Fin juillet, le magazine Challenges a publié son palmarès annuel des 500 plus grosses fortunes professionnelles de France. Dans cette liste, le Grand Est place vingt-huit noms. Pas des célébrités de magazine people, pas des héritiers oisifs : des patrons d’usines, de groupes de logistique, de promotion immobilière, de laboratoires d’analyses médicales. Des gens qui dirigent des entreprises ancrées ici, dans les villes de la région.
Leurs patrimoines vont de quelques centaines de millions à plusieurs milliards d’euros. Leurs sièges sociaux ? Strasbourg, Reims, Metz. Leurs secteurs ? L’étanchéité industrielle, le carton ondulé, le transport routier, l’immobilier commercial, les équipements électriques. Ce qui se fabrique, ce qui se vend, ce qui roule. Le concret.
Ces fortunes ne sortent pas de nulle part. Elles s’appuient sur des groupes qui emploient des milliers de salariés, qui exportent en Europe et en Afrique, qui tiennent des parts de marché mondiales dans leur secteur. Elles incarnent une réalité rarement médiatisée : le Grand Est compte des champions industriels et commerciaux de premier plan. Voici qui ils sont.
Pierre-Etienne Bindschedler et Soprema : 3,2 milliards d’euros à Strasbourg
Premier de la liste régionale, Pierre-Etienne Bindschedler et sa famille contrôlent intégralement Soprema, numéro un mondial de l’étanchéité. L’arrière-petit-fils du fondateur dirige un groupe basé à Strasbourg, employant plusieurs milliers de personnes en France et à l’international. Fortune estimée : 3,2 milliards d’euros, ce qui en fait la 35e fortune française.
Ce mercredi 5 août 2026 à Paris : où sortir vraiment ce soir ?
Soprema, c’est du béton (au sens propre) : des membranes d’étanchéité pour toits, parkings, ouvrages d’art. Des produits techniques qui se voient peu, mais sans lesquels rien ne tient. Un marché de niche devenu empire industriel.
Isabelle Eimer et Biogroup : le bond fulgurant
Isabelle Eimer dirige Biogroup, deuxième réseau européen d’analyses médicales, depuis le décès de son mari en 2022. Cette année, sa fortune et celle de sa famille passent de 600 millions d’euros (233e place en 2025) à 1,9 milliard d’euros, ce qui les propulse à la 69e place du classement national. Un bond spectaculaire, reflet de la consolidation du secteur médical ces dernières années.
Biogroup, c’est ce laboratoire où vous allez faire votre prise de sang, multiplié par des centaines de sites en France et en Europe. Un empire discret, construit sur l’indispensable quotidien de la santé.
Christian Burrus, courtier en assurance pour entreprises
Christian Burrus possède près de la moitié du courtier DIOT-SIACI, spécialisé dans l’assurance pour les entreprises. Fortune estimée : 2,2 milliards d’euros (55e fortune française). Un Alsacien qui a bâti sa position dans un secteur peu glamour mais stratégique : la gestion des risques pour les grands groupes industriels et commerciaux.
Les autres fortunes alsaciennes du classement
Yvan Steyert et sa famille détiennent 88 % de Socomec, groupe d’équipements électriques. Fortune : 900 millions d’euros, 162e place. Jacques Benarroch et Denis Oussadon, fondateurs du groupe BO (société foncière à Strasbourg), propriétaires d’espaces commerciaux et de biens immobiliers : 825 millions d’euros, 174e place.
François Lazard et sa famille (800 millions, 180e fortune) développent depuis plus de trente-cinq ans un groupe de promotion immobilière, spécialisé notamment dans les bureaux, à travers toute la France. Challenges le décrit comme « un discret Strasbourgeois », formule qui sonne juste : ces patrons-là ne font pas la une.
Marie-Odile Amaury et sa famille (700 millions, 210e fortune) dirigent le groupe Amaury, propriétaire du journal L’Équipe et organisateur du Tour de France, du Dakar et du marathon de Paris. L’octogénaire tient les rênes avec ses deux enfants depuis 2006.
Eric Bubendorff et sa famille (550 millions, 263e fortune) se sont spécialisés dans le volet roulant solaire. Le groupe Bubendorff possède cinq usines en France.
Alain Weill, né à Strasbourg, fondateur de NextRadioTV et propriétaire de L’Express, pèse 505 millions d’euros (281e fortune). Bernard Rossmann et sa famille (495 millions, 305e fortune) possèdent 95 % du groupe Rossmann, spécialisé dans le carton ondulé, très présent en Europe et en Afrique.
Jean-Thomas Schmitt et sa famille (375 millions, 371e fortune) commandent le groupe de transport et de logistique Heppner, avec une quarantaine d’actionnaires familiaux strasbourgeois. Olivier et Béatrice Dellenbach (330 millions, 402e fortune) ont revendu efront en 2019 et bâti Chapvision, entreprise de cyberintelligence qui prépare son introduction en bourse.
Au-delà de l’Alsace : Reims, Metz, Nancy
L’article source évoque vingt-huit fortunes pour l’ensemble du Grand Est, mais ne détaille que les quatorze noms alsaciens. Les quatorze autres, issus de Champagne, Lorraine et Ardennes, ne sont pas précisés dans les éléments fournis. On sait seulement qu’ils complètent ce tableau régional, confirmant que la richesse entrepreneuriale du Grand Est ne se limite pas à Strasbourg.
Ce que ces fortunes disent de la région
Ces vingt-huit noms racontent une région industrielle et commerciale qui a su se maintenir, voire se renforcer, dans des secteurs techniques et de niche. Pas de start-up tape-à -l’Å“il, peu de tech flamboyante : de l’étanchéité, du carton, du transport, de l’électricité, de l’analyse médicale, de l’immobilier. Des métiers solides, souvent peu visibles du grand public, mais qui exportent, emploient, produisent.
Le Grand Est souffre parfois d’une image de région désindustrialisée, oubliée. Ces vingt-huit fortunes rappellent une autre réalité : ici aussi, on bâtit des empires. Discrets, ancrés dans le territoire, transmis de génération en génération ou construits en une vie. Des réussites qui méritent d’être nommées.

