On la traverse sans même la voir. Un panneau, un monument au bord de la route, et on passe de Saint-Martin à Sint Maarten. Pas de barrière, pas de contrôle. Depuis 1648, cette frontière de 16 kilomètres existait dans les têtes, dans l’usage, mais jamais vraiment sur la carte. Le traité de Concordia avait partagé l’île entre Français et Hollandais, fixé le principe, mais laissé le tracé dans le vague. Pendant trois siècles et demi, personne ne s’en souciait vraiment. Les habitants circulaient librement, la vie s’organisait autour de cette ligne invisible.
Puis les choses se sont compliquées. L’urbanisation, l’immobilier, les marinas, les questions de permis de construire, de fiscalité, de police. Et surtout, l’ouragan Irma en 2017. Les dégâts ont ravagé des secteurs où personne ne savait vraiment qui était souverain. Impossible de reconstruire proprement dans ces conditions. Il a fallu trancher.
Le 16 juillet 2026, l’Assemblée nationale a approuvé l’accord signé avec le Royaume des Pays-Bas en 2023. La loi française a été promulguée le 22 juillet. Cette frontière presque invisible est désormais l’une des lignes les plus précisément définies de l’île.
Oyster Pond, le cœur du litige
Le principal désaccord portait sur la Baie aux Huîtres, Oyster Pond, à l’est de l’île. Une zone lagunaire où se concentraient tous les conflits entre les deux États. Les Néerlandais revendiquaient la totalité de la baie, les Français rappelaient que la convention de 1648 prévoyait une forme d’équidistance entre les côtes. Pendant des années, la souveraineté sur certaines parties de la marina et de l’étang restait contestée, plusieurs bâtiments se retrouvaient dans une situation juridique ambiguë[4].
Finalement, les Pays-Bas se sont rangés à la position française. Désormais, la frontière suit la ligne médiane de l’étang. Chaque État exerce clairement sa souveraineté sur sa moitié. Les infrastructures, la fiscalité, les permis de construire : tout devient plus simple.
Un changement juridique, pas politique
Pour les habitants, rien ne change au quotidien. On continuera de passer d’un côté à l’autre sans s’en apercevoir. Pas de nouvelle barrière, pas de contrôle. Le changement est juridique : les autorités savent enfin précisément quelle réglementation appliquer dans les zones autrefois contestées.
Bertrand Bouyx, député Horizons du Calvados et rapporteur du projet de loi à l’Assemblée nationale, l’explique simplement : la frontière n’est pas déplacée au sens politique, elle est enfin délimitée avec précision[1]. Le droit coutumier avait fixé cette ligne, le traité de 1648 restait le seul acte juridique, et depuis 378 ans il n’y avait pas eu de volonté de changer malgré les différends entre la France et les Pays-Bas sur ce sujet.
Un dernier feu vert est encore attendu côté néerlandais. Au 26 juillet 2026, le texte était toujours examiné par la Tweede Kamer. L’accord s’appliquera après la fin des procédures des deux pays et l’échange de leurs notifications[4].
Après 378 ans, cette frontière presque invisible est sur le point de devenir l’une des lignes les plus précisément définies de l’île. Une ligne qui ne changera rien à la vie des gens, mais qui clarifie enfin ce qui relevait du flou depuis le 17ème siècle.
Sources
2 sources · 3 faits vérifiés


