Ottawa a désigné l’allemand TKMS et son Type 212CD pour équiper la Marine royale canadienne de douze sous-marins, écartant le sud-coréen Hanwha Ocean. Livraisons attendues à partir de 2034.
Le premier ministre Mark Carney a confirmé la décision le 6 juillet 2026 depuis la base des Forces canadiennes d’Halifax, en Nouvelle-Écosse, avant de rejoindre le sommet de l’Otan à Ankara. Le chantier naval allemand Thyssenkrupp Marine Systems devient le soumissionnaire retenu pour le Canadian Patrol Submarine Project (CPSP).
C’est un cap pour la marine canadienne. Le pays n’a pas acquis de sous-marins neufs depuis plus de soixante ans. Les quatre unités actuelles, de la classe Victoria, seront remplacées par une flotte pouvant compter jusqu’à douze bâtiments du modèle 212CD, celui-là même que produisent déjà l’Allemagne et la Norvège.
Un contrat que la presse canadienne chiffre entre 20 et 30 milliards de dollars
Carney a refusé d’avancer un montant, invoquant les négociations en cours, mais il a présenté l’opération comme le plus gros achat de défense de l’histoire du Canada[3]. Le Globe and Mail estime le contrat entre 20 et 30 milliards de dollars.
Les deux parties entrent désormais dans une phase de négociations exclusives. Objectif affiché : finaliser l’ensemble des arrangements contractuels du CPSP d’ici la fin 2027[2]. Le processus de sélection s’est étalé sur plusieurs phases, avec un dépôt des offres en mars 2026 et une clôture des clarifications le 29 avril 2026[1].
La procédure s’inscrit dans l’approche dite Build-Partner-Buy, définie par la stratégie industrielle de défense canadienne, qui privilégie les coopérations avec les nations alliées et les partenaires industriels nationaux. Ottawa a créé pour l’occasion une Agence des investissements de défense, chargée de piloter le programme.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Sous-marins prévus | jusqu’à 12 |
| Premières livraisons | 2034 (4 unités) |
| Finalisation des contrats visée | fin 2027 |
| Activité économique totale estimée | 167 Md CAD (117 Md USD) |
| Impact économique direct | plus de 86 Md CAD |
| Emplois générés | plus de 650 000 années-personnes |
Source : Naval Technology
Le Type 212CD, un sous-marin conçu pour l’Arctique
Le 212CD mesure environ 74 mètres de long pour près de 13 mètres de haut. Sa coque double est en acier amagnétique. Sa propulsion anaérobie repose sur des piles à combustible associées à un moteur PERMASYN, combinées à des diesels selon TKMS pour tenir les plongées les plus longues sans faire surface[3]. La coque en forme de losange réduit la signature sonar en navigation.
TKMS met en avant des signatures acoustique et magnétique ultra-faibles, qui rangent le 212CD parmi les sous-marins les plus discrets au monde. Le bâtiment est taillé pour la patrouille arctique, la surveillance sous-marine, le déploiement de forces spéciales et l’interopérabilité totale avec l’Otan. Le constructeur souligne que l’appareil a été pensé dès l’origine avec une nation arctique pour opérer dans ces conditions, et non adapté après coup, tout en restant capable d’évoluer dans l’Atlantique Nord et le Pacifique plus chaud.
Le système de combat vient de Kongsberg. Via la coentreprise kta naval systems, détenue avec TKMS et Atlas Elektronik, le groupe norvégien fournit des éléments du système ORCCA en cours de développement pour la classe 212CD[5]. Cette coentreprise, née en 2017, développe les systèmes de combat des sous-marins conventionnels de TKMS.
Pourquoi le choix de TKMS pèse sur la défense canadienne
Berlin, Oslo et Ottawa dans une même coopération sous-marine
En optant pour le 212CD, le Canada rejoint un programme déjà structuré entre l’Allemagne et la Norvège et devient partenaire à part entière de cette coopération. À trois, la flotte totale pourrait atteindre jusqu’à 24 sous-marins de ce type[1]. Le lendemain de l’annonce, l’agence norvégienne d’acquisition de défense a salué la décision d’Ottawa dans un communiqué détaillé[4].
Carney a lié ce choix à l’autonomie stratégique canadienne. “Avec nos alliés allemand et norvégien, nous construirons à grande échelle et rapidement pour élargir nos capacités stratégiques et créer une plus grande autonomie stratégique. Nous bâtirons cette flotte pour bâtir un Canada fort”, a déclaré le premier ministre. Il a insisté sur la maturité du modèle : “Le sous-marin est éprouvé et performant, et il est largement utilisé par nos alliés.”
Le patron de Thyssenkrupp, Miguel López, a salué “un immense succès pour TKMS” et “une validation puissante de notre stratégie”, évoquant un partenariat trilatéral appelé à créer de la valeur durable pour l’entreprise, ses actionnaires et l’architecture de sécurité transatlantique.
Ce que la commande signifie pour l’industrie et la souveraineté canadienne
Le programme est présenté comme un levier industriel autant que militaire. TKMS avance une activité économique totale de 167 milliards de dollars canadiens, soit 117 milliards de dollars américains, avec un impact direct estimé à plus de 86 milliards de dollars canadiens et plus de 650 000 années-personnes d’emploi générées à travers le pays.
Le calendrier a été resserré par rapport aux échéances antérieures : les quatre premiers bâtiments doivent être livrés dès 2034. Les Victoria, elles, resteront en service jusque vers la fin de la décennie 2030, le temps que la nouvelle flotte monte en puissance.
Le choix ancre le Canada dans un standard partagé par deux de ses plus proches alliés de l’Otan, avec les bénéfices attendus en matière de maintenance, de standardisation et d’entraînement communs. Il place aussi l’industrie allemande au cœur d’un contrat naval qui pèse lourd dans les relations transatlantiques, à l’heure où le pays cherche à réduire sa dépendance à l’égard des États-Unis pour ses capacités structurantes.
Sous-marins Type 212CD au Canada : les chiffres clés
- Le Canada retient TKMS et son Type 212CD, devant Hanwha Ocean
- Jusqu'à 12 sous-marins pour remplacer la classe Victoria
- Négociations exclusives à finaliser d'ici fin 2027
- Premières livraisons attendues en 2034
- Retombées estimées à 167 Md CAD et 650 000 années-personnes d'emploi
- Premier achat de sous-marins neufs depuis plus de 60 ans
Sources
5 sources · 7 faits vérifiés
