La Roumanie a signé le 17 juillet deux contrats avec Airbus et Thales pour un montant total d’un milliard d’euros, destinés à moderniser sa défense aérienne.
Bucarest achète douze hélicoptères militaires et douze radars de surveillance. L’annonce intervient après des dizaines de violations de l’espace aérien roumain et des chutes de drones sur son territoire depuis le début de la guerre en Ukraine. Le ministère roumain de la Défense a qualifié ces acquisitions de « contrats majeurs ».
Les deux commandes portent sur des hélicoptères H225M Caracal pour 757 millions d’euros et des radars Ground Master 200 MM/A pour 247 millions d’euros. L’ensemble des matériels sera livré d’ici 2030. Le ministre de la Défense Radu Miruță a précisé que le premier radar, dont Bucarest a « grandement besoin pour faire face aux drones volant à basse altitude », arrivera dans les onze mois, soit début 2027.
Ces contrats s’inscrivent dans le programme européen SAFE de soutien au réarmement. La Roumanie, membre de l’OTAN, concentre ses efforts sur la défense aérienne dans un contexte de tensions persistantes à ses frontières. L’Europe, dans son ensemble, accélère son processus de réarmement en réponse à l’invasion russe de l’Ukraine et aux incertitudes sur l’engagement américain sous la présidence de Donald Trump.
757 millions pour l’hélicoptère Caracal
Le contrat avec Airbus concerne douze hélicoptères militaires H225M Caracal[1]. Cet appareil multirôle équipe déjà plusieurs forces armées européennes et asiatiques. Il peut assurer des missions de transport tactique, d’évacuation sanitaire, de recherche et sauvetage ou d’appui feu. La Roumanie dispose ainsi d’une plateforme éprouvée, capable de répondre à un large spectre d’opérations.
Le montant du contrat s’élève à 757 millions d’euros. Selon une source au ministère roumain de la Défense, ces deux contrats devraient générer des centaines d’emplois en Roumanie, notamment via des accords de compensation industrielle. Airbus n’a pas précisé le calendrier de livraison détaillé, mais l’ensemble des appareils sera réceptionné d’ici 2030.
247 millions pour les radars Ground Master
Thales fournira douze radars de surveillance aérienne Ground Master 200 MM/A[2] pour 247 millions d’euros. Ce système est conçu pour détecter et suivre des menaces volant à basse altitude, notamment les drones et les missiles de croisière. Sa capacité à opérer en environnement encombré en fait un outil adapté aux nouvelles menaces qui pèsent sur l’Europe orientale.
Le premier radar sera livré dans les onze mois, soit début 2027. Radu Miruță a insisté sur le caractère « indispensable » de ce matériel pour faire face aux violations répétées de l’espace aérien roumain. Depuis le début de la guerre en Ukraine, plusieurs drones ont survolé ou se sont écrasés sur le territoire roumain, exposant les lacunes de la surveillance aérienne du pays.
Pourquoi la Roumanie renforce sa défense aérienne
Un programme d’acquisition plus large
Ces deux contrats ne constituent qu’une première étape. La Roumanie prévoit d’investir au total 2,2 milliards d’euros dans des systèmes antidrones via le programme européen SAFE[3]. Ce montant représente plus du double de la commande annoncée hier. Bucarest entend se doter d’une architecture complète de défense contre les menaces aériennes de faible signature.
Le programme SAFE vise à mutualiser les achats de défense en Europe et à renforcer les capacités industrielles du continent. La Roumanie bénéficie ainsi d’un soutien financier et logistique pour accélérer ses acquisitions, tout en participant à l’effort collectif de réarmement.
| Fournisseur | Équipement | Quantité | Montant (M€) |
|---|---|---|---|
| Airbus | Hélicoptères H225M Caracal | 12 | 757 |
| Thales | Radars Ground Master 200 MM/A | 12 | 247 |
| Total | 1 004 | ||
Source : Capital.fr
Le réarmement européen s’accélère
L’annonce roumaine s’inscrit dans une dynamique plus large. Plusieurs États membres de l’OTAN en Europe de l’Est ont annoncé des plans d’investissement massifs dans la défense depuis 2025. La Pologne, les pays baltes et la République tchèque ont tous accru leurs budgets militaires et passé des commandes auprès de l’industrie européenne et américaine.
L’invasion de l’Ukraine a provoqué un changement de paradigme. Les menaces qui semblaient lointaines en 2021 sont désormais aux portes de l’Union européenne. La Roumanie partage une frontière de plus de 600 kilomètres avec l’Ukraine et a enregistré des dizaines d’incursions aériennes depuis deux ans. Ces violations ont mis en évidence l’obsolescence de ses moyens de détection et d’interception.
L’Europe cherche également à réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis en matière de défense. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a ravivé les doutes sur la garantie de sécurité américaine. Les industriels européens, à commencer par Airbus, Thales, Leonardo ou MBDA, tentent de capter une part croissante des budgets nationaux pour développer des capacités souveraines.
Retombées industrielles en Roumanie
Les contrats signés avec Airbus et Thales prévoient des retombées industrielles locales. Une source au ministère roumain de la Défense a indiqué que ces accords devraient créer des centaines d’emplois en Roumanie. Il s’agit probablement de clauses d’offset, mécanisme courant dans les contrats d’armement internationaux.
Ces clauses imposent aux industriels de réinvestir une partie du montant du contrat dans le pays acheteur, sous forme de sous-traitance, de transfert de technologie ou de production locale. La Roumanie dispose d’une industrie de défense historique, héritée de l’époque communiste, mais largement affaiblie depuis les années 1990. Bucarest tente de la revitaliser en jouant sur ces mécanismes de compensation.
Le calendrier de livraison s’étend jusqu’en 2030, ce qui laisse le temps aux industriels français de structurer une chaîne d’approvisionnement locale. Thales et Airbus ont l’habitude de ce type d’arrangements, qu’ils ont déjà mis en œuvre en Pologne, en Inde ou au Brésil.
Roumanie et défense aérienne : les chiffres du contrat
- La Roumanie a signé deux contrats avec Airbus et Thales pour un milliard d'euros le 17 juillet
- Douze hélicoptères H225M Caracal et douze radars Ground Master 200 MM/A commandés
- Premier radar livré début 2027, l'ensemble des équipements d'ici 2030
- Le pays prévoit 2,2 milliards d'euros d'investissements antidrones via le programme SAFE
- Dizaines de violations de l'espace aérien roumain depuis le début de la guerre en Ukraine
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

