée.
Évacuations sanitaires coûteuses
Faute d'équipement complet, le Pays continue d'organiser des transferts vers la métropole ou la Nouvelle-Zélande, retardant les diagnostics et alourdissant les parcours patients.
Délocalisation non concertée
Le projet de transfert de l'oncologie du CHPF vers l'ICPF a été voté sans consultation des médecins. Les oncologues craignent une dispersion des moyens dans un contexte d'effectifs déjà tendus.
Sécurité des patients en jeu
La cancérologie nécessite les ressources d'un hôpital complet (réanimation, chirurgie d'urgence, biologie). Séparer les activités menace la prise en charge rapide des complications aiguës.
Hausse mondiale des cas
L'OMS prévoit une augmentation de 60 % des cas de cancer dans les vingt prochaines années. L'accès équitable aux équipements de diagnostic devient un enjeu de santé publique.

Des inégalités territoriales structurelles

Le contexte polynésien n’est pas unique. L’Institut Curie alerte sur les inégalités territoriales d’accès aux soins en cancérologie à l’échelle nationale[4]. Plus de trois Français sur quatre estiment qu’il existe des inégalités face au cancer. Ces inégalités, loin de se résorber, deviennent structurelles. Elles traduisent un enjeu de santé publique majeur, particulièrement criant dans les territoires ultramarins.

Les innovations diagnostiques et thérapeutiques (biologie moléculaire, biopsie liquide, médecine personnalisée) nécessitent des investissements lourds dans des équipements spécialisés. Ces technologies représentent un coût initial important. Mais elles permettent une « épargne thérapeutique » à terme, en réduisant le recours à des traitements lourds, en diminuant les effets secondaires, en évitant des examens ou séjours hospitaliers coûteux. Le problème : ces outils restent concentrés dans quelques centres métropolitains.

L’Organisation mondiale de la santé prévient : les cas de cancer pourraient augmenter de 60 % dans les vingt prochaines années sans action immédiate[3]. Un dispositif adapté à chaque pays pourrait sauver au moins 7 millions de personnes dans les dix ans. Parmi les mesures prioritaires : le contrôle du tabac, responsable de 25 % des décès, la vaccination contre l’hépatite B, l’application d’interventions à impact élevé. Mais aussi l’accès équitable aux équipements de diagnostic et de traitement.

Enjeux du cancer en Polynésie : chiffres clés
Indicateur Valeur
Nombre d’examens PET-scanner attendus par an Environ 2 000
Année de mise en service du PET-scanner au CHPF 2025
Équipement manquant pour le fonctionnement complet Cyclotron (accélérateur de particules)
Destination des évacuations sanitaires France métropolitaine, Nouvelle-Zélande

Source : Polynésie la 1ère

Un modèle économique à repenser

Au-delà du constat polynésien, l’évolution des pratiques en cancérologie fait émerger un défi global : celui du modèle économique et de l’organisation du système de santé. Les technologies de pointe coûtent cher à l’achat, mais elles permettent des économies substantielles en aval. Le problème réside dans le décalage temporel entre investissement initial et bénéfices à moyen terme.

L’Institut Curie appelle à un sursaut politique pour empêcher que les inégalités, déjà profondes, ne deviennent irréversibles. Il exhorte les décideurs à repenser d’urgence le financement et l’organisation de la cancérologie. Le nombre de nouveaux cas de cancer a doublé depuis 1990. L’incidence mondiale pourrait augmenter de 75 à 90 % d’ici vingt-cinq ans.

En Polynésie, les oncologues ne demandent pas l’impossible. Ils réclament la cohérence : un PET-scanner opérationnel avec son cyclotron, une oncologie maintenue au sein d’un hôpital complet, une consultation des médecins avant toute réforme structurelle. Ces trois points conditionnent, selon eux, la sécurité des patients et la qualité des soins.

Des décisions attendues

La lettre ouverte des dix praticiens ne vise pas à bloquer toute évolution. Elle demande que les décisions soient prises en connaissance de cause, avec les professionnels de terrain. Les médecins saluent les avancées réelles de ces dernières années, mais dénoncent l’absence de concertation sur des sujets aussi sensibles que le transfert d’activité ou le report du cyclotron.

Pour l’instant, les autorités polynésiennes n’ont pas communiqué publiquement sur les suites données à cette alerte. Le débat reste ouvert. Mais le temps presse : chaque mois sans cyclotron maintient des centaines de patients dans l’attente d’un diagnostic précis. Chaque retard dans la prise en charge réduit les chances de succès thérapeutique.

Le cancer reste la première cause de mortalité en France. En Polynésie comme ailleurs, l’accès aux innovations ne doit pas dépendre de la géographie. C’est le message que les oncologues souhaitent faire entendre. Et c’est sur la capacité des décideurs à y répondre que se jouera, dans les prochains mois, l’avenir de la cancérologie polynésienne.

Oncologie en Polynésie : les faits à retenir

  • Dix oncologues du CHPF dénoncent le blocage du PET-scanner, opérationnel depuis 2025 mais inutilisable à pleine capacité sans cyclotron
  • Environ 2 000 examens par an devraient être réalisés en Polynésie, obligeant actuellement des évacuations sanitaires coûteuses vers la métropole ou la Nouvelle-Zélande
  • Un projet de délocalisation de l'oncologie du CHPF vers l'ICPF a été voté sans consultation des médecins de terrain
  • L'OMS prévoit une hausse de 60 % des cas de cancer dans les vingt prochaines années sans action immédiate
  • Plus de trois Français sur quatre estiment qu'il existe des inégalités territoriales d'accès aux soins en cancérologie
  • L'Institut Curie alerte sur le risque que ces inégalités deviennent irréversibles sans repenser le financement et l'organisation des soins
Valérie Temarii
Valérie Temarii
Valérie Temarii, rédactrice régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

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