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Sous la pression guyanaise, Valls rouvre le débat pétrolier offshore face à Pannier-Runacher et neuf échecs d’exploration

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Manuel Valls veut rouvrir l’exploration pétrolière en Guyane, neuf ans après la loi Hulot qui l’interdit, malgré les échecs successifs et l’opposition de la ministre de la Transition écologique.

Le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, a annoncé vouloir relancer le débat sur l’exploitation du pétrole au large de la Guyane. Une sortie qui ravive une controverse que beaucoup croyaient enterrée depuis la loi Hulot de 2017, texte qui prohibe tout nouveau permis de recherche d’hydrocarbures en France. Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique, s’y oppose frontalement : elle juge qu’un retour en arrière serait « incompréhensible ».

Derrière cette annonce, une pression politique croissante. Les élus locaux guyanais dénoncent une hypocrisie : pourquoi la France s’interdirait-elle d’explorer ses propres sous-sols marins tout en investissant dans le pétrole au Suriname voisin ? À quelques centaines de kilomètres de là, le Guyana et le Suriname vivent un boom pétrolier spectaculaire. Le Suriname a signé en octobre dernier un contrat avec TotalEnergies à hauteur de 10,5 milliards de dollars, pour des premiers barils attendus en 2028. Le Guyana, de son côté, enchaîne les découvertes depuis 2015. La Guyane française, elle, regarde passer les milliards.

Sauf que l’or noir guyanais a une histoire faite d’espoirs déçus. Depuis les années 1970, toutes les campagnes d’exploration menées au large du département ont échoué. En 2011, un forage baptisé Zaedyus avait fait naître un espoir : Tullow Oil évoquait alors des milliards de barils possibles, jusqu’à 5 milliards dans les estimations les plus optimistes. Le lobby pétrolier UFIP tablait sur une production de 120 000 barils par jour pendant dix ans, soit 7 % de la consommation nationale.

En chiffres
10×
Taux de chômage guyanais vs Hexagone
Un territoire en crise économique profonde
13×
Taux d'homicide guyanais vs France
Insécurité structurelle
50 M
Barils estimés du puits Zaedyus
Loin des milliards espérés en 2011
10,5 Md$
Contrat TotalEnergies au Suriname
Premiers barils attendus en 2028
1 %
Part de la production française de pétrole
Sur la consommation nationale

TotalEnergies a renoncé après un puits de 50 millions de barils

Les forages suivants n’ont jamais confirmé le potentiel du premier puits. En 2019, TotalEnergies jette l’éponge. Patrick Pouyanné, PDG du groupe, est catégorique : « Il n’y a pas d’hydrocarbures accessibles en Guyane ». Une déclaration répétée au Sénat en 2024[3]. Le puits Zaedyus, qui avait suscité tant d’espoirs, est finalement estimé à 50 millions de barils. Rien à voir avec les ressources découvertes au Guyana voisin, où ExxonMobil exploite des champs de plusieurs milliards de barils.

Le député de Guyane Jean-Victor Castor, le sénateur Georges Patient et d’autres élus ultramarins ne lâchent pas l’affaire. Ils reprochent à Paris une « forme de néocolonialisme » : comment refuser aux Guyanais le droit d’explorer leurs ressources au nom de l’écologie, tout en acceptant que TotalEnergies fore au Suriname ? Le Brésil, de son côté, s’apprête à lancer l’exploration de l’embouchure de l’Amazone dans les prochains mois[5]. La COP 30 se tiendra pourtant à Belém, en novembre prochain. Tout un symbole.

Pour les élus locaux, c’est une question de survie économique. La Guyane affiche un taux de chômage dix fois supérieur à l’Hexagone, un taux d’homicide treize fois supérieur à la moyenne nationale, une alimentation 39 % plus coûteuse[4]. 20 % de la cocaïne consommée en France transite par le département. Et aucune perspective de développement à court terme. Face à cette réalité, l’interdiction d’explorer paraît insupportable à une partie de la population.

Modifier la loi Hulot, un obstacle politique majeur

Relancer l’exploration suppose de modifier la loi du 30 décembre 2017, qui interdit expressément tout nouveau permis de recherche d’hydrocarbures conventionnels et non conventionnels sur le territoire français. Manuel Valls dit « vouloir ouvrir le débat », mais le chemin législatif s’annonce semé d’embûches. Les associations environnementales sont vent debout : en 2018, la mobilisation contre un projet de TotalEnergies avait été massive, notamment à cause des risques pour le récif corallien de l’Amazone.

Les promesses économiques de l’or noir ne sont pas aussi claires que l’affirment ses partisans. Si une éventuelle rente pétrolière pourrait financer les infrastructures manquantes, routes, services publics, hôpitaux —, l’exemple guyanien voisin rappelle que les retombées ne bénéficient pas forcément à l’ensemble de la population locale. ExxonMobil n’a concédé au Guyana qu’une redevance de 2 % de la production[5]. L’effet sur l’emploi risque aussi d’être décevant, faute de compétences et de formations sur place. La Guyane ne dispose pas d’une base industrielle pétrolière comparable à celle de ses voisins.

Il y a aussi le temps long : entre un éventuel feu vert politique et une production effective, il faudrait des années. Autant dire que la réponse ne tombera pas demain matin. La France produira de toute façon peu : quelques champs sont encore exploités dans le sud-ouest, pour environ 1 % de la consommation nationale de pétrole. Un ordre de grandeur qui rend l’enjeu guyanais tout à fait marginal à l’échelle du pays, mais crucial pour le territoire.

Pourquoi Valls relance un débat que Total a déjà tranché

Boom pétrolier régional
Le Guyana et le Suriname exploitent des gisements majeurs depuis quelques années. TotalEnergies investit 10,5 milliards de dollars au Suriname pour une production dès 2028. La Guyane française observe ce décollage économique sans y participer.
Neuf échecs d'exploration
Depuis les années 1970, toutes les campagnes de forage ont déçu. Le puits Zaedyus, espoir de 2011, est finalement estimé à 50 millions de barils. Patrick Pouyanné juge qu'il n'y a rien de commercialement viable.
Obstacle législatif majeur
La loi Hulot de 2017 interdit tout nouveau permis de recherche d'hydrocarbures en France. Modifier ce texte exige un vote au Parlement, face à l'opposition écologiste et aux réticences d'Agnès Pannier-Runacher.
Retombées économiques incertaines
L'exemple du Guyana montre que les redevances peuvent être faibles (2 % pour ExxonMobil). L'effet sur l'emploi local risque d'être limité, faute de compétences et de formations disponibles en Guyane.
Cohérence climatique en jeu
Relancer l'exploration fossile contredit les engagements français de neutralité carbone. Les associations environnementales rappellent les risques pour le récif corallien de l'Amazone, comme en 2018.

Entre souveraineté locale et cohérence climatique

Le débat dépasse la seule question technique. Il oppose deux visions : celle d’une souveraineté économique locale, qui réclame le droit de disposer de ses ressources pour sortir de la dépendance aux dotations publiques, et celle d’une cohérence climatique, qui refuse de rouvrir des explorations fossiles au moment où la France affirme viser la neutralité carbone. Le sujet ressemble à celui de la mine d’or industrielle Montagne d’or, dont le projet avait été abandonné en 2019 après une forte mobilisation écologique.

La proposition de loi visant à autoriser l’exploitation des hydrocarbures dans les territoires d’outre-mer a été déposée à l’Assemblée nationale[2]. Le texte n’a pas encore été examiné. Les débats s’annoncent vifs, entre une gauche attachée à la loi Hulot et des élus ultramarins qui y voient une entrave à leur développement. Le Rassemblement National, par la voix d’André Rougé, soutient l’exploration guyanaise au nom d’une « exploitation raisonnée » des ressources[4]. Manuel Valls a choisi de s’engager sur ce terrain, malgré les réticences de sa collègue Pannier-Runacher et les échecs passés.

Reste que Patrick Pouyanné, patron de TotalEnergies, a tranché : pour lui, il n’y a rien à chercher. Neuf campagnes d’exploration depuis les années 1970 n’ont rien donné de commercialement viable. L’histoire du pétrole guyanais est celle d’une promesse jamais tenue. Rouvrir le débat ne changera peut-être pas cette réalité géologique.

Quelques repères sur le pétrole guyanais
Date Événement
Années 1970 Premières campagnes d’exploration infructueuses
2011 Forage Zaedyus : espoir de milliards de barils
2017 Loi Hulot : interdiction de nouveaux permis d’hydrocarbures
2019 TotalEnergies renonce à l’exploration guyanaise
2024 Patrick Pouyanné au Sénat : « Il n’y a pas d’hydrocarbures accessibles en Guyane »
2025 Manuel Valls annonce vouloir rouvrir le débat

Source : Wikipédia, France Inter

Pétrole en Guyane : ce qu'il faut retenir

  • Manuel Valls, ministre des Outre-mer, veut rouvrir l'exploration pétrolière en Guyane, interdite depuis la loi Hulot de 2017
  • Toutes les campagnes d'exploration menées depuis les années 1970 ont échoué, TotalEnergies a renoncé en 2019
  • Patrick Pouyanné, PDG de Total, affirme qu'il n'y a pas d'hydrocarbures accessibles en Guyane, contrairement au Guyana voisin
  • Les élus guyanais dénoncent une hypocrisie : la France fore au Suriname tout en s'interdisant d'explorer chez elle
  • Le Suriname a signé un contrat à 10,5 milliards de dollars avec TotalEnergies pour des barils attendus en 2028
  • Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique, s'oppose frontalement à la relance de l'exploration
Julien Mercier
Julien Mercier
Julien Mercier suit la tech française depuis une quinzaine d'années, des premières levées de la French Tech aux modèles de Mistral. Il s'intéresse autant aux startups qu'aux enjeux de souveraineté numérique : cloud, semi-conducteurs, cybersécurité. Sa ligne, expliquer ce qu'une annonce change vraiment, sans jargon ni esbroufe.

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