L’affaire prend de l’ampleur. À Case-Noyale, village côtier de l’ouest mauricien, les enquêteurs de l’Anti-Drug and Smuggling Unit ont procédé à une deuxième interpellation dans le dossier du trafic de cannabis entre Maurice et La Réunion. Ravindra Chimajee, surnommé « Kris », est soupçonné d’avoir participé à l’acheminement d’une cargaison de 100 kilogrammes de zamal saisie il y a une semaine par les autorités réunionnaises. Admis dans une clinique pour des raisons de santé, il n’a pas encore pu être entendu par les enquêteurs.
Quelques heures plus tôt, c’est Gulshan Govind, 42 ans, qui avait été interpellé. L’homme est l’époux de Véronique Leu-Govind, Junior Minister dans le gouvernement mauricien. Lors de la perquisition menée à son domicile de Case-Noyale, les agents ont découvert une fiole de méthadone et quatre plants de cannabis. Selon les premiers éléments de l’enquête, Gulshan Govind doit être interrogé sur ses liens présumés avec le réseau transfrontalier mis au jour après la saisie réunionnaise.
Cette double arrestation survient une semaine après le coup de filet mené par la gendarmerie réunionnaise. Quatre Réunionnais, deux hommes et deux femmes, avaient été interpellés dans le secteur de Saint-Paul, dans l’ouest de l’île, alors qu’ils s’apprêtaient à livrer la drogue au port de Sainte-Marie. Les enquêteurs français, qui avaient placé les suspects sous surveillance et passé leurs conversations téléphoniques au crible, ont déjoué la livraison et saisi les 100 kilos de cannabis, évalués à 100 millions de roupies mauriciennes.
Un trafic transfrontalier sous surveillance
Ravindra Chimajee est soupçonné d’avoir fait partie de l’équipage qui s’était rendu à La Réunion lors de ce présumé « drug trip »[1]. Les enquêteurs de l’ADSU cherchent désormais à établir le rôle exact des deux suspects mauriciens ainsi que les ramifications locales de cette filière présumée. L’affaire met en lumière un axe de trafic structuré entre les deux îles, qui mobilise désormais les forces de police des deux côtés du canal du Mozambique.
Côté mauricien, l’arrestation de l’époux d’une Junior Minister ajoute une dimension politique à l’enquête. Le Premier ministre Navin Ramgoolam a d’ailleurs déclaré publiquement qu’« il n’y a aucune preuve que Véronique Leu-Govind soit mêlée à cette affaire »[2], et la ministre reste en fonction. L’affaire illustre la complexité des réseaux de trafic dans la zone et la porosité des frontières maritimes entre Maurice et La Réunion.
Les investigations se poursuivent de part et d’autre. À Maurice, les enquêteurs tentent de remonter la chaîne et d’identifier les commanditaires locaux. À La Réunion, les quatre suspects interpellés ont été mis en examen pour acquisition, détention et exportation de produits stupéfiants. L’affaire rappelle que le trafic de cannabis entre les deux îles reste une réalité quotidienne pour les services de police, et que les saisies de cette ampleur restent rares mais révélatrices de l’organisation de ces filières.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

